1815, SUCHET et l’ARMEE des ALPES

Lundi 29 novembre 2010 // 6 : NAPOLEON, LYON et la REGION

1815, les CENT-JOURS, SUCHET et l’ARMEE des ALPES :

Le 10 mars 1815 au soir, Napoléon de retour de l’île d’Elbe entre triomphalement à Lyon, dont les troupes se sont ralliées. Établi dans l’archevêché, il y rédige les décrets rétablissant l’Empire ; il reprend la route le 13, en adressant aux lyonnais une proclamation qu’il termine par ces mots : " Lyonnais je vous aime".
proclamation aux Lyonnais

Les autorités ralliées de la région doivent faire face à une tentative de résistance royaliste du Duc d’Angoulème qui remonte la vallée du Rhône (combat de Loriol) jusqu’à Valence (3 avril). À Lyon le général Grouchy prend les choses en main et les troupes du Duc d’Angoulème l’abandonnent. Grouchy, devenu maréchal, est remplacé à la tête de l’Armée des Alpes par le maréchal Suchet qui arrive à Lyon le 14 mai. La menace est devenue extérieure, car l’Europe se mobilise à nouveau contre Napoléon (7ème coalition).

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Lyon en 1815 avec en vert les emplacements des ouvrages de défense

Sur ordre de Napoléon, les autorités lyonnaises avaient entamé des travaux pour renforcer les défenses de la ville : ceux-ci commencent le 11 mai et utilisent des ouvriers au chômage. On relève et remet en état les vieilles fortifications de Fourvière ; de même les bastions de la Croix-Rousse sont aplanis. Des redoutes sont construites sur le plateau de Montessuy, à Saint-Just et à Vaise. Des retranchements provisoires sont aménagés au pont des Brotteaux et autour des Brotteaux et de la Guillotière. 300 canons sont disponibles, mais l’argent manque pour payer les ouvriers et les fournisseurs.

Suchet entre en campagne le 15 juin : la 22° division d’infanterie (général Curial) centrée sur Chambéry bouscule facilement les troupes piémontaises et s’empare de Montmélian, l’Hôpital (futur Albertville) et Conflans, alors chef-lieu de la Savoie piémontaise. La 23° division d’infanterie (général Dessaix), centrée sur Annecy prend Annemasse et pousse jusqu’à Thonon et Evian, où elle se heurte à l’avant-garde autrichienne. Car entre temps l’armée autrichienne venant d’Italie passe les cols des Alpes, l’armée de Bubna par le Mont-Cenis, l’armée de Frimont par les Petit et Grand Saint-Bernard.

Le 23 Suchet apprend la nouvelle de la défaite de Waterloo (18 juin) et le 26 il communique à ses troupes la nouvelle de l’abdication de Napoléon (le 22). Suchet fait le 27 une offre d’armistice que les autrichiens refusent. Ils se heurtent alors aux français à Bonneville, mais surtout le lendemain 28 juin à Conflans et l’Hôpital tenus par le 14° de ligne commandé par le colonel Bugeaud (futur maréchal), qui avec 1800 hommes repousse victorieusement 5000 austro-piémontais, en leur causant de lourdes pertes (1500 hommes). Ce brillant fait d’armes - 10 jours après Waterloo ! - est inutile, car le même jour Suchet a signé une suspension d’armes. Les divisions de l’Armée des Alpes se replient sur Annecy et Chambéry.
Suchet ayant reçu des instructions de Davout se retire de Savoie et fait passer ses troupes au nord du Rhône, confiant la défense au sud à des divisions de réserve. Les hostilités reprennent le 1er juillet ; ce sont les divisions de réserve qui vont céder sous la pression de l’ennemi en direction de Grenoble et aux Echelles. Le 4 juillet Suchet apprend que son armée doit se retirer au delà de la Loire selon une convention signée à Paris avec les coalisés. le 10 l’armée des Alpes est entre Montluel et Caluire. Les sardes prennent Grenoble le 9.

Tous ces efforts seront inutiles, car le 12 juillet à Montluel est ratifiée une suspension d’armes définitive. L’Armée des Alpes doit se retirer à l’ouest de la Loire, abandonner Lyon et remettre la ville aux Autrichiens le 17. Beaucoup de lyonnais ne veulent pas admettre que l’on capitule sans combattre et des émeutes éclatent, augmentées par un afflux de déserteurs les 12 et 13 juillet. Le 14 juillet l’armée commence l’évacuation de Lyon. Le 17 les Autrichiens entrent à Lyon, tandis que les royalistes réapparaissent et que le drapeau blanc est hissé sur l’hôtel de ville... L’occupation autrichienne, fort onéreuse pour la ville, durera 5 mois jusqu’au 15 décembre ; les occupants feront démolir les ouvrages défensifs, principalement ceux de la rive gauche...

Le maréchal Suchet a pu apparaître peu combattif ; mais il n’a fait qu’obéir aux ordres reçus et il était évident qu’avec l’abdication de Napoléon la partie était perdue et qu’il était inutile de risquer la vie de ses soldats plus longtemps.
Au second traité de Paris (novembre 1815) la France perd la partie de la Savoie (Chambéry et Annecy) qu’elle avait conservée en 1814.

dernière modification 07/2017
Sources : Ronald Zins - 1815, l’armée des Alpes et les Cent-jours à Lyon - Horace Cardon 2003 ; F.Dallemagne & coll. - Les défenses de Lyon - ELAH 2006