Les Combats de VOREPPE 21-24 juin 1940

Mardi 2 février 2010 // 11 : L’ENTRE-DEUX-GUERRES et la CAMPAGNE de 1940

Les COMBATS de VOREPPE (Isère) du 21 au 24 juin 1940 :

Ces combats ont eu lieu contre l’armée allemande après la signature de l’Armistice de Rethondes le 21 juin. En effet l’une des conventions prévoyait que les combats ne cesseraient que lorsque l’Italie, entrée en guerre contre la France le 10 Juin, jour de l’effondrement du front français, aurait elle-même signé un armistice. L’Armée des Alpes aux ordres du Général Olry faisait face avec 180.000 hommes dont environ 85.000 en première ligne (64°, 65°, 66° DI + trois divisions de forteresse avec 65 groupes d’artillerie, et 86 sections d’éclaireurs skieurs) à quelques 312000 italiens. Malgré cette supériorité, l’Armée Italienne fut contenue sur ses lignes, tout au long des Alpes, de la mer à la frontière suisse.

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général Cartier

En même temps, le général Olry, craint que l’Armée des Alpes ne soit attaquée sur ses arrières par la Wehrmacht. Ne voulant pas détourner des hommes et du matériel du front italien, il demande au Général commandant la XIVème Région de Lyon de rassembler les moyens disponibles pour retarder les allemands en attendant l’armistice avec les Italiens.
L’ensemble des formations mises en place en une semaine représente environ 3 divisions, de qualité très inégale, avec beaucoup de personnels à l’instruction dans les dépôts, avec donc leur matériel « Ecole » et d’hommes des Régiments Régionaux, parfois âgés. Des marins de Toulon, et des aviateurs forment également des compagnies de marche. Enfin le Génie de l’Armée des Alpes se trouvera souvent sur les zones choisies pour cette opération, aidant aux destructions, et en formant des compagnies utilisées comme fantassins.

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carte de la zone de Voreppe

La première ligne de défense initialement prévue sur le Rhône, y compris Lyon, est rendue caduque par la note du général Weygand en date du 18 Juin confirmant que, suite à la demande du président Herriot, Lyon est considéré « ville ouverte », ce qui donne aux blindés du général Hoepner, XVI° Panzerkorps, toutes facilités pour franchir le Rhône avec 9 ponts intacts. Une deuxième position est donc rapidement improvisée sur l’Isère, s’appuyant à gauche sur le Rhône et remontant vers Fort-l’Ecluse au Nord par Voreppe, La Dent du Chat, Culoz.
Le général Cartier prend la responsabilité du groupement dit « Dauphiné-Savoie » qui doit barrer la route aux Allemands depuis Chanaz au débouché du canal de Salières sur le Rhône jusqu’à St-Nazaire-en-Royans sur l’Isère. Il a articulé son dispositif en 4 sous groupements principaux, dont celui du colonel Brillat-Savarin qui devra tenir Voreppe à l’entrée de la cluse de l’Isère en direction de Grenoble. Dès le 19 Juin les premières troupes arrivent sur place, essentiellement des gens du Génie : sapeurs et pionniers, environ 600 hommes, qui commencent à aménager les éléments de défense avec l’aide de la population. Arrivent également quelques marins et aviateurs. Les ponts sautent au début de la matinée du 20 Juin. En même temps rejoint le COAMP de Grenoble (Centre Organisation Artillerie de Montagne et Positions) avec deux 75 de montagne d’instruction, largement obsolètes.

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batterie du COAMP avec un canon de 65 de montagne

Ce même jour, d’autres troupes débarquent dont une section de mitrailleuses de 13,2, d’autres marins avec 2 canons de 47mm et un canon de 65mm. Le 21 le flux continue avec en particulier du canon de 65 de montagne, et deux vrais canons de 47 AC tractés. Les observatoires, souvent remarquables du fait de la configuration de la cluse, sont mis en place. Arrive également une batterie du 404°RADCA (Régiment d’artillerie de DCA). C’est ce même jour au matin que le colonel Brillat-Savarin prend le commandement du secteur. C’est un officier brillant de la première guerre mondiale, qui a repris du service à la déclaration de guerre : il a 60 ans.

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batterie du 404° RADCA

Le 22 Juin à 4h le contact est pris avec les allemands qui sortent de Moirans en direction de Voreppe avec 150 chars accompagnés de motocyclistes. L’attaque est repoussée, en particulier, par les feux des canons déjà en place. Dans la matinée du 23, vers 9h nouvelle attaque, également repoussée. Devant cette résistance à laquelle il ne s’attendait pas, car la première depuis la bataille de rupture dans le nord, l’ennemi s’organise et en particulier installe son artillerie, qui à partir de midi commence à traiter tous les objectifs du secteur de Voreppe. Cette préparation permet une nouvelle attaque à base d’infanterie entre la route Moirans-Voreppe et l’Isère. L’artillerie française enraye à nouveau cette offensive en causant des pertes sensibles aux assaillants, et ce grâce en particulier aux réglages excellents permis par la position de l’observatoire du Bec de l’Echaillon, où le Capitaine de réserve Lombard, un Lyonnais, fit merveille pendant les 4 jours de la tentative allemande.

Dans la nuit du 23 au 24 un événement majeur pour la défense sera réalisé avec l’arrivée d’un groupe du 104° RAL (Régiment d’Artillerie Lourde) (Cne Azais de Vergeron) à 2 batteries de 105 L, et 1 batterie de 155 GPF, excellents canons à longue portée (16000 m pour le 105 L, et 19000 m pour le 155 GPF) et servis par des personnels bien entraînés (rescapés de la bataille des Flandres, et passés par Dunkerque, Brest, puis Toulon, où ils ont récupéré le matériel qui sera utilisé à Voreppe). Le 24 à 12h les 105 L ont terminé leurs réglages, et à 16h30 pour le 155. Aussitôt prêtes les pièces ouvrent le feu, depuis leurs positions situées entre Sassenage et Veurey, rive gauche de l’Isère sur les objectifs désignés par l’observatoire du Bec de l’Echaillon, et en quelques heures elles détruiront une batterie de mortiers, neutraliseront 5 autres batteries, deux colonnes blindées surprises en mouvement sur la route de Charnecles à Moirans, un parc à char et des rassemblements ennemis dans la vallée, disperseront les tentatives allemandes d’installer un terrain d’aviation de circonstance à 2 kilomètres au S.E. de Moirans, et briseront toutes les attaques d’infanterie ennemie. Cette action vaudra au 104° RAL sa deuxième citation à l’ordre de l’Armée.

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le général Frère décore le fanion du 2/404° RAL

Ce même jour à 21h c’est la fin des hostilités : les allemands n’ont pu forcer le "bouchon" de Voreppe.

Dernière modification 11/2014 — Source : JC Blanchet, Gaston Régnier - Juin 1940, Voreppe rempart de Grenoble - 2002