le Colonel Chambonnet

Colonel Albert CHAMBONNET ( 1903-1944)

Natif de Bessèges dans le Gard, il s’engage en 1922 pour 4 ans dans l’aviation à Nîmes. En 1923, il est breveté mécanicien d’aéronautique et est muté au Bourget. En 1924 il est envoyé au Levant, où il participe de juillet à octobre 1925 aux opérations dans le Djebel Druze. Son engagement terminé, il retourne à la vie civile en 1926 et travaille dans un garage.

Le colonel Chambonnet

Chambonnet se réengage dans l’Armée de l’Air en 1930 comme ouvrier d’aéronautique. Il réussit le concours d’élève officier d’active à l’Ecole de Versailles ; il est nommé sous-lieutenant mécanicien en 1933. Affecté successivement à Mourmelon et à Tours, il est promu lieutenant en 1935. En 1937 il est affecté à la direction du matériel aérien militaire. Promu capitaine en mars 1940, il est affecté au GQG aérien et se replie avec l’Etat-major ; il est ensuite affecté à la base-dépot de stockage de Lyon-Bron en février 1941. Il sera promu ensuite à titre temporaire commandant et lieutenant-colonel en 1943 et colonel en 1944.

Mais par l’intermédiaire du capitaine d’aviation Claudius Billon, il entre très vite dans le mouvement de Résistance Combat, il est chargé d’organiser la Résistance à la base de Bron. Au mois de juillet 1942, il devient chef d’Etat-major de Billon devenu le premier chef de l’Armée Secrète (AS) pour la région R1 (Lyon). En congé d’armistice fin 1942, sous le pseudonyme de « Védrines« , il se consacre alors entièrement à la Résistance, pour laquelle il recrute, organise, coordonne…

Chambonnet

En février 1943, Billon est arrêté et replacé par Robert Ducasse dit « Vergaville » ; Chambonnet conserve ses fonctions, mais est obligé de se cacher pour échapper à la Gestapo.
En octobre 43 Ducasse est arrêté et Chambonnet le remplace sous le pseudonyme de « Didier« , il devient le chef régional de l’AS devenue ASU (unifiée), qu’il développe et organise. Il fait du Cdt Descour son chef d’état-major. Par exemple en décembre 1943, il approuve le choix de Tom Morel comme commandant du maquis de Haute-Savoie (les Glières). « Didier » s’efforce d’apaiser les tensions entre les diverses composantes de la Résistance, dans un contexte de pénurie en armement.

Le 10 juin 1944, place des Terreaux, il est arrêté et remis à la Gestapo : il est torturé et condamné à mort. Le 27 juillet a lieu place Bellecour un attentat contre un café le « Moulin à vent » fréquenté par les Allemands et la Gestapo ; le jour même en représailles, à la prison Montluc, Chambonnet est choisi au hasard pour être exécuté sur le lieu de l’attentat avec 4 autres résistants. Avant d’être fusillé, il a le temps de crier « Vive de Gaulle, vive la France ! ». Chambonnet est inhumé au cimetière des maquisards du Val d’Enfer à Cerdon.

A l’emplacement du café, à l’angle de la place Bellecour et de la rue Gasparin, a été élevée après la Guerre une statue de 4 m, appelé le « Veilleur de Pierre » à la mémoire de la Résistance : les noms de Chambonnet et de ses camarades y figurent.

Le Veilleur de Pierre

Albert Chambonnet a été nommé Compagnon de la Libération en 1945. A Lyon la rue reliant la place Bellecour au pont Bonaparte (auparavant rue Bellecour) a été nommée rue Colonel Chambonnet. Une plaque commémorative y a été apposée.

La Base Aérienne d’Ambérieu (BA 278), spécialisée dans la maintenance aéronautique, a été baptisée en 1982 « Colonel Chambonnet« .

Article de 2010remis en ligne 08/2022

La Base Aérienne d’Ambérieu

La BASE AÉRIENNE 278 (BA 278) d’AMBÉRIEU :

Dans la première décennie du XX° siècle, l’homme réalise le vieux rêve de voler et la jeune aviation progresse rapidement. C’est l’époque des pionniers, comme le capitaine Ferber. Un de ces pionniers, Louis Mouthier, sportif bressan, acquiert en 1909 un appareil Blériot XI. Il utilise la plaine de l’Ain au nord d’Ambérieu-en-Bugey : un aérodrome y est inauguré en mai 1910.

Les débuts de l’aviation

Mouthier y crée en 1911 l’Ecole Bressane d’Aviation. C’est là que Saint-Exupéry reçoit à 12 ans le baptême de l’air (1912). A l’Ecole bressane va succéder une Ecole d’Aviation Militaire, qui prend une grande importance avec la Grande Guerre. Les pilotes militaires sont formés sur avions Voisin, Caudron G3, Caproni. Des ateliers de réparation sont installés et se développent. Fin 1918 l’Ecole d’Aviation Militaire compte 480 élèves-pilote.

La sortie de l’Ecole d’ Aviation

Fin 1928 le Ministère de l’Air est créé, mais il faut attendre 1933 pour voir apparaitre le terme « Armée de l’Air« . A Ambérieu de 1929 à 1939 fonctionne l’Ecole d’Aviation Caudron pour former des pilotes civils et réservistes sur avions Caudron. En même temps des entreprises civiles s’implantent et travaillent sur le site (Forclum : ciment armé, Truchetet : réparation de matériels ferroviaires).
En 1939 la Société Aéronautique du sud-est (SNACASE) utilise les hangars de la société Forclum pour la construction intensive d’avions de bombardement LeO 45. L’objectif d’Ambérieu est de sortir un avion par jour. 452 exemplaires seront construits jusqu’à l’armistice de juin 1940.

Avion LeO 45

A la libération d’Ambérieu en août 1944, le site devient base opérationnelle pour la campagne d’Alsace avec le passage de nombreux groupe de chasse, dont la 4ème Escadre de chasse des forces aériennes françaises libres équipées de P47 Thunderbolt.

Après la guerre, le site d’Ambérieu devient le Base Aérienne 278. La mission première devient la réparation et le stockage d’appareils ou d’équipements. Les installations sont rénovées, le terrain devient une piste en dur en 1964.

vue aérienne

Après la période de réparation et entretien d’aéronefs complets (avions d’entraînement T6, hélicoptères), l’activité sur avions est arrêtée en 1966. Depuis la base assure la réparation de divers matériels électroniques ou mécaniques, après reprise des missions des ateliers spécialisés de télécommunications air d’Orléans et Aix-en-Provence.

Insigne de la BA278

En 1982 la BA 278 prend le nom de Colonel Chambonnet du nom de cet officier de l’air devenu chef régional de l’Armée Secrète et fusillé par les allemands en juillet 1944. En 1984 une Section Air de Vol à Voile (SAVV) est créée, maintenant ainsi la vocation d’école de la base.

