Gazette N° 100

GAZETTE DU PÔLE D’HISTOIRE MILITAIRE DE LYON ET DE SA REGION / JANVIER 2022

En ce mois de janvier 2022, la « Gazette du Musée » prend un nouveau départ avec la publication du numéro 100 sous forme numérique.

Elle est rebaptisée  « GAZETTE DU PÔLE D’HISTOIRE MILITAIRE DE LYON ET DE SA REGION » , car elle est commune à l‘Association du Patrimoine Militaire (le Musée) et à la Bibliothèque Militaire Humbert de Groslée.

GAZETTE DU PÔLE D’HISTOIRE MILITAIRE DE LYON ET DE SA REGION / JANVIER 2022

En ce mois de janvier 2022, la « Gazette du Musée » prend un nouveau départ avec la publication du numéro 100 sous forme numérique.

Elle est rebaptisée  « GAZETTE DU PÔLE D’HISTOIRE MILITAIRE DE LYON ET DE SA REGION » , car elle est commune à l‘Association du Patrimoine Militaire (le Musée) et à la Bibliothèque Militaire Humbert de Groslée.

Chaque trimestre seront présentés un « trésor » du Musée, une « pépite » de la Bibliothèque et un article de fond sur un sujet historico-militaire.

SOMMAIRE DU N° 100 / JANVIER 2022

  • Un « trésor du Musée » : uniforme de fusilier-marin du 1er RFM porté lors de la Libération de Lyon le 3 septembre 1944.
  • Un livre de la Bibliothèque: Lcl Pasteau – l’Artillerie au coeur de la Renaissance – Economica 2018. d’après les écrits d’époque de Bénédict de Vassalieu ingénieur lyonnais de l’artillerie sous Henri IV.
  • Article de fond : Les Aviateurs Polonais à Bron en 1940 par Christophe Chevassus
  • Ephéméride / la vie du Musée / le coin des Adhérents

Chaque trimestre seront présentés un « trésor » du Musée, une « pépite » de la Bibliothèque et un article de fond sur un sujet historico-militaire.

SOMMAIRE DU N° 100 / JANVIER 2022

  • Un « trésor du Musée » : uniforme de fusilier-marin du 1er RFM porté lors de la Libération de Lyon le 3 septembre 1944.
  • Un livre de la Bibliothèque: Lcl Pasteau – l’Artillerie au coeur de la Renaissance – Economica 2018. d’après les écrits d’époque de Bénédict de Vassalieu ingénieur lyonnais de l’artillerie sous Henri IV.
  • Article de fond : Les Aviateurs Polonais à Bron en 1940 par Christophe Chevassus
  • Ephéméride / la vie du Musée / le coin des Adhérents
L’en-tête de l’ancienne gazette

Le Maquis du Vercors

Le MAQUIS du VERCORS, le combat pour la liberté

Les débuts et le plan « Montagnards » 
Dès 1941, dans la région de Grenoble et du Vercors, se constituent des groupes de personnes, qui n’admettent pas la défaite et le régime de Vichy, dont un élu révoqué Eugène Chavant (« Clément »). Ce sont les premiers résistants.
A Sassenage l’architecte Pierre Dalloz et l’écrivain Jean Prévost ont l’idée en 1941 de l’utilisation militaire du Vercors. En effet ce massif forme une forteresse naturelle bordée de grandes falaises avec de vastes forêts, entourant un plateau en altitude : huit routes difficiles seulement permettent d’y accéder. Un plan militaire est élaboré en janvier 1943 : il propose de faire du Vercors une base de la France Libre, avec des pistes d’atterrissage de troupes aéroportées, pour passer à l’offensive et appuyer les forces alliées le moment venu. Il n’est pas question de s’y retrancher pour y mener une bataille défensive : c’est malheureusement ce qui va arriver…
En février 1943 Dalloz rencontre Yves Farge, avec qui il va rencontrer à Bourg-en-Bresse le général Delestraint chef de l’Armée Secrète auquel ils exposent leur plan, rebaptisé « Plan Montagnards ». Delestraint l’apporte à Londres, où le plan est accepté ; il viendra lui-même en avril reconnaître le site.

Le plateau du Vercors

L’installation des maquis Entre temps en novembre 1942, les allemands ont envahi le sud de la France. L’armée d’Armistice est dissoute et Grenoble est occupée par les italiens. Un groupe de chasseurs du 6°BCA de Grenoble et un autre de cavaliers du 11° Cuirassiers de Lyon avec le Lt Geyer formeront en 1944 des noyaux de résistants du Vercors. Dès décembre 1942 une première implantation s’établit sur le plateau au camp d’Ambel ; les résistants sont 85 en février 1943. Leur nombre augmente rapidement par l’afflux de réfractaires au STO : en mai il y a 12 camps. A la suite d’une opération ratée, les italiens arrêtent un certain nombre de résistants. En juin 43 le capitaine Alain Le Ray est nommé chef militaire du Vercors, il s’associe avec Chavant qui devient le chef civil.

