Le CAPITAINE BULLE héros de la Résistance

Samedi 20 janvier 2018 // 12 : LYON Capitale de la RESISTANCE

Le CAPITAINE BULLE (1913-1944) HÉROS de LA RÉSISTANCE en SAVOIE

Jean Bulle est né à Pontarlier en 1913, fils aîné d’un couple de postiers. Après le Prytanée, il entre en 1934 à Saint-Cyr promotion "roi Alexandre de Yougoslavie". Il y est un excellent élève, réfléchi, très mûr et d’esprit très militaire. À l’été 1936, le jeune sous-lieutenant choisit pour commencer sa carrière d’officier le 60° Régiment d’infanterie de Besançon.

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Bulle (lunettes) au 60° RI

Devant ensuite être muté dans une unité de forteresse, il choisit le 70°Bataillon Alpin de Forteresse (BAF) de Bourg-St-Maurice qu’il rejoint en mars 1938. Il y découvre la montagne, pratique l’escalade et le ski et est promu lieutenant. En janvier et juillet 1939, il fait deux stages à l’École de Haute Montagne de Chamonix ; il souhaite obtenir le commandement d’une SES (Section d’Éclaireurs Skieurs).

La CAMPAGNE des ALPES de 1939-40
À la mobilisation, son bataillon se dédouble : Bulle passe au 80°BAF, où il devient officier de détail. En octobre il se marie avec la fille d’un de ses anciens capitaines. le 7°BCA part pour le nord, en laissant sa SES/7 qui passe aux ordres du 80°BAF. En février 1940 Bulle obtient le commandement de la SES du 80°BAF, avec laquelle il rayonne sur l’ensemble du Beaufortain, se rapprochant de la frontière au fur et à mesure de la fonte de la neige. Il escalade l’aiguille des Glaciers au dessus du col de la Seigne pour observer les préparatifs des italiens. Le 10 juin 1940 l’Italie déclare la guerre à la France.
Les premiers contacts ont lieu au col de la Seigne le 14 juin ; une 2ème attaque est repoussée le 16. Le 17 l’attaque est massive, la crête est conquise et la SES doit se replier dans la nuit et le 19 Bulle reçoit la mission de défendre le col de l’Enclave. Les italiens avancent dans la vallée des Glaciers, se heurtent aux défenses françaises et menacent la position du col de l’Enclave. Le 23 au moment où ses hommes envoient des grenades sur les italiens, Bulle suspendu dans le vide au bout de 20m de corde les mitraille avec son FM. Le 24 juin au soir l’armistice entre en vigueur.

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10/1940 Jean Bulle décoré

L’ARMÉE D’ARMISTICE
Le 80° BAF quitte le Beaufortain pour être dissous. Bulle rejoint le 7°BCA à Chambéry, puis celui-ci étant dissous, en septembre le 6°BCA à Grenoble dans le cadre de l’armée d’Armistice. Son fait d’armes lui vaut 2 citations et la Légion d’Honneur. En 1942 son chef de corps est le Cdt de Reyniès, futur chef de la Résistance en Isère, désireux de reprendre le combat et le préparant clandestinement, tout comme son homologue Valette d’Osia au 27°BCA. En novembre 1942, les allemands envahissent la zone sud : paralysés par des ordres contradictoires, les chasseurs alpins sont dissous. Bulle fait partie du bureau liquidateur, qui tente de camoufler le maximum de matériel.

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1941 Bulle avec des militaires italiens

L’ARMÉE SECRÈTE
Fin février 1943 il est démobilisé et va peu à peu glisser dans l’action clandestine. En mai il vient s’établir dans le Beaufortain. En cette année 1943 les différents courants de la Résistance se structurent : la Savoie est divisée en 5 secteurs et Bulle devient le chef du Beaufortain (secteur 3) avec Albertville, Ugine, Beaufort. Il a la lourde tâche de discipliner, d’entraîner, d’équiper, d’armer et de nourrir ses hommes. En septembre les italiens sont remplacés par les allemands. Les sabotages des maquisards progressent en efficacité.
Au début de 1944 3 envoyés de Londres (mission Union) sont parachutés ou transférés en Savoie. Ces envoyés vont reconnaitre les terrains possibles de parachutage et transmettre les informations à Londres. Les maquisards ont en effet un grand besoin d’armement et d’équipement. Un premier parachutage a lieu la nuit du 10 au 11 mars à la Plagne ; un autre échoue le 10 mai. Bulle déploie une activité incessante malgré le danger ; il échappe de justesse à l’arrestation à Albertville le 19 mai. Un parachutage réussit le 26 mai au mont Coin.

Du DÉBARQUEMENT À LA MORT de JEAN BULLE
Le débarquement du 6 juin entraîne une mobilisation générale des résistants "sédentaires" environ 1500 hommes non armés. Mobilisation prématurée : Bulle est obligé de les renvoyer dans leurs foyers. Le mois de juillet se passe dans l’attente, alors que se déroule le drame du Vercors ; les sabotages continuent. Le 1er août un grand parachutage est réceptionné de jour sur le terrain "Ebonite" au col des Saisies : 78 avions larguent de quoi armer 3000 hommes.
Dans les jours qui suivent, les FFI de Tarentaise libèrent de fait la vallée de Moutiers à Bourg-St-Maurice.
Pour les allemands, c’est une voie de passage vers l’Italie. Ils envoient des troupes pour reprendre la vallée. Pour appuyer ceux de Tarentaise Bulle prend la tête d’une compagnie du Beaufortain, débouche au dessus de la vallée, mais doit se replier : le 15 août les allemands contrôlent à nouveau la Tarentaise.

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Bulle (lunettes) avec un officier américain parachuté 7/08/1944

Ce même jour le débarquement en Provence change la donne et le 19 les FFI de Haute-Savoie obtiennent par la négociation la reddition des allemands d’Annecy et libèrent leur département. Le 20 août, Bulle tente la même opération sur Albertville : il y amène un officier allemand d’Annecy pour prendre contact. Sans nouvelles de cet officier, il prend lui-même contact avec la Kommandantur d’Albertville, qui l’invite à se présenter. Il ne reviendra pas... Son corps est retrouvé au nord de Chambéry. En trahison des assurances qu’on lui avait donné, il a été emmené en direction de Chambéry, exécuté en cours de route et abandonné...

LIBÉRATION
Le 23 août les allemands évacuent Albertville, que les FFI occupent. Les compagnies FFI poursuivent les allemands en Tarentaise : ils s’accrochent aux pentes du Petit-St-Bernard. Le 3 septembre arrivent des éléments de la 3° DIA (3°RTA puis 5° RTM) qui appuient les FFI. Le bataillon du Beaufortain devenu le bataillon Bulle regroupé à Albertville devient au 1er janvier 1945 le 7° BCA reconstitué, qui participera à la bataille des Alpes de mars et avril 1945.

Les obsèques de Jean Bulle sont célébrées de manière grandiose à Albertville : il est inhumé dans son Jura natal. Il est un des combattants de la Résistance les plus prestigieux par son ardeur, son désintéressement et son héroïsme. Le quartier du 7°BCA à Bourg-St-Maurice a porté son nom.

Source : Jean d’Arbaumont - vie et mort du capitaine Bulle - Gardet Annecy 1972