En 1994 le site accueille les activités sur matériels de sécurité, sauvetage et survie transférés de l’EAA 608 de Toulouse-Balma. Le rôle principal de la base aujourd’hui est celui d’Atelier Industriel de l’Aéronautique (AIA). Elle est une des 5 implantations d’un AIA en France. Cela concerne les équipements et systèmes au sol, les appareils et moyens de mesure, les matériels de bord, l’armement et les matériels de sécurité sauvetage et survie (entre autres les sièges éjectables).

La garde du Drapeau

Le concept de Base de Défense, né de la dernière réforme militaire, est appliqué dès 2009 : la BA 278 avec les unités du camp de la Valbonne va former la Base de Défense de la Valbonne-Ambérieu, avec mise en commun du soutien assuré par le Groupement de Soutien de la Base de Défense (GSBdD). Le soutien santé est assuré par le Centre Médical des Armées (CMA) commun avec une antenne à Ambérieu. En 2014 la BA d’Ambérieu est réduite au statut d’un « Détachement Air » DA278. La BdD de la Valbonne a depuis été fusionnée en 2019 avec celle de Lyon pour former la Base de Défense Lyon-Valence-la Valbonne.

En janvier 2022 l’implantation d’Ambérieu redevient Base Aérienne BA278…

Article de 2012 / dernière modification 05/2022

Sources : plaquette – l’Armée de l’Air a 70 ans 1934-2004 / CE Ph.Pasteau – le camp de la Valbonne et ses régiments – Sirpa 2012

Un Président à Sathonay

LE PRÉSIDENT FÉLIX FAURE AU CAMP DE SATHONAY 

En mars 1895, l’envoi d’un corps expéditionnaire à la conquête de Madagascar est décidé. Pour cette expédition, un régiment d’infanterie de marche le 200°RI est constitué par détachement de soldats de différentes unités, qui se rassemblent au camp de Sathonay. Le 121° RI, régiment du XIII° CA, dont l’autre partie est à Montluçon, doit se serrer pour laisser de la place aux nouveaux-venus. Ce 200°RI compte 3 bataillons à 4 compagnies pour 2800 hommes commandés par le Colonel Gillon. Son drapeau doit lui être solennellement remis par le président de la République lui-même.

Le général Duchesne, commandant de l’expédition et le général Voisin gouverneur militaire de Lyon sont la veille à Sathonay pour inspecter les préparatifs de la prise d’armes.
Le jeudi 28 mars le président de la république M. Félix Faure, parti la veille au soir de Paris arrive en train à 8h30 à la gare de Sathonay, accompagné du général Zurlinden ministre de la guerre et de l’amiral Besnard ministre de la marine. Accueilli par le maire de Sathonay M.Guillot, le président monte dans le landau présidentiel à 4 chevaux (venu de Paris) et escorté par des cavaliers du 7° Cuirassiers parcourt l’avenue de la Gare pavoisée jusqu’au camp de Sathonay.

Remise des drapeaux

Le 200° RI entier est réuni pour la prise d’armes accompagnée par la musique du 121°RI. Le président remet leurs drapeaux au 200° de marche, ainsi qu’aux délégations du régiment d’Algérie, du 40° BCP (composé de volontaires des chasseurs) et du 13° régiment d’infanterie de marine. Le président prononce alors le discours de circonstance aux accents patriotiques :  » … Notre drapeau porte dans ses plis tout le génie de la France… Vous saurez vous montrer dignes de la mission civilisatrice que vous confie la République…Vous inscrirez sur vos étendards … un premier nom glorieux : Madagascar… »

Les 4 drapeaux

Félix Faure face aux drapeaux

Il y a ensuite une remise de décorations, avec parmi les récipiendaires un aumônier (en soutane), puis une revue des troupes par le président dans son landau, avant le défilé final ouvert par le général Duchesne.

Remise de décorations

Félix Faure va alors prendre un bain de foule avant de rejoindre à 10h 30 le banquet organisé sous un tente de 28 m de long. Le président visite ensuite très rapidement le camp, la bibliothèque, avant de rejoindre la gare à 13h40.
Le journaliste du « Progrès » qui couvre l’événement insiste sur la ferveur patriotique et républicaine, que manifeste la population envers le Président Félix Faure. Une rue de Sathonay-Camp porte toujours son nom.

Le journal du lendemain

L’expédition de Madagascar fut une promenade sur le plan militaire (25 tués), mais un désastre sur le plan sanitaire : 5700 morts par les « fièvres » (essentiellement le paludisme), dont le colonel Gillon du 200° RI. La prévention avait bien été organisée; la quinine a parfois manqué par défaillance de la logistique, car le Service de Santé n’avait pas de moyens propres et dépendait de l’approvisionnement général. Mais la cause principale de cette catastrophe sanitaire est une erreur de doctrine médicale : les doses préventives administrées étaient insuffisantes…

Article de 2015dernière modification 04/2022

Sources : l’Illustration / bibliothèque militaire Lyon – archives du Progrès /Bibliothèque municipale

La Garnison de Montélimar

La GARNISON MILITAIRE de MONTÉLIMAR

Blason de Montélimar

Une BRÈVE HISTOIRE de MONTÉLIMAR
Du 10° au 13° siècle Monteil est un fief de la maison seigneuriale des Adhémar, dont le nom va s’associer à celui de leur possession (Monteil – Adhémar devient Montélimar). Ils font construire le château principal et la tour de Narbonne. Au 14° siècle le château principal devient propriété du pape. Montélimar ne sera incorporée totalement au Dauphiné qu’en 1451 par le dauphin Louis, futur Louis XI.
En 1585 Lesdiguières chef des protestants du Dauphiné s’empare de Montélimar ; il y fait améliorer les fortifications de 1588 à 1596. La ville restera une citadelle protestante jusqu’en 1622.

Une CASERNE POUR LA VILLE
Le logement des régiments de passage ou prenant leurs quartiers d’hiver dans la ville est une lourde charge pour les habitants. C’est pour cela qu’est entreprise la construction d’une caserne en 1732 à l’extérieur des remparts, près de la porte Saint-Martin au nord de la ville. La caserne Saint-Martin est inaugurée en 1743 par le régiment de Gâtinais.
Les remparts seront démolis vers 1840 sous Louis-Philippe laissant la place aux boulevards.

Une GARNISON d’INFANTERIE 1873- 1923
Avec la réorganisation militaire de 1873 Montélimar fait partie du XIV° corps d’Armée de Lyon. La ville doit héberger en garnison à la caserne St-Martin un régiment d’infanterie complet. Elle doit pour cela être agrandie, ce qui est fait en 1880. Nous retrouvons à Montélimar des régiments rencontrés à Lyon, à Vienne… Le remplacement d’une unité par une autre a lieu en général en fin d’année, avec une stabilisation dans les années 1890-1914.
Des régiments « lyonnais » bien connus, le 22° RI en 1874, le 99° RI en 1874-75, le 75° RI en 1875-78, le 96° RI en 1878 -1882, le 22°RI en 1883 -1885, puis à nouveau le 75° 1886-87, le 99° 1888-89. Dans la décennie 1890 à nouveau le 22° 1890-99, puis enfin venant de Lyon de 1900 à 1914 le 52° RI . Celui-ci a un recrutement principalement local avec des hommes de la Drôme, de l’Ardèche et de l’Isère et est bien implanté dans sa garnison.