Les premiers affrontements 
En septembre 1943 les allemands remplacent les italiens à Grenoble. Le premier parachutage d’armes légères a lieu en novembre. En décembre, Le Ray contesté sur son commandement au cours d’une réunion à Lyon démissionne (il deviendra chef FFI de l’Isère). Descour chef militaire régional nomme à sa place le lieutenant Geyer « Thivollet ». En Janvier 1944 ont lieu les premiers affrontements avec les allemands aux Baraques, puis Malleval. En février un envoyé de Londres le colonel Fourcaud incite à transformer le Vercors en une forteresse : Chambonnet chef de la Résistance régionale y est opposé et prône la mobilité et la dispersion du maquis. Fin mars après une série d’accrochages tous malheureux pour le maquis, une consigne prescrit « l’état de défense dispersée ». Chavant chef civil du Vercors peut rejoindre Alger, où il plaide la cause du Vercors et demande l’envoi de troupes aéroportées. Descour nomme le Cdt Huet « Hervieux » à la place de Geyer comme chef militaire.

Parachutage

La mobilisation 
Au moment du débarquement en Normandie du 6 juin, la radio de Londres envoie des messages de mobilisation à tous les maquis. Chavant est de retour d’Alger : Lors d’une réunion Descour impose la mobilisation du Vercors, que ses interlocuteurs jugent prématurée. La mobilisation déclenche un afflux de volontaires qui montent sur le plateau : au total 3900 hommes. Du 13 au 15 juin de violentes attaques allemandes sur St-Nizier sont bloquées. Les semaines qui suivent voient s’installer un certain répit malgré les accrochages et les attaques aériennes. Le 3 juillet au cours d’une prise d’armes à St-Martin, la République est restaurée dans le Vercors. Des parachutages d’armes légères ont lieu, dont un le 14 juillet en plein jour sur le terrain de Vassieux, ce qui déclenche des attaques aériennes allemandes.

Prise d’armes début juillet 1944

Le combat final 
Dans les jours qui suivent le massif est encerclé par la 157° Division de réserve allemande (Gal Pflaum) opération « Bettina ». L’attaque va commencer le 21 juillet. Sur et autour du terrain de Vassieux préparé pour les alliés, atterrissent une vingtaine de planeurs allemands transportant 200 parachutistes et soldats de l’est qui passent à l’attaque et occupent le village et les hameaux, tandis que l’infanterie allemande envahit le plateau par St-Nizier et par les crêtes de l’est. Malgré une résistance acharnée (Valchavrière) les maquisards sont débordés et le Cdt Huet ordonne le 23 à 16h la dispersion des maquisards. En l’absence d’armes lourdes le Vercors ne pouvait pas tenir. Les allemands se sont rendus coupables de crimes de guerre : massacres de civils à Vassieux, exécution d’otages à la Chapelle-en-Vercors et massacres de blessés à la grotte de la Luire. 639 résistants ont été tués et 201 civils massacrés ou fusillés.

La Chapelle-en-Vercors après les combats

Huet et Bousquet à droite

La libération de Grenoble 
Après le débarquement en Provence le 15 août, les maquisards descendent du Vercors ; Huet et son adjoint le Cdt Bousquet « Chabert » installent leur PC dans la vallée. La 36° DI américaine se dirige vers Grenoble par la route Napoléon. Le 21 août au soir les derniers allemands évacuent Grenoble et le lendemain les résistants entrent en ville, rejoints par les premiers américains. Grâce à l’action des résistants, Grenoble est libérée 7 jours après le débarquement, alors que les plans en prévoyaient 90.

Bousquet va former un groupement de résistants dans la zone de Chambaran -Tullins. Le 24/08 il vient s’établir à Bourgoin libérée. Le groupement « Chabert » va ensuite avancer dans la plaine de l’Isère, puis le 2 septembre marchera sur Lyon, où il sera le premier à arriver.

La nécropole de St-Nizier-de-Moucherotte

Le Musée expose un exceptionnel traineau en bois utilisé par le maquis du Vercors pour trainer sur la neige ravitaillement et armement.

