Le SIEGE de LYON en 1793

Mercredi 31 août 2011 // 5 : REVOLUTION et SIEGE de LYON

LE SIÈGE DE LYON en 1793 :

AVANT LE SIÈGE
Au printemps 1793 la situation politique va évoluer en sens inverse entre Lyon et Paris. Dans la capitale les Jacobins extrémistes éliminent leurs adversaires Girondins, alors que deux jours avant, le 30 mai, à Lyon, les modérés renversent la municipalité jacobine dirigée par l’extrémiste révolutionnaire Chalier qui est arrêté. Les nouvelles autorités lyonnaises ont beau protester de leur zèle républicain, elles sont immédiatement suspectées de menées contre-révolutionnaires, voire royalistes...
Elles commencent à préparer la défense de la ville. Dès le 25 juin une expédition est envoyée en Forez pour assurer à la ville tout le ravitaillement possible. Début juillet, la municipalité recrute des militaires capables de coordonner la défense. Perrin de Précy en sera le commandant, ses lieutenants sont tous des royalistes, dont de Virieu ; l’artilleur Chénelette implante des redoutes devant les remparts de Fourvière et de la Croix-Rousse, au pont d’Oullins et surtout au débouché du pont Morand. Sur les 12000 hommes de l’Armée de Lyon, seulement 3500 sont aguerris dont 4 à 500 cavaliers.

La rupture est délibérément consommée le 16 juillet par l’exécution de Chalier (sur la guillotine qu’il avait fait venir...) : la ville de Lyon est déclarée "ville rebelle" par la Convention.

LYON ASSIÈGÉE
Le siège de Lyon commence le 7 août avec 25000 hommes aux ordres du général Kellermann, mais la ville n’est pas complètement encerclée, l’ouest restant encore ouvert.

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Assaut sur le plateau de la Croix-Rousse

Les premiers assauts ont lieu sur le plateau au nord de la Croix-Rousse ; les lyonnais résistent, contre-attaquent avec acharnement et maintiennent les troupes de la Convention à bonne distance des remparts. Un artilleur, Gingenne, se distingue avec sa batterie, tout au long du siège. La défense de la redoute Chénelette au débouché du pont Morand, soutenue par l’artillerie de la colline résiste à l’artillerie de l’assaillant.

LYON BOMBARDÉE
Devant cette résistance, Kellermann est contraint par les représentants de la Convention Dubois-Crancé et Gauthier d’ordonner le bombardement de la ville à partir de la plaine des Brotteaux et de Caluire. Du 23 août jusqu’à la fin du siège, la ville reçoit des milliers de boulets, bombes et projectiles incendiaires. La résistance ne faiblit pas malgré les victimes et les lyonnais font face aux nombreux incendies, dont celui de l’Arsenal dès le 23 août. Une attaque lancée de Limonest enlève la redoute de la Duchère, qui permet le bombardement du faubourg de Vaise par les Conventionnels. Le 14 septembre la ville est autorisée à évacuer les bouches inutiles et accueille le dernier convoi de vivres du Forez. En effet le 17 septembre le bouclage de la ville est complet : 60000 hommes assiègent Lyon.

LA FIN DU SIÈGE
Deux jours plus tard Kellermann, jugé trop mou par les réprésentants de la Convention, est renvoyé en Savoie à l’Armée des Alpes et remplacé par Doppet qui arrive le 26. Celui-ci est chanceux, car une défection a livré la redoute de Sainte-Foy, qui peut alors bombarder le quartier de Perrache. L’assaut général est lancé les 28-29 septembre de tous côtés : le pont de la Mulatière tombe et la pointe de la presqu’île est envahie. Précy à la tête de sa cavalerie charge sur la chaussée Perrache et les terrains avoisinants et repousse ses adversaires au delà du pont.

Les pertes des lyonnais ne sont plus compensées et la disette s’installe malgré le rationnement rigoureux : le moral des assiégés faiblit.
L’attaque générale du 8 octobre est difficilement contenue. Précy se rend compte que la résistance est vouée à l’échec ; il tente le lendemain 9 octobre une sortie en force par Vaise avec 1000 hommes et 200 cavaliers. Cette sortie est un cauchemar : talonnés par l’armée conventionnelle et harcelés par les paysans, ils passent par St-Cyr-au-Mont-d’Or, Poleymieux, les Chères, Alix, Theizé, Oingt, jusqu’à St-Romain-de-Popey : presque tous sont massacrés, dont de Virieu. Rares sont ceux qui pourront s’échapper en se perdant dans la nature, comme Précy.

LES REPRÉSAILLES
La ville est occupée par l’armée de la Convention qui décrète le 12 octobre "Lyon fit la guerre à la liberté ; Lyon n’est plus". La ville doit être détruite et porter le nom de "Commune Affranchie". Les démolitions sont symboliques et concernent les façades de la place Bellecour, le château Pierre-Scize...
Les représentants de la Convention Collot d’Herbois et Fouché viennent accélérer la répression sur les personnes : c’est la "Terreur Rouge". Jusqu’en avril 1794, 1876 lyonnais de toutes conditions sont condamnés à mort et exécutés soit sur la guillotine place des Terreaux, soit par fusillade ou mitraillade. Les exécutions de masse ont lieu aux Brotteaux les 4 et 5 décembre par canons chargés à mitraille faisant 271 victimes.

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Deuxième liste de condamnés à mort (décembre 1793)

L’âge moyen des condamnés est de 42 ans, de 16 à 80 ans. Sur l’ensemble 10% sont des nobles, 7% sont membres du clergé, 2 % sont des femmes. Les militaires comptent 97 condamnés, les gendarmes 25, les hommes politiques (conseillers municipaux) sont 29, les hommes de loi 104, les petits fonctionnaires 40, les enseignants 25, les métiers de l’alimentation 170, les métiers du textile 316, les artisans 155, les professions de santé 32, les domestiques, commis, affaneurs 40, artistes et musiciens 13... Parmi les victimes l’urbaniste Morand, le juge de paix Ampère père du physicien...

LA MÉMOIRE DU SIÈGE
Sous la Restauration, un monument commémoratif du Siège en forme de pyramide recueille les ossements des victimes des Brotteaux ; il accueille les restes de Précy en 1821. Ce monument situé rue Vendôme sera démoli en 1906 pour créer la rue de Créqui et l’ossuaire transféré dans la crypte d’une chapelle de style roman-byzantin construite en 1901 (architecte Pascalon) tout près rue de Créqui. La photo ci-dessous a été prise pendant les quelques années de coexistence des deux monuments. Cette chapelle consacrée à la Sainte-Croix en 1906 garde le souvenir des victimes du Siège de Lyon, dont les noms sont affichés avec leur âge et leur profession. Propriété d’une association, elle est desservie aujourd’hui par la "Famille missionnaire de Notre-Dame".

dernière modification 08/2017
Source : Revue Soc.Hist.Lyon Rive Gauche / Guy Bérat - Lyon fit la guerre à la liberté - Généalogie & histoire n°127