L’entrée de la caserne

Le régiment est embarqué en train les 5 et 6 août 1914, entouré et ovationné par la population, en direction des Vosges, pour rejoindre les autres unités du XIV° CA dans la 27° Division d’infanterie. La brillante conduite du régiment au front lui vaut d’être cité à l’ordre de l’Armée. À Montélimar sont également mobilisés : le 252° RI régiment de réserve affecté à la 157° DI, ainsi que le 111° régiment territorial d’infanterie incorporant les mobilisés les plus âgés. Le général Pau, né à Montélimar, commandant de l’Armée d’Alsace en 1914 est une figure de la Grande Guerre.
De 1914 à 1918 la caserne sert de dépôt au 52°, 252° et 111°, au 30° BCA (bataillon de Chasseurs Alpins) et au 1er Régiment Etranger.
Après l’armistice le 52° RI stationne en Lorraine, principalement à Thionville, d’où en septembre 1919 il rejoint « sa garnison » Montélimar. Le 52° RI est malheureusement dissous fin 1923.

Le 52° RI en bleu-horizon 1922

MONTÉLIMAR « GARNISON COLONIALE »
La ville va devenir ensuite une garnison « coloniale », où vont se succéder dans la caserne un bataillon du 31° Régiment de Tirailleurs Algériens (RTA) (1923-25), puis en 1927-28 le 52° bataillon de mitrailleurs indigènes coloniaux, composé essentiellement d’indochinois.
En 1928 après avoir été en campagne dans le Rif puis en Syrie, c’est le 66° RTM (Tirailleurs Marocains), dont l’état-major et un bataillon vient à Montélimar. Les autres bataillons sont à Privas et Romans. Le Régiment est rebaptisé 6°RTM en 1929. Le 6°RTM reste à Montélimar jusqu’en 1936, date à laquelle il rejoint Montmédy puis Verdun.


Fin 1938 venant du camp de Sathonay l’état-major et un bataillon du 28° RTT (Tirailleurs Tunisiens) vient occuper la caserne restée vide. Les autres bataillons sont à Privas et Valence. Fin août 1939 le régiment part pour la guerre et sera décimé en mai 1940.

Une compagnie du 28°RTT 1939

MONTÉLIMAR dans la GUERRE
En novembre 1939, venant d’Algérie le 602° Groupe d’Infanterie de l’Air (unité parachutiste) vient s’entraîner sur le terrain d’aviation d’Ancône. Les parachutistes sont logés en ville jusqu’en mai 1940.

1942 Ecole Militaire

À la rentrée de 1940 la caserne accueille l’Ecole Militaire Préparatoire d’Épinal, repliée en zone libre. Ce collège-lycée militaire restera à Montélimar jusqu’en décembre 1946, date à laquelle il sera transféré à Aix-en-Provence, où il est encore (Lycée Militaire d’Aix).
Entre temps a eu lieu la bataille de Montélimar : du 23 au 29 août 1944, les allemands en repli dans la vallée du Rhône sont durement attaqués sur leur droite par les américains venant de Sisteron.

L’APRÈS-GUERRE
Montélimar héberge ensuite de 1953 à 1964 le Centre de Mobilisation n°82 (CM 82) structure chargée de l’incorporation des recrues.
Simultanément une nouvelle orientation va s’affirmer : en 1956 c’est le Centre d’Instruction des Transmissions n°88 (CIT 88) qui est créé à Montélimar. Il cohabite à la caserne St-Martin avec le CM 82 jusqu’en 1964 et forme des opérateurs radio envoyés ensuite en Algérie.

La caserne Saint-Martin

En 1966 le CIT 88 est transformé en 45° Régiment d’instruction des Transmissions (45°RIT). En 1976 le 45 devient le régiment de transmission de la 5ème Région Militaire et prend le nom de 45° Régiment de Transmissions (45° RT). Il assure l’instruction militaire et technique des appelés et engagés à Montélimar et entretient et met en œuvre les moyens fixes des transmissions de la région. Dans les années 1990 son domaine s’étend aux circonscriptions militaires de défense (CMD) de Lyon et de Marseille. Mais la suspension du Service National va lui être fatale : en 2000 le 45°RT est dissous et ses attributions sont transférés au 28°RT d’Issoire.
L’histoire militaire de Montélimar s’achève… L’emprise de la caserne a été transformé en « Quartier St-Martin ».

Article de 2016 – dernière modification 04/2022
Sources : Etat-civil de Montélimar / Roger Gardette – Historique de la garnison de Montélimar – plaquette Assoc. Dép. Inform. historique Paix de la Drôme 2002

La 1° Légion du Rhône 1870

La 1ère LÉGION du RHÔNE dans la GUERRE de 1870-1871

Septembre 1870 : la guerre contre l’Allemagne est bien mal engagée et la défaite de Sedan entraîne la chute de l’Empire et son remplacement par le gouvernement de la Défense Nationale. Celui-ci tente de continuer la lutte en créant dans l’urgence des régiments nouveaux.

Le colonel Celler

La CONSTITUTION du RÉGIMENT
Ainsi un décret du 1er octobre crée dans le département du Rhône un régiment de marche de 3000 hommes à 3 bataillons d’infanterie, appelé 1ère Légion du Rhône. Il est composé de recrues célibataires et de volontaires engagés. Le commandement est confié au colonel (à titre provisoire) Celler. Les soldats sont regroupés dans les bâtiments des frères Maristes à St-Genis-Laval, où ils sont habillés, équipés (fusils Chassepot) et exercés en urgence.

L’ENTRÉE en CAMPAGNE
Le 10 novembre au matin la Légion quitte St-Genis-Laval pour être à midi place Bellecour. Son drapeau lui est remis au cours d’une prise d’armes ; le préfet Challemel-Lacour fait une allocution patriotique et la colonne quitte la ville pour s’arrêter le soir à Limonest. Dès le lendemain à Villefranche le 2ème bataillon se mutine : 3 meneurs arrêtés sont fusillés le matin suivant. La légion gagne ensuite en train Chagny pour stationner de Verdun-sur-le-Doubs à Besançon. Un premier accrochage avec les allemands a lieu le 20 vers St-Jean-de-Losne. Le régiment marche en direction de Dijon, puis rétrograde sur Beaune le 1er décembre, jour où elle est incorporée dans la brigade du jeune général (à titre provisoire) Crémer.