Le traineau du Vercors

Sources : Paul Dreyfus – Vercors citadelle de la liberté – Arthaud 1969 / Henri Amoretti – Lyon capitale 1940-1944 – France-Empire 1964

Article de 2013 dernière modification 02/2022

La Révolte des Canuts de 1834

La RÉVOLTE des CANUTS de LYON en 1834 

Depuis la révolte de 1831, les conditions de vie des ouvriers de la « Fabrique » lyonnaise n’ont pas changé, mais beaucoup rêvent d’une vie meilleure et le « mutuellisme » se développe. En février 1834 suite à un litige, les mutuellistes votent la grève et le 14 février 25000 métiers arrêtent de battre : la grève dure 8 jours. En mars le député-maire de Lyon Prunelle vote à l’Assemblée l’interdiction des associations revendicatives ouvrières.

Le déclenchement du mouvement
Des ouvriers accusés de « coalition » et d’avoir déclenché la grève de février doivent être jugés le 5 avril. Place St-Jean, au palais de justice, l’audience est houleuse et doit être reportée au 9 avril. Un détachement du 7° léger fraternise avec la foule.

Le Général Aymard

Le commandant militaire à Lyon est depuis octobre 1832 le lieutenant-général Aymard ; à l’inverse de 1831, il dispose de beaucoup de troupes. ce sont les 6°, 21°, 27° et 28° régiments de ligne, le 7° léger, le 7°dragons et le 13° d’artillerie, qu’il place selon 3 lignes est-ouest :
- 1 au niveau de Bellecour,
- 2 du pont la Feuillée aux Brotteaux
- 3 de Vaise à St-Clair par les remparts de la Croix-Rousse ; de plus les ponts sont fermement tenus. Ce dispositif est en place au matin du 9 avril.
L’audience reprend place St-Jean occupée par une foule nombreuse. Dans un mouvement de foule un agent de police est tué d’un coup de feu ; les chasseurs du 7° léger tirent sur la foule. Des barricades s’élèvent dans les rues adjacentes.

En rouge les zones des insurgés, en bleu celles de la troupe

La rébellion s’installe
L’insurrection se propage dans la ville comme une traînée de poudre. Les manifestants manquent de peu la prise de la préfecture place des Jacobins. La troupe dégage le passage de l’Argue au canon à mitraille et fait sauter une maison place de l’Hôpital. L’émeute s’étend aux autres quartiers, en particulier à la Croix-Rousse et aux pentes. La troupe de la caserne des Bernardines affronte les révoltés du plateau, tandis que dans les pentes les émeutiers enlèvent la caserne du Bon Pasteur.

Caserne du Bon Pasteur

Le 10 avril les insurgés tiennent plusieurs secteurs séparés par les forces armées : la rive droite de la Saône, le centre-ville avec la place des Cordeliers, les pentes de la Croix-Rousse et le faubourg de la Croix-Rousse. L’insurrection s’étend à St-Just où elle s’empare du télégraphe et surtout à la Guillotière, qui se hérisse de barricades. Les rues y sont déblayées au canon, ce qui provoque un incendie qui détruit plusieurs maisons anciennes. le général Aymard fait brûler le pont de bois de la quarantaine sur la Saône pour empêcher les émeutiers de St-Georges de passer sur l’autre rive vers l’arsenal. Les combats sont acharnés près de la place Sathonay d’où un détachement du 28° de ligne est délogé et son colonel tué.

Les évènements de Lyon – Imagerie de Nancy


Le 11 avril les émeutiers s’emparent du fort St-Irénée avec 2 canons ; les canons de la place Bellecour ripostent. Les insurgés échouent dans une tentative sur l’hôtel de ville. Le préfet Gasparin appelle au cessez-le-feu sans résultat. À la Croix-Rousse l’insurrection s’affiche ouvertement républicaine.

La répression

Le préfet Gasparin

Le 12 avril Le préfet et le général passent à l’offensive. Attaquée par 3 colonnes, la Guillotière est investie ; le quartier en sort sinistré. C’est ensuite le tour de Vaise bombardée par les canons du fort St-Jean, puis encerclé et investie par la troupe qui ne fait pas de quartier : 16 personnes sont massacrées dans une maison. Vers 5 heures du soir c’est une attaque convergente sur le quartier des Cordeliers : une douzaine d’ouvriers sont massacrés dans l’église St-Bonaventure. C’est enfin le vieux Lyon bombardé depuis la terrasse des Chartreux.
Le 13 avril un mouvement de troupe convergent reprend les quartiers de St-Just et Fourvière, mais les tentatives sur la Croix-Rousse sont repoussées.

