A PROPOS de l’ARRESTATION de JEAN MOULIN

Mercredi 13 février 2013 // 12 : LYON Capitale de la RESISTANCE

A PROPOS de L’ARRESTATION de JEAN MOULIN le 21 JUIN 1943 à CALUIRE :

L’énigme du "traître" responsable de ce drame reste posée. Dans ce rôle, on a soupçonné René Hardy, chef de "Résistance-Fer", qui avait été arrêté par la Gestapo quelques semaines auparavant et relâché. Mais il a été par deux fois en 1947 et 1950 acquitté par la justice.

Un ingénieur-chimiste, monsieur Christian Simonnet, historien amateur, a travaillé depuis 1983 sur ce sujet. Intéressé par le passé de cheminot résistant de son père, il a été conduit à se documenter et à faire des recherches sur les circonstances de l’arrestation de Jean Moulin dans la maison du docteur Dugoujon à Caluire au nord de Lyon.

Son enquête à peine entamée, paraît à la fin d’avril 1984, le livre "Derniers Mots" de René Hardy, rédigé à partir de l’instruction de ses procès. L’annexe n° 3 de cet ouvrage signale dans l’entourage proche d’Henry Aubry, chef d’état-major de l’Armée Secrète, l’infiltration d’un certain "André". Celui-ci s’est présenté, fin mars 1943, comme un résistant toulousain de "Combat", épargné par les dernières rafles de la Gestapo. Trop facilement convaincu Henri Aubry, qui sera arrêté avec Jean Moulin, le nomme inspecteur national pour cette organisation.

Notre chercheur, intrigué par cet "André", relève son signalement donné par Henry Aubry dans son témoignage du 15 février 1945, déposé aux Archives Nationales. Il y a bien un "André" toulousain, mais ses caractéristiques diffèrent de celles du "André" lyonnais. Les recherches menées dans cette voie conduisent à relever des fautes de la Gestapo, en particulier lors de l’arrestation de madame Raisin, secrétaire d’Henri Aubry, effectuée en présence d’"André". Quant à Henri Aubry, il est mené à Fresnes dans un local, où l’attend "André". Ceci apporte la certitude que ce personnage est un agent infiltré...Mais qui est-il ?

Poursuivant ses recherches, notre enquêteur est amené à identifier "André" avec l’agent 913 de la Gestapo de Marseille. C’est un certain Max-Albert De Wilde, sujet belge polyglotte, né à Koursk (Russie) le 10 décembre 1905, arrivé à Paris en 1937. Pendant la guerre, il est agent de l’Abwehr, sans doute prêté à la Gestapo de Lyon, puis muté en septembre 1943 à la Gestapo de Marseille : en cette ville son officier traitant pour la Résistance est le lieutenant Durrmeyer.
Après la libération, De Wilde est condamné à mort le 23 mai 1947 par le Tribunal Militaire de Marseille, mais le jugement est annulé et cassé dès le 30 juillet de la même année. Remis en liberté De Wilde passe en Espagne. Il est à nouveau condamné à la peine de mort par contumace le 9 novembre 1955 par le Tribunal Militaire de Lyon, peine qui est prescrite 20 ans après.

Monsieur Simonnet a recueilli le témoignage de madame Raisin, qui a reconnu sur une photographie de Max de Wilde, remise par le lieutenant Durrmeyer, sa ressemblance avec "André". Il a par ailleurs confronté les résultats de son enquête et ce que l’on sait de la Résistance et des services allemands de répression, à l’analyse systémique, ce qui a conforté sa conviction de la très plausible culpabilité de Max de Wilde et de l’innocence de René Hardy.

Depuis longtemps, notre historien tente de faire prendre en considération ses travaux. Il serait intéressant que des historiens spécialisés les vérifient et poussent plus loin, car bon nombre de documents restent classifiés : une réponse définitive pourrait être alors apportée à l’énigme de l’arrestation de Jean Moulin à Caluire.