Le Général Crémer

CAMPAGNE EN CÔTE-D’OR : COMBATS de CHÂTEAUNEUF et NUITS
Le 2 décembre la Légion marche de Beaune à Bligny sur-Ouche, qu’une brigade badoise de 6000 hommes vient de quitter. Les avis du Cdt Valentin amènent Crémer à placer ses troupes par une marche rapide à Châteauneuf, position dominant la vallée où passent le canal de Bourgogne (et aujourd’hui l’autoroute). Le 3 décembre au matin l’artillerie ouvre le feu sur les allemands en bivouac dans la vallée. La 1ère Légion est en première ligne pour contenir les contre-attaques de l’infanterie. Cette journée est un succès : les allemands se retirent, ayant perdu 400 hommes et 100 prisonniers. Les pertes françaises sont minimes. La brigade Crémer retourne séjourner à Beaune.

Le 10 décembre la Légion prend la route de Dijon et vient occuper Nuits-St-Georges. Le 18 une reconnaissance est menée au nord vers Gevrey, tandis qu’une division de 15000 allemands partis de Dijon se dirigent sur Nuits par un chemin plus à l’est. La Légion qui risque d’être débordée se replie rapidement et vient se poster au nord-est de Nuits le long de la tranchée du chemin de fer sur un front de 3 kilomètres. Là elle subit le choc frontal des allemands : la fusillade est très violente, le colonel Celler est mortellement blessé. En même temps un duel d’artillerie oppose les batteries allemandes dans la plaine et l’artillerie française établie sur la colline de la Chaux de l’autre côté de Nuits. Ses munitions épuisées la troupe doit décrocher, se replie sur Nuits bombardée puis sur le plateau. La Légion a subi de lourdes pertes : 169 tués, 562 blessés, 120 prisonniers. Les allemands éprouvés vont également se replier le lendemain.

La bataille de Nuits

La Légion est dirigée sur Chagny, puis Chalon sur Saône et à nouveau Beaune jusqu’au 28. Le commandant Valentin est nommé colonel à la place de Celler. Elle est ensuite envoyée en train vers Besançon après 36 heures d’attente dans les wagons par un froid glacial.

Le colonel Valentin

L’ARMÉE DE L’EST
Au 1er janvier 1871 la 1ère Légion du Rhône est incorporée dans le 24° corps d’armée (CA)(général Bressoles) formé à Lyon, formant avec les 15°, 18° et 20° CA l’Armée de l’Est du général Bourbaki. L’armée quitte Besançon le 3 janvier en direction du nord-est et s’établit devant Villersexel (70). Le 9 les allemands s’emparent de la localité, mais ils en sont chassés par la contre-attaque victorieuse de l’armée. Le 3 ° bataillon de la Légion se distingue dans un combat annexe.
L’armée reprend sa marche vers Belfort le 13 janvier par un froid glacial. Dans le combat d’Arcey, la 1ère Légion s’illustre en prenant le village de Chavanne.
Les allemands couvrant Belfort se sont fortifiés le long du cours de la Lizaine entre Héricourt (70) et Montbéliard (25). L’armée attaque le 15 ; le 24° corps est au centre entre Héricourt et Montbéliard. L’artillerie allemande surclasse l’artillerie française. Malgré leurs efforts dans un froid glacial et sans ravitaillement l’armée ne peut franchir la Lizaine. Montbéliard investie par le 15° corps doit être évacuée et au bout de 3 jours d’efforts infructueux, Bourbaki se résigne à la retraite. Dans cette bataille d’Héricourt la Légion compte une centaine de tués, blessés ou disparus et beaucoup de malades.

La bataille d’Héricourt

La RETRAITE
La retraite de la 1ère Légion passe par Arcey, l’Isle sur le Doubs, puis le massif du Lomont par le col de la Ferrière le 24. L’armée est talonnée par les allemands. Le 26 la troupe marche 22 heures dans la neige pour parcourir 60 km vers le sud, puis c’est Morteau en enfin Pontarlier le 29. Le 30 ils sont à Mouthe, où est connu la nouvelle de la signature d’un armistice. La Légion rétrograde sur Vaux au nord du lac de St-Point, où elle se heurte aux Prussiens, refoulant devant eux les débris du 15°corps. La retraite reprend sur les Hôpitaux et la frontière suisse. La Légion a gardé sa cohésion et voit défiler pendant 2 jours une colonne interminable de troupes en désordre. Le 2 février au soir le colonel Valentin se résigne à faire passer la frontière à sa troupe, qui est désarmée.

Carte des opérations : les mouvements français sont en vert

L’INTERNEMENT en SUISSE
87000 hommes de l’Armée de l’Est sont passés en Suisse et internés. Les 625 légionnaires du Rhône (sur 3000) parvenus en Suisse sont internés à Payerne, où ils peuvent enfin se reposer. Mais 43 hommes meurent encore de maladie, avant que le régiment ne puisse quitter Payerne le 10 mars. Les légionnaires sont emmenés en train et bateau jusqu’à Genève ; de là ils gagnent à pied Chambéry où ils sont démobilisés.

Le SOUVENIR
En 1887 un monument « Aux Enfants du Rhône » est inauguré devant l’entrée du Parc de la Tête-d’Or à la mémoire des Légionnaires et aussi à celle des Mobiles du Rhône partis eux début septembre 1870 au siège de Belfort pour tenter d’inverser le cours de la guerre.

Article de 2017 –

Sources : un officier – Historique de la 1ère Légion du Rhône – Ch.Méra Lyon 1871 / Claude Berthet – Étapes et combats d’un régiment de marche en 1870 -J.Poncet Lyon 1913 (Bibliothèque Militaire) / V.Duclert – 1870-1914 – Belin 2010

Le 93° RAM

LE 93° RÉGIMENT D’ARTILLERIE de MONTAGNE 

L’ARTILLERIE de MONTAGNE 
La loi du 24 décembre 1888 officialise l’existence des Troupes de Montagne et crée des Groupes Alpins comprenant un bataillon de Chasseurs Alpins (ou d’infanterie alpine), des éléments du Génie et une batterie d’artillerie. Pour le XIV° CA (Lyon) le 2° Régiment d’Artillerie (RA) de Grenoble fournit 8 batteries. Les artilleurs utilisent d’abord le canon de 80 modèle 77 de Bange, puis le 65 de montagne. Ces canons sont démontables et transportables par des mulets.

En juillet 1909 l’Artillerie de Montagne est officiellement créée avec 2 régiments : le 1°RAM à Grenoble et le 2° RAM à Nice. En 1910 le 1°RAM regroupe les 8 batteries alpines du 2° RA. Les artilleurs portent le drap bleu foncé de l’artillerie avec le béret alpin.
À la mobilisation de 1914 le régiment est augmenté de 8 batteries de réserve ; il est engagé dans les Vosges au coté des chasseurs alpins pendant la première année. Par la suite les batteries sont employés dans des divisions et des terrains de combat différents. En décembre 1917 le régiment possède 28 batteries : 12 sur le front ouest surtout en Italie et 16 à l’armée d’Orient.

