Le BASTION St-LAURENT DE LA CROIX-ROUSSE

Vendredi 30 janvier 2015 // 16 : FORTS, FORTIFICATIONS, GARNISONS, CASERNES et CAMPS MILITAIRES

Le BASTION SAINT-LAURENT de L’ENCEINTE de LA CROIX-ROUSSE À LYON :

Les fortifications de la Croix-Rousse construites dans la première moitié du XVI° siècle formaient un rempart continu de la Saône (fort St-Jean) au Rhône (bastion St-Clair) par l’emplacement de l’actuel boulevard de la Croix-Rousse.
Cette enceinte comptait 9 bastions. Le bastion St-Laurent, appelé de la Fontaine au début du XVII° siècle, est le 8ème et avant-dernier côté Rhône, en contrebas dans la pente par rapport au bastion d’Orléans (au niveau du Gros Caillou). C’est un petit bastion peu saillant à deux oreillons.

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1703 rapport sur l’état du bastion

Le Couvent des Collinettes :
En 1665 un couvent de religieuses de Ste-Elisabeth s’était établi à l’intérieur des remparts entre la montée St-Sébastien et la rue des Fantasques : cette fondation va rapidement prospérer. En 1703 un acte royal leur permet d’agrandir leur propriété en y incluant les bastions d’Orléans et St-Laurent à condition "de ne pas endommager lesdits murs de courtine, ni ceux des enceintes desdits bastions et qu’au cas qu’il fût par la suite nécessaire pour nostre service d’avoir la liberté dudit chemin, elles seront tenues d’en ouvrir le passage...". Les bastions sont à cette époque complètement à l’abandon et en ruines selon un rapport d’expert.
Ces religieuses, appelées familièrement "Collinettes", vont faire construire à partir de 1762 un nouveau couvent (actuelle résidence Villemanzy), dont elles ne profiteront que 20 ans, avant d’être chassées par la Révolution.

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Plan de 1789 : partie ouest du rempart de la Croix-Rousse

Le Siège de Lyon :
Au cours du Siège de Lyon en 1793 le bastion est un poste d’artillerie qui tire sur les positions adverses de la plaine des Brotteaux et deux ans plus tard le terrain et les 2 bastions sont vendus comme bien national à un acquéreur privé, le citoyen Villermoz.

Rénovation et construction d’une caserne :
En 1819 le sieur Villermoz revend le bastion n° 8 à la ville de Lyon (maire baron Rambaud). En 1826 tout l’ancien clos des Collinettes est urbanisé : des rues sont tracées et des immeubles pour les canuts rapidement construits. Sur le plan ci-dessous figure le bastion St-Laurent devenu asymétrique avec un seul oreillon tourné vers l’est. En 1831 le général baron Rohault de Fleury est chargé des travaux défensifs de Lyon. L’année suivante, la ville de Lyon (maire Prunelle) concède à l’armée l’autorisation de faire tous les travaux nécessaires sur l’enceinte de la Croix-Rousse.

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1832 Concession de la ville

Pour le bastion St-Laurent le projet prévoit sur le partie ouest la construction d’une caserne pour 400 hommes et d’une porte de la ville flanquée de 2 pavillons (corps de garde et bureau d’octroi).
De 1834 à 1837 la caserne Saint-Laurent et la porte de la ville attenante sont construites en pierre jaune de Couzon. Le bâtiment compte 2 étages sur sa façade sud ouverte sur la cour, 7 lucarnes sur le toit servent à éclairer les combles. La façade nord est beaucoup plus haute, car elle inclut la hauteur du bastion. Des meurtrières sont aménagés sur toutes les façades. L’oreillon est réaménagé : le parapet est percé de 3 embrasures de canons et au nord coupé par 3 bretèches de flanquement avec créneau de pied. Une échauguette forme l’angle du parapet avec la caserne. Au milieu de la plateforme une soute à munitions recouverte de terre date de 1841. Un escalier en pierre dispose de part et d’autre des marches d’une bande roulement pour descendre les canons sur la plateforme d’artillerie.

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La plateforme d’artillerie avec la soute à munitions en 2006

Un dessin de 1853 représente le bastion avec son oreillon, dominé par la caserne, avec sur sa gauche la porte et ses deux pavillons insérée dans le mur d’enceinte et surplombée par le bastion d’Orléans.

La fin des fortifications :
En 1865 les fortifications sont déclassées et le rempart démoli pour faire place au boulevard de la Croix-Rousse : il n’en subsiste que le fort St-Jean et le bastion St-Laurent et en 1868 l’Armée accepte la démolition de la porte St-Laurent. En compensation du pavillon servant de poste de garde à la caserne, la ville fait construire un bâtiment sans étage perpendiculaire à la caserne pour servir de nouveau corps de garde, à gauche dans la cour actuelle.

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la porte St-Laurent avant sa démolition

Une petite caserne :
Après son déclassement le bastion St-Laurent n’a d’autre utilité que celle d’une caserne secondaire dans la garnison de Lyon, qui en 1864 loge 325 hommes. Pour donner plus de lumière les fenêtres carrées et haut placées sont agrandies vers le bas ; d’autres fenêtres sont ouvertes sur les pignons. Un bataillon d’infanterie y est logé, mais il est difficile d’identifier à quel régiment appartiennent les soldats figurant sur les cartes postales du début du XX° siècle.

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Le bastion dans l’axe du pont Saint-Clair

Le temps du Service de Santé :
En 1936 l’État-Major offre à titre provisoire à la Direction Régionale du Service de Santé de s’installer à la caserne St-Laurent . Les grandes chambrées sont cloisonnées en bureaux administratifs. Ce provisoire va durer très longtemps, jusqu’en juin 2014, date à laquelle la DRSSA par souci d’économie rejoint l’Etat-major au Quartier Général Frère.

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La caserne en 2005

Un patrimoine en devenir :
Aujourd’hui le bastion Saint-Laurent avec sa caserne qui domine la ville demeure un témoin des fortifications et du passé de Lyon,
Il faut souhaiter que cet ensemble d’architecture militaire trouve une nouvelle destination qui respecte et mette en valeur son patrimoine. En cet hiver 2016 le bâtiment a été affecté à l’accueil temporaire de sans-abris.

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Le bastion Saint-Laurent en 2016

dernière modification 07/2016
Source : M. Chevrier - le bastion st-Laurent, le quartier des Collinettes - plaquette 08/2006 (Bibliothèque Militaire Lyon)