Le PLATEAU des GLIERES

Mardi 26 octobre 2010 // 12 : LYON Capitale de la RESISTANCE

Le PLATEAU des GLIERES, haut-lieu de la Résistance (février-mars 1944) :

En septembre 1943, le commandant Vallette d’Osia, ancien du 27° BCA d’Annecy, chef de l’Armée Secrète de Haute-Savoie a été arrêté : il s’est évadé mais ne peut revenir sur place. Son homologue de l’Ain Romans-Petit le supplée : il confie le commandement opérationnel au lieutenant "Tom" Morel. Romans-Petit, Morel et Rosenthal représentant le BCRA proposent le plateau des Glières à l’est d’Annecy comme zone de parachutage. Le BCRA et Rosenthal décident d’y regrouper les maquis, afin de créer un "abcès de fixation", afin d’immobiliser des unités allemandes et de persuader les Alliés de la combativité de la Résistance. Romans-Petit s’y oppose pensant que les résistants sont encore trop faibles et trop vulnérables pour être regroupés ; mais il doit retourner dans l’Ain, où ses hommes sont attaqués par la 157° division de réserve allemande. Début février 1943, il est remplacé par le capitaine Humbert Clair à la tête de l’AS de Savoie. Le 30 janvier Tom Morel a donné l’ordre aux clandestins de converger vers les Glières, alors que les GMR, la Garde et la milice se concentrent.

Début février des accrochages se produisent ; les gendarmes de la Garde apparaissent peu incisifs et leurs chefs hésitants : les maquisards de Tom Morel n’ont aucun mal à rejeter une attaque par la montée de l’Essert le 12 février. Mais l’encerclement est total, même si une sorte de statu quo s’installe. Des largages parachutés ont lieu le 13 puis le 15 février. Tom Morel dont les effectifs commencent à grandir organise la première cérémonie aux couleurs le 20 février. Les différents groupes, dont des républicains espagnols, rejoignent peu à peu ; il y aura 465 hommes en tout et pour tout, sans armes lourdes.

Morel instaure un dispositif formant 4 compagnies, toutes aux ordres d’un ancien du 27° BCA : - au nord- nord ouest Cie HUMBERT ( A/c Onimus) à 5 sections ; - à l’est Cie LAMOTTE (Lt Lalande) à 5 sections au dessus du Borne ; - au sud Cie JOUBERT ( SLt Jourdan) à 3 sections ; - au nord ouest Cie FORESTIER (A/c Louis Morel) à 2 sections.

La RAF largue 57 containers dans la nuit du 4 au 5 mars ; le jour suivant 3 stukas mitraillent les chalets. Bien que Tom Morel ait rencontré leur commandant, les GMR ont arrêté un médecin-aspirant venu à Entremont chercher des médicaments. Après plusieurs tractations vaines, Morel fait investir le village d’Entremont dans la nuit du 9 au 10 mars pour obtenir la libération du jeune médecin : 60 hommes des GMR sont faits prisonniers, mais Morel est tué traitreusement par le Cdt Lefèvre qui est aussitôt abattu.

JPEG - 10.8 ko
Capitaine Anjot

Le capitaine Clair accepte que son adjoint le capitaine Anjot se porte courageusement volontaire pour remplacer Tom Morel. A partir du 17 mars les attaques sont constantes pour tester les défenses. Le 22, la 157° division de réserve allemande (Gal Pflaum) est concentrée. L’attaque finale est menée le 26 mars 1944 : quatre colonnes allemandes montent à l’assaut à l’est depuis la ligne reliant le Petit Bornand à Entremont, tandis que la milice attaque au nord venant de Saint-Laurent et à l’ouest depuis Usillon. A l’est la situation est vite grave : Monthiévret est atteinte malgré le sacrifice de la section d’André Guy. Le Lt Lalande et ses 100 hommes renforcés par une section de la compagnie Joubert se font tuer avant de céder Monthiévret eu soir. Onimus a contenu la colonne allemande montant du Petit Bornand, ainsi que la milice. A 23 h Anjot, estimant la résistance vaine, donne l’ordre de repli en direction du sud-ouest vers le Parmelan. C’est lors du repli que le gros des pertes sera à déplorer. La chasse à l’homme se poursuit pendant 5 jours ; Anjot est tué avec quelques autres sur un barrage à Naves. Au total 155 hommes tués au combat, 30 disparus, 160 prisonniers massacrés ou déportés, soit les 3/4 des effectifs de l’"abcès de fixation" des Glières ; 130 hommes dont le SLt Jourdan peuvent échapper à l’encerclement. Les pertes allemandes sont négligeables. La Radio de Londres présente l’affaire des Glières comme la "première bataille de la Résistance", en exagérant les pertes allemandes. Ce type d’opération sera recommencé au Mont-Mouchet en Auvergne et au Vercors, toujours avec des effectifs et un armement lourd insuffisant.

Clair, Rosenthal et Jourdan regroupent les échappés et agrègent les nouveaux-venus. Le mois suivant Jourdan et 50 hommes remontent sur le plateau pour récupérer du matériel camouflé. En mai les maquis de Haute-Savoie ont refait leurs effectifs. Clair repéré part en Isère, remplacé par le capitaine Godard, aussi ancien du 27° BCA et évadé de son Oflag. La Haute-Savoie se libérera par elle-même fin août 1944.

Sources : Cne de la Bastie - Sous la tenue bleue du 27° BCA -Paul Besacier, Lyon 1950 / Claude Barbier - le maquis des Glières - Perrin 2014