LE 93° RAM 
En 1923 la réorganisation de l’artillerie attribue les numéros 91 à 99 à l’Artillerie de Montagne. Les traditions du 1°RAM sont reprises par le 93° RAM créé à Grenoble le 1/01/1924 et installé au quartier Hoche. À la fin des années 1920, le canon 65M est remplacé par le 75 de montagne (75M) et le 105M. Le 93° RAM comprend 3 groupes de 75 et 2 groupes de 155. Une batterie est envoyée en 1925 au Maroc pour la guerre du Rif. Les hommes sont entraînés par des marches et exercices en montagne.

93° RAM 1928

LA CAMPAGNE des ALPES 1940
À la mobilisation de 1939, le 93 est dédoublé en :
- 293° RALD (Artillerie Lourde Divisionnaire) équipé de canons de 155.
- 93° RAM à 3 groupes équipés de canons 75M et 105M.
Le 93 devient le régiment d’artillerie de la 64° Division de l’Armée des Alpes. Jusqu’en février il stationne dans la région de Gex, puis en mars vient se positionner dans le Briançonnais, le Queyras et en Ubaye. Seul le 3° groupe dans le Queyras va participer aux hostilités : l’artillerie stoppe les italiens sur les hauteurs d’Abriès. Le 93° RAM est dissous en juillet 1940.

La CAMPAGNE DES ALPES 1945 
Après la Libération en fin de l’année 1944 la 27° Division Alpine est recréée à partir des bataillons FFI, dont le 93°RAM, qui est encore remanié en mars 1945. Sur le front des Alpes le régiment est éclaté : les groupes II et III sont dans le secteur nord.
Dans ce secteur une batterie du 93°RAM réussit à monter 2 pièces de 75 au col du Midi à 3600 m d’altitude dans le massif du mont-Blanc et à contenir efficacement l’ennemi. En Tarentaise le 93 appuie les combats du Roc Noir (13°BCA) et en Maurienne les combats du Mont-Froid.
le groupe I est dans le Briançonnais en appui du 99° RIA : les troupes entrent en Italie le 26 avril.

L’APRES-GUERRE 
Le 93° stationne en Italie en mai 1945 puis revient dans la région de Grenoble. En septembre 1945 le régiment part en Autriche dans la zone d’occupation française autour d’Innsbruck ; il est équipé de matériel américain. Mais bientôt interviennent des réductions d’effectifs : le 93 est dissous, réduit à un groupe le II/93 renommé I/93 en août 1946. Il stationne à Seefeld jusqu’en 1948 et retrouve Grenoble au quartier Bayard devenu quartier de Reyniès du nom d’un officier résistant arrêté à Grenoble en mai 1944. Le I/93 redevient 93° RAM en juillet 1949. Le régiment s’entraîne en été au camp des Rochilles près du Galibier et en hiver à l’Alpe d’Huez.

Seefeld 1947

La GUERRE D’ALGÉRIE 
À l’été 1955, le 93°RAM est scindé en deux.
- Le II/93°RAM part pour l’Algérie, où au sein de la 27°Division Alpine il s’implante en Grande Kabylie (région de Tizi-Ouzou). L’unité appuie plus de 120 opérations et participe au contrôle du terrain. Il perd 32 hommes dont un officier (Cne Jacques).
- Le I/93°RAM reste à Grenoble et devient Centre d’Instruction (CI/93°RAM). Il est dissous au retour du II/93 en novembre 1962.

Paris 1978

De GRENOBLE À VARCES 1963-1990 
Le 93° RAM reconstitué renoue avec la vie d’une garnison alpine. Il dispose d’une nouvelle implantation à l’Alpe d’Huez en 1967 et soutient les Jeux Olympiques de Grenoble en 1968.
En 1976 le régiment déménage à Varces au sud de Grenoble sur un terrain de 60 hectares partagé avec le 6°BCA. Ce quartier est baptisé quartier de Reyniès en 1979. En 1983 le 27° DA dont le 93 est intégrée à la Force d’Action Rapide (FAR).

Le quartier de Reyniès à Varces

1990 À 2022 LE TEMPS DES OPEX 
Dans les années 1990 le 93 est équipé d’un nouveau canon plus performant le 155 TRF1 et de mortiers de 120. L’habillement et l’équipement de montagne se modernisent également. Le régiment concourt en 1992 à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’Albertville. Par une nouvelle restructuration, la 27° DA devient la 27° DIM (Infanterie de Montagne) en 1994, réduite en 2000 en une brigade (27°BIM). Commence alors le temps des Opérations extérieures : Bosnie, Kosovo, Côte-d’Ivoire…

Canon de 75 mm TRF1

En 2004 chacune des batteries du régiment est baptisée du nom d’un des massifs alpins. Le 93°RAM est inclus dans la Base de Défense Grenoble-Annecy-Chambéry en 2011 et rejoint à Varces en 2013 par le 7° BCA. L’unité compte 2 batteries sol-sol équipées de canons de 155 Caesar et de mortiers de 120, une batterie sol-air avec des missiles Mistral et une batterie de renseignement avec des drones DRAC.

De 2008 à 2012 il est engagé 4 hivers successifs en Afghanistan en appui des groupements tactiques de la 27°BIM en Kapisa. 4 de ses hommes sont morts pour la France.

En 2017 c’est l’opération Chammal contre Daesh en Irak, puis l’opération Barkhane au Mali. L’étendard du régiment a été 2 fois décoré de la croix de la valeur militaire pour ses actions en Afghanistan et au Mali.

Insigne du 93° RAM

Suite à la guerre en Ukraine, depuis mars 2022, un détachement stationne en Roumanie dans le cadre de l’OTAN…

La devise du régiment est : « De Roc et de Feu » et son insigne représentant un aigle transportant deux canons évoque les missions en altitude du régiment.

Article de 12/2014dernière modification 03/2022
Source : Cne Garnier de Labareyre – De Roc et de Feu historique du 93°RAM – plaquette 1995

La Bataille de Lugdunum (197)

SEPTIME-SÉVERE et la BATAILLE de LUGDUNUM (197) :

Lucius Septimus Severus (146-211) est africain d’origine, né à Leptis Magna en Libye. Fils d’un chevalier romain, il entre dans la carrière des « honneurs ». De 169 à 185, il est successivement questeur en Bétique (sud de l’Espagne), légat du gouverneur en Afrique, tribun puis préteur à Rome et enfin légat de légion en Syrie. En 186-188 il est Gouverneur de la province lyonnaise sous l’empereur Commode: son fils le futur Caracalla nait à Lyon en 188. Il est ensuite proconsul en Sicile, puis en 191 gouverneur et commandant de 3 légions en Pannonie (Hongrie).

Septime Sévère

Commode est assassiné fin 192; de même son éphémère successeur Pertinax en mars 193. Septime Sévère est proclamé Auguste par son armée en Pannonie et reconnu par le Sénat en 193. A Rome il punit les prétoriens meurtriers de son prédécesseur Pertinax. Il s’allie avec Albin (Clodius Albinus), légat de (Grande-) Bretagne, qu’il associe à l’Empire en la nommant « césar », car il doit éliminer encore un compétiteur. Il entreprend une expédition en orient pour battre Pescennius Niger à Issos en Syrie (194); puis fait fait campagne en Mésopotamie en 195. A la fin de cette année Albin se rebelle et se proclame Empereur. Il passe en Gaule, fait un détour par Trèves et vient s’établir à Lyon (196).

