Joseph SEVE "SOLIMAN PACHA"

Lundi 10 janvier 2011 // 8 : La REGION et l’AVENTURE OUTRE-MER

Joseph SEVE dit "SOLIMAN PACHA" (1788-1860) :

Joseph Sève est né à Lyon en 1788, fils d’Anthelme Sève, tondeur de draps et originaire du Bugey. Sa famille maternelle est de Fontaines-Saint-Martin. C’est un enfant insoumis, qui s’engage à 11 ans et demi dans la marine à Toulon. Il est blessé à la bataille navale de Trafalgar. Toujours insubordonné, il casse la canne d’un officier sur le dos de celui-ci. Emprisonné, le général de Ségur, dont il avait sauvé la vie, le fait évader et le fait engager sous le nom d’Anthelme Sève au 6° Hussards en Italie (1807). En 1809 il combat en Allemagne ; en patrouille près de Munich, il est blessé et capturé : il reste prisonnier pendant 2 ans en Hongrie.

En 1811 maréchal-des-logis, il part avec le 6° Hussards pour le Hanovre, puis en Russie. Promu adjudant pendant la retraite de Russie, il est blessé devant Posen (1813), est promu sous-lieutenant et se distingue à Bautzen. En 1814 il est lieutenant au 14° Chasseurs à cheval ; il rentre à Lyon à la chute de l’Empire, mais reprend du service en 1815 comme capitaine attaché à l’état-major de Grouchy. En demi-solde après les Cent-Jours, il s’essaye sans réussite au commerce de chevaux à Paris. Endetté, il part en Italie comme représentant de commerce.

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Soliman Pacha

Sa vie bascule en 1819, quand il obtient du comte de Ségur une lettre de recommandation pour Mehemet-Ali, vice-roi d’Egypte, qui veut moderniser le pays. Pour le tester, le vice-roi l’envoie dans le sud à la recherche de charbon, qui n’existe pas. Au retour, il est présenté à Ibrahim, fils du vice-roi qui rentre de campagne militaire. En 1820 il est envoyé à Assouan pour instruire une armée nationale nouvelle. En 1821 nommé agha, il prend le nom de Soliman et se convertit à l’islam pour être mieux accepté de ses hommes. Il ramène son armée sur le Caire et mate une révolte. En 1824 Soliman est nommé bey et reçoit des terres et des gratifications. Cette même année, Mehemet-Ali est appelé à l’aide par le sultan turc pour l’aider à reconquérir la Morée (Péloponèse) sur les grecs révoltés. Il envoie Ibrahim et son armée. Le colonel Sève enlève à la baïonette les batteries de l’île de Sphactérie. Blessé dans cette action, il est nommé gouverneur de Tripolitza jusqu’à la paix signée après la défaîte navale de Navarin (1828).

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Mehemet-Ali

En 1831 pendant la campagne de Palestine et de Syrie contre la Turquie menée par Ibrahim, Soliman bat Hussein Pacha à Homs (Syrie) puis à Bailan : Mehemet-Ali le nomme major-général de son armée et pacha. Il bat une autre armée turque de Reshid Pacha à Konieh (Konya - Turquie). C’est le contexte international qui arrête l’armée victorieuse (1833). La Syrie et la Palestine sont difficilement pacifiées. Soliman retourne en Egypte administrer ses terres. Il est rappelé au Liban pour mater une nouvelle révolte et faire face à une nouvelle tentative de reconquête du sultan turc. Une armée turque conseillée par le prussien von Moltke (futur chef d’état-major allemand en 1870) se retranche sur les collines de Nesib (aujourd’hui Nizip - Turquie) : Sève par un mouvement audacieux contourne le retranchement et met en fuite l’armée turque (juin 1839). La diplomatie européenne soucieuse de l’équilibre entre puissances arrête l’élan égyptien. Après un débarquement anglo-turc au Liban, l’armée égyptienne doit quitter la Syrie et la Palestine (fin 1840), mais Mehemet-Ali obtient de garder l’Egypte à titre héréditaire. Soliman Pacha reste major-général de l’armée.

En 1845/46 Soliman Pacha accompagne Ibrahim en Europe, en Italie puis en France. Ibrahim va faire une cure à Vernet-les-Bains, ce qui permet à Soliman de rencontrer le futur maréchal de Castellane à Perpignan. Dans ses mémoires, Castellane écrit de lui :"c’est un homme de 63 ans, bien conservé, assez gros et plein d’esprit", dont il trouve la conversation intéressante et les avis pertinents. Le voyage se poursuit par Bordeaux, Tours et enfin Paris, où ils sont logés au palais de l’Elysée et reçus par le roi Louis-Philippe. Sève va se recueillir sur le tombeau de Napoléon et est décoré Grand Officier de la Légion d’Honneur. Ils passent ensuite en Angleterre, où Sève quitte Ibrahim pour revenir en France et enfin pouvoir s’arrêter 8 jours à Lyon en septembre 1846 : il y voit sa famille et va à Collonges rencontrer le maire, le colonel Arnaudet qui commandait le 14° chasseurs à cheval. Rentré en Egypte, il meurt en 1860.

Le lyonnais Joseph Sève s’est révélé sur un terrain étranger être un meneur d’hommes et un grand homme de guerre, apportant une importante contribution à la modernisation de l’Egypte. Une de ses descendantes épousera le roi Fouad d’Egypte.

A Lyon une petite rue des pentes de la Croix-Rousse porte son nom.

Source : Aimé Vingtrinier - Soliman-Pacha - Firmin Didot 1886