Plateau de Caluire-Rillieux Carte de Cassini XVIII° siècle (B.Basse)

La BATAILLE DE LUGDUNUM

Septime Sévère revenu à Rome nomme « césar » son fils Caracalla (avril 196) et se prépare à la lutte : fin 196 il monte en Germanie, où il est rejoint par les légions de Pannonie, avec lesquelles il se dirige sur Lyon. La bataille a lieu au nord de Lyon le 19 février 197. L’emplacement du champ de bataille a fait l’objet de débats entre historiens. Cette bataille de Lugdunum s’est vraisemblablement déroulée sur le plateau de Caluire- les Mercières. Les « vieux fossés » figurant sur les plans anciens de la montée du petit Versailles à la montée des Forts sur la Saône pourraient être la mémoire des retranchements préparés par Albin en infériorité numérique. Le terme de « Cachepieux » figurant sur las cartes anciennes serait aussi le souvenir de pièges défensifs (Bernard Basse). Septime-Sévère avec au moins 10 légions avait l’avantage sur Albin et ses 3 légions de Bretagne. Septime-Sévère l’emporte et ses troupes ont le temps après la bataille de descendre à Lugdunum et de la mettre au pillage. La ville qui avait choisi le mauvais parti ne retrouvera pas sa splendeur antérieure.

Les « vieux fossés » au moyen-âge d’après M.C.Guigue (B.Basse)

La FIN DU REGNE DE SEPTIME SEVERE
Septime Sévère va ensuite en orient combattre les Parthes et annexe la Mésopotamie (197-202).

Arc de triomphe de Septime Sévère à Rome
Julia Domna épouse de Septime-Sévère (musée des Beaux-Arts)

L’arc de triomphe ci-dessus sur le forum à Rome célèbre cette conquête. La décennie suivante est une période de paix.

Septime Sévère meurt en 211 au cours d’une expédition en (Grande)-Bretagne, menée avec ses fils Caracalla et Géta. Le premier lui succéda.

Article de 2011 / article augmenté 03/2022

Sources: Yann Le Bohic – La Bataille de Lyon -Illustoria 2013 / Bernard Basse – Lugdunum 197 – Le Poutan 2019

Tom Morel et les Glières

« TOM » MOREL (1915-1944) et la PLATEAU des GLIERES

Théodose Morel naît à Lyon en 1915, dans une famille bourgeoise, catholique et patriote. Son oncle et parrain est Georges Raymond qui commandera l’escadrille des »Cigognes » après la mort de Guynemer. Après une jeunesse un peu espiègle et un passage par le scoutisme, où il rencontre Henri Grouès (l’abbé Pierre), il entre à Saint-Cyr en 1935. Sous-lieutenant, il est affecté au 27° Bataillon de Chasseurs alpins (BCA) à Annecy. Morel devient rapidement le second du lieutenant Yves Godard qui commande la Section d’Eclaireurs Skieurs (SES). En 1938, il devient le chef de la SES qu’il entraîne durement et continuellement.

Tom Morel

Dès la déclaration de guerre en 1939, le 27° BCA part dans les Vosges, mais la SES, à sa grande déception, reste dans les Alpes dans le secteur Tignes – Val d’Isère, où le lieutenant Morel poursuit l’entraînement. Le 10 juin 1940 l’Italie rejoint l’Allemagne dans la guerre. Le 12 sa section fait prisonniers des Alpini (1ère citation) et Morel est blessé au bras droit le 18. La SES est déplacée dans le secteur de de défense de Bourg-Saint-Maurice, où il stoppe des tentatives d’attaque (2ème citation et Légion d’Honneur).

Le 29 juillet les restes du 27° BCA rejoignent Annecy et passent sous les ordres du commandant Jean Vallette d’Osia, avec pour adjoint le capitaine Maurice Anjot. Pendant le temps d’existence de l’Armée d’Armistice, cet état-major met tout en oeuvre pour dissimuler le maximum de matériel, avec pour principal exécutant le lieutenant Morel, chargé du parc auto. En 1941-42 Morel est muté instructeur à l’Ecole Militaire Spéciale (Saint-Cyr) repliée sur Aix-en-Provence. Fin 1942 la zone libre est occupée et l’Armée d’Armistice démobilisée.

Cdt Vallette d’Osia

Sous une couverture civile, Morel rejoint Annecy au début de 1943 et entre sous le pseudonyme de « Tom » dans l’Armée Secréte (AS) en Haute-Savoie sous les ordres de Vallette d’Osia son ancien chef. Il cache son jeu pendant quelques mois en s’affiliant à la Légion Française des Combattants, mais le 8 septembre 1943 les allemands remplacent les italiens en Haute-Savoie. Vallette d’Osia est arrêté peu après et son homologue Romans-Petit chef de l’AS dans l’Ain prend en charge la Haute-Savoie. Morel passe alors dans la clandestinité et est nommé commandant opérationnel en décembre. Romans-Petit et Tom proposent le plateau des Glières comme lieu de parachutage de l’armement qui fait cruellement défaut aux « maquisards ». Rosenthal envoyé du BCRA (Bureau Central de Renseignement et d’Action de la France Libre) décide d’y regrouper les maquis, afin de créer un « abcès de fixation », afin d’immobiliser des unités allemandes et de persuader les Alliés de la combativité de la Résistance. Romans-Petit s’y oppose jugeant l’action prématurée, car les résistants sont encore trop faibles et trop vulnérables pour être regroupés. Mais Romans-Petit doit retourner dans l’Ain et sera remplacé par le capitaine Humbert Clair « Navant » (ancien du 13°BCA) en Haute-Savoie. Le 30 janvier 1944 « Tom » donne aux différents maquis l’ordre de regroupement aux Glières.

Plateau des Glières

Les maquisards s’installent progressivement sur le plateau enneigé ; « Tom » infatigable parcourt à skis le plateau pour coordonner ses hommes. Les forces fidèles à Vichy se renforcent [Garde (ex-républicaine – gendarmes), GMR (Groupements Mobiles de Réserve -policiers) et Milice] ; le 12 février une première embuscade est tendue à la Garde à la montée de l’Essert à l’est des Glières. Tom Morel rencontre leur chef le commandant Raulet : les gendarmes paraissent peu enclins à lutter contre les clandestins. Le 20 février a lieu le première cérémonie aux couleurs sur le plateau. Des parachutages d’armement et de ravitaillement ont lieu les nuits des 13 et 15 février, 4 et 11 mars. Le 29 « Tom » rencontre le Cdt Lefèvre des GMR ; mais ceux-ci arrêtent le 1er mars le médecin auxiliaire Fournier. Après plusieurs tractations vaines, « Tom » fait investir le village d’Entremont dans la nuit du 9 au 10 mars pour obtenir la libération du jeune médecin : 60 hommes des GMR sont faits prisonniers, mais Morel est tué traitreusement par Lefèvre qui est aussitôt abattu. Le 13 mars dans une grande émotion Tom Morel est inhumé aux Glières devant ses hommes, en présence de ses parents venus de Lyon.

Le capitaine Anjot

Le capitaine Anjot est volontaire pour lui succéder. Mais dès le 22 mars la 157° division de réserve allemande prend position autour du plateau. L’assaut final a lieu le 26 mars: dans la soirée Anjot, estimant la résistance vaine, donne l’ordre de repli. C’est lors du repli que le gros des pertes sera à déplorer. La chasse à l’homme se poursuit pendant 5 jours ; Anjot est tué avec quelques autres sur un barrage. Au total 155 hommes tués au combat, 30 disparus, 160 prisonniers massacrés ou déportés, soit les 3/4 des effectifs de l’ »abcès de fixation » des Glières .

La devise de Tom Morel jeune chef charismatique était : « vivre libre ou mourir« . En novembre 1944, il est fait Compagnon de la Libération ; la décoration est remise à sa veuve par le Général De Gaulle lui-même. Madame Tom Morel est décédée récemment en novembre 2010.

Le nom de Tom Morel a été donné en 1989 à la 174° promotion de St-Cyr et en 1998 au nouveau quartier du 27° BCA à Cran-Gévrier dans la banlieue d’Annecy. Une place des pentes de la Croix-Rousse à Lyon porte également son nom. Un de ses petits-fils Yvan Morel a commandé le 27° BCA en 2019-2021

Article de 2010 Source : Patrick de Gmeline – TOM MOREL héros de Glières -Presses de la Cité 2008

Romans-Petit et les Maquis de L’Ain

ROMANS-PETIT (1897-1980) Âme de la Résistance dans l’Ain

L’AVIATEUR DE RESERVE

Fils d’un agent des chemins de fer, Henri Petit naît à Firminy (42) en 1897. Il s’engage à 18 ans en 1915 au 13° BCA pour la durée de la guerre. Nommé sergent, cité à l’ordre de l’armée et décoré de la Légion d’Honneur, il suit la formation des EOR à Saint-Cyr. Aspirant, il choisit l’aviation et rejoint l’escadrille de bombardement Br 127. Démobilisé, il est sous-lieutenant ; il reprend ses études (licence en droit), puis s’occupe de relations publiques. Il crée à Saint-Étienne l’agence de publicité Stefa. Il passe aussi un brevet de pilote civil et anime des clubs d’aviation de la Loire.

En 1939, capitaine de réserve, il commande les compagnies des bases aériennes de Cannes et de Nice. Après la défaite, il tente en vain de rallier l’Afrique du nord ou la Grande-Bretagne. Démobilisé en août 1940, il rejoint Saint-Étienne.

Les COMMENCEMENTS DE LA RESISTANCE

Romans-Petit

Romans-Petit y constitue avec le journaliste Jean Nocher un réseau de renseignement « Espoir » sous le pseudonyme de « Moulin ». En 1942, recherché, il entre dans la clandestinité et arrive dans le département de l’Ain et y prend contact avec d’autres clandestins qui commencent à s’organiser en décembre 1942. En mai 1943, il adopte le pseudonyme de « Romans » et crée une école de formation des cadres à la guérilla à la ferme de la Gorge près de Montgriffon. Les clandestins sont structurés en 3 groupements : à l’est le groupement Deschamps (« Ravignon »), au nord celui de Montréal-Perrotot, au sud celui de Girousse (« Chabot »). En septembre Romans établit des camps pour l’accueil des réfractaires et y promeut l’entraînement dans la discrétion la plus totale ; il détermine des zones de parachutage. Les capitaines Jean Rosenthal (BCRA) et Richard Heslop (SOE britannique) sont parachutés (9/09/1943) : de retour à Londres ils feront un raport positif sur les maquis de l’Ain. Heslop revient avec une radio : le maquis reçoit des parachutages.

Le défilé d’Oyonnax

CHEF DE LA RESISTANCE DANS L’AIN

Sur proposition du chef régional de l’Armée Secrète (AS), Chambonnet, Romans est nommé en octobre, chef militaire de l’AS de l’Ain : il compte alors 2000 hommes sous ses ordres. Le 11 novembre, en présence de Romans-Petit le groupement Girousse effectue en public une prise d’armes et un défilé à Oyonnax, avec dépot de gerbe, minute de silence et Marseillaise. Londres est favorablement impressionné : De Gaulle félicite Romans-Petit, qui a créé une des unités les plus dynamiques de la Résistance.

La minute de silence à Oyonnax : Romans-Petit est le deuxième à droite

Le MAQUIS PASSE à L’ACTION

En effet, après le défilé d’Oyonnax et un sabotage au Creusot, le maquis subit la pression des GMR, puis de la 157° division de réserve allemande, qui tentent d’éliminer les maquis les 5-6 février1944 : les techniques de guérilla permettent le plus souvent de leur échapper tout en harcelant leurs arrières. Il a le soutien de la population civile qui subit le contre-coup des représailles. Après le plateau des Glières, la 157° Div. allemande attaque le centre Jura en avril 1944 : malgré quelques pertes, cette opération n’empêche pas la réussite au début du mois de juin de toute une série d’opérations et de sabotages à Châtillon sur Chalaronne et sur les gares et dépôts de chemin de fer à Bourg-en-Bresse, Bellegarde, Saint-Claude, Morez et surtout Ambérieu-en-Bugey, où le matériel détruit ou immobilisé est considérable. Une nouvelle opération est lancée sur le Bugey à partir du 10 au 20 juillet par la 157° Div. allemande, sans grand résultat, mais tout résistant capturé est fusillé. Ambérieu est libérée le 28 août.

Les COMBATS de la LIBERATION

Romans-Petit à la libération d’ Ambérieu

Le maquis de l’Ain va encore combattre au côté des américains. Après le débarquement en Provence le 15 août, un corps américain s’engage sur la route Napoléon, atteint Grenoble le 22 août et la plaine de l’Ain le 29 : son avant-garde est à Meximieux et la Valbonne à l’est de Lyon, où il est rallié par le sous-groupement du capitaine Colin (600 hommes). La 11° Panzerdivision allemande tente de retarder l’avance américaine pour couvrir le passage par Lyon des unités allemandes en retraite. La 11° PD emporte la Valbonne (31 août) puis attaque en vain Meximieux (1 – 2 septembre – bataille de Meximieux). Le 4 septembre Bourg-en-Bresse est libérée, le lendemain de Lyon.

APRES LA LIBERATION

Romans-Petit, chef incontesté des FFI de l’Ain, est injustement mis en cause à Lyon par le commissaire de la République à Lyon, Yves Farge et par le gouverneur militaire le colonel Descour. Rapidement mis hors de cause, Romans-Petit est appelé à Paris, où il est affecté à l’état-major des FFI auprès du général Koenig, en qualité de porte-parole. Le maquis de l’Ain formera la 5° demi-brigade dans la 27° DIA.

Après la guerre le colonel Romans-Petit reprend son métier de publicitaire. Il publie « les Obstinés » (1945), « l’appel de l’Aventure » (1947) et « Les Maquis de l’Ain » (1974). Grand officier de la Légion d’Honneur, compagnon de la Libération, Croix de Guerre (1914-18 et 1939-45), médaille de la Résistance, il décède en 1980 à Ceignes (01) et est enterré à Oyonnax.

Le 11 novembre 2013, une cérémonie commémorant le 70ème anniversaire du défilé des résistants a eu lieu à Oyonnax, en présence du Président de la République.

Article de 2011Dernière modification : 07/2018

Les Gouverneurs d’Albon

Les D’ALBON GOUVERNEURS du LYONNAIS

Les d’Albon sont une famille noble du Lyonnais, sans lien de parenté établi avec les d’Albon de la Drôme (devenus dauphins de Viennois, comtes de Forez et sires de Beaujeu).

Blason des d’Albon de St-André

Vers la fin du XIII° siècle, les d’Albon du Lyonnais s’établissent à Saint-Forgeux (69), dont ils deviennent seigneurs, puis marquis au XVII° siècle. Les cadets de la famille sont souvent abbés de Savigny, se succédant d’oncle en neveu.

Vers 1400 les d’Albon acquièrent le château de Saint-André (aujourd’hui St-André d’Apchon à l’ouest de Roanne), qui passe ensuite à une branche cadette. C’est de cette branche des d’Albon de Saint-André que sont issus deux gouverneurs du Lyonnais successifs au XVI° siècle.

JEAN D’ALBON de SAINT-ANDRE gouverneur du Lyonnais (1539-1549)

Jean d’Albon de St-André

Jean d’Albon, seigneur de Saint-André, né vers 1472, est un vassal du Duc de Bourbon. Sa carrière est d’abord militaire puis administrative. En 1502 le duc le nomme gouverneur du Roannais puis il devient bailli du Beaujolais et sénéchal de Mâcon. Il n’est pas compromis lors de la trahison du Connétable de Bourbon et garde ses charges en passant au service du Roi de France. En 1530 il devient gouverneur du jeune Henri, second fils du Roi, qui en 1536 devient dauphin par la mort de son frère aîné. En 1539 Jean d’Albon succède au Cardinal de Tournon comme gouverneur du Lyonnais, Beaujolais et Dombes. Le gouvernement de Lyonnais est supprimé en 1545, car devenu non frontalier par l’annexion de la Savoie, mais il est rétabli en 1547 à son avènement par Henri II qui y ajoute les anciennes possessions des Bourbons (Forez Auvergne Bourbonnais et Marche). Le temps de Jean d’Albon est une époque de prospérité lyonnaise : soierie, imprimerie… Mais aussi une période de fermentation des idées protestantes. Le Gouverneur fait poursuivre les travaux des fortifications sur la Croix-Rousse qui sont terminés vers 1550 et organise l’entrée solennelle d’Henri II et de Catherine de Médicis en octobre 1548. Jean d’Albon de Saint-André, qui meurt l’année suivante, apparaît comme : « un homme prudent, mesuré et sage, bon administrateur, un peu avare, au reste soldat de bon mérite ».

JACQUES D’ALBON de SAINT-ANDRE, maréchal de France, gouverneur du Lyonnais 1549-1562

Fils de Jean et de Charlotte de la Roche de Tournoel, né en 1512, sa carrière est celle d’un favori : il devient l’ami du futur Henri II. Mais Jacques d’Albon a aussi les qualités d’un chef de guerre : en 1544 il est à la bataille de Cérisoles. A son avènement en 1547 Henri II le fait Maréchal de France, puis à la mort de son père en 1549 gouverneur du Lyonnais et des provinces du centre, où il va exercer un pouvoir sans partage. Il participe aux guerres contre Charles-Quint : en 1552 il garde Verdun, il mène des opérations en Picardie et dans le Cambrésis (1555). En 1557 il est fait prisonnier lors de la défaite de Saint-Quentin, contre les espagnols conduits par Emmanuel-Philibert de Savoie. Il participe aux négociations du traité de Cateau-Cambrésis (1559). Le maréchal de Saint-André mène aussi une vie de luxe et de plaisirs et il a une « soif d’argent dévorante ». Ses services et son appui à la ville de Lyon sont monnayés officiellement et chacun y trouve son compte. Il fait terminer la construction d’une enceinte sur le flanc nord-ouest de la colline de Fourvière (boulevard de l’Ouest).
A la mort d’Henri II les querelles religieuses vont devenir prédominantes. Saint-André s’allie avec François de Guise et au connétable de Montmorency pour former un triumvirat catholique qui tient le jeune roi Charles IX et Paris et s’oppose aux Protestants menés par Condé. En 1562 c’est la première guerre de religion. Alors que en son absence la ville de Lyon est tombée aux mains des Protestants (avril), Saint-André porte la guerre dans l’ouest (Poitiers, Bourges), puis bat les troupes de Condé à la bataille de Dreux (12/1562), mais il y trouve la mort, victime de sa témérité, tué d’un coup de pistolet à la tête. Saint-André a été un grand capitaine, admirable à la guerre, détestable à la cour, qui laisse cependant le souvenir d’un grand gouverneur.

Mort du Maréchal de Saint-André

Pour pallier à son absence trop fréquente, le maréchal de Saint-André se fait suppléer à Lyon par des lieutenants-généraux. Le premier est Arthaud de Saint-Germain, puis Louis Adhémar de Monteil comte de Grignan (+1558).

Sceau d’Antoine d’Albon, archevêque de Lyon


On trouve ensuite Antoine d’Albon, de la branche d’Albon de Saint-Forgeux, homme d’église, Abbé de Savigny et de l’Île Barbe, lieutenant-général (1558-1561) ; il réprime une sédition protestante en 1560. Son successeur comme lieutenant-général est François d’Agoult comte de Sault plus conciliant, peut-être secrètement favorable aux Réformés.

Sa tolérance enhardit les protestants lyonnais qui prennent le contrôle de la ville, qui restera treize mois gouvernée par les Réformés. Après la reprise de la ville sur les protestants, le maréchal de Saint-André est remplacé au poste de gouverneur par le Duc de Nemours et Antoine d’Albon revient à Lyon comme Archevêque de 1564 à 1574,

250 ANS PLUS TARD

Par ailleurs un descendant des d’Albon de Saint-Forgeux, André d’Albon, sera maire de Lyon en 1812-1814, donnant son nom à une place du 1er arrondissement.

Source : B. Demotz & coll. – Les Gouverneurs de Lyon – ELAH 2011 / A.Steyert – Nouvelle Histoire de Lyon & du Lyonnais – Bernoux & Cumin 1899

Article de 2012