Image populaire des combats

Au matin du 14 avril toute résistance a cessé sur la rive droite de la Saône. La Croix-Rousse est à nouveau attaquée et résiste pied à pied. Les insurgés comprennent dans la soirée qu’il est inutile de poursuivre la lutte et le maire de la Croix-Rousse Puyroche demande le cessez-le-feu au général Rohault de Fleury qui commande le secteur.
Le 15 avril la troupe investit tout le quartier sans résistance et démolit les barricades.

Le bilan de la révolte
La révolte de 1834 est nettement plus politisée que celle de 1831. Un millier d’ouvriers ont tenu tête à une garnison 10 fois plus nombreuse. Les insurgés ont manqué d’armes, ils n’ont pas eu de commandement unique et les zones tenues étaient isolées les unes des autres par un cordon de troupes. La partie était donc jouée d’avance. Les pertes humaines sont évaluées à 129 militaires tués et 194 blessés ; 192 tués parmi les civils.

Epilogue
Plus de 500 arrestations ont eu lieu ; en mars 1835, 52 lyonnais sont transférés à Paris et détenus à la Conciergerie. En mai 1835 s’ouvre un « procès monstre » qui aboutit à à de sévères condamnations. Les condamnés seront amnistiés en mai 1837 à l’occasion du mariage du duc d’Orléans.
Un tableau sur soie acquis par le musée représente la visite faite en 1841 d’un atelier de canut par le duc d’Aumale, cinquième fils de Louis-Philippe, en compagnie d’Hippolyte Jaÿr préfet du Rhône, du général Aymard dont c’est la dernière année à Lyon et de Joseph Cabias maire de la Croix-Rousse.



Article de 2014 – Dernière modification 02/2022
Source : Fernand Rude – Les révoltes des canuts 1831-1834 – Maspéro 1982

Editorial du Président

EDITORIAL DE LA GAZETTE N° 100 JANVIER 2022

C’est un véritable plaisir pour moi d’introduire cette première édition de la gazette du « Pôle de l’Histoire Militaire de Lyon et de sa région » qui constitue un élément de rayonnement de deux entités : l’Association du Musée du Patrimoine Militaire de Lyon et de sa région et la Bibliothèque Militaire Humbert de Groslée.

Nous renouons ainsi avec la tradition, interrompue ces dernières années, de la parution d’une Gazette du Musée d’Histoire Militaire de Lyon en l’inscrivant dans le cadre moderne et prometteur de la future « Maison de l’Armée » qui regroupera ces deux entités, physiquement, sur le futur site rénové du Cercle Bellecour. Il s’agit d’une part de créer une synergie entre la Bibliothèque et le Musée et d’autre part d’ouvrir plus largement ces deux organismes aux visiteurs, aux étudiants et aux chercheurs.

Bibliothèque Humbert de Groslée

Ces deux années écoulées ont vu le fonctionnement en pointillé du musée et de la bibliothèque en raison des différentes contraintes liées à la pandémie de la COVID 19. Depuis le 9 septembre 2021, ces deux organismes ont réouvert leurs portes et de nombreuses classes de collèges, des blessés de l’armée de Terre, des membres d’associations et des ressortissants du ministère des armées ont pu visiter nos salles d’exposition.
Grâce à la notoriété de notre musée, sur la place de Lyon, nous avons pu également enrichir nos collections par des dons de particuliers qui souhaitent que les traces du passé glorieux d’un membre de leur famille ne tombent pas dans l’oubli. Nous avons également poursuivi nos actions visant à renforcer nos liens avec la Mairie de Lyon, les Archives Municipales, départementales et le CHRD.


Au-delà de la parution, trimestrielle, de ce nouveau moyen de rayonnement et d’information, plusieurs projets existent pour l’année à venir. Il s’agit tout d’abord de rendre plus visible notre musée en allant vers les usagers du cercle Bellecour, par des moyens audio-visuels et l’exposition de pièces emblématiques, pour que chacun puisse prendre conscience de sa richesse.
Il s’agit ensuite de nous rapprocher des étudiants qui potentiellement disposent, grâce à notre Centre de Documentation et au fonds de la bibliothèque, d’un outil précieux dans le cadre de leurs études. Il s’agit aussi de notre participation au projet mémoriel de l’USEP intitulé « Chemins de la Mémoire » en organisant des visites, tout au long de l’année, pour des classes de CM2 avec une journée de clôture le 13 mai au quartier général Frère.
Il s’agit enfin, de la reprise de nos conférences et de la réalisation d’une exposition sur les «Opérations Extérieures » en liens avec l’ONAC-VG et la FNAME.
En ce mois de janvier, période de vœux, il me reste à vous souhaiter au nom de tous les adhérents de nos deux entités une très belle année 2022.

Général PERALDI, président de l’Association du Musée

La Révolte des Canuts de 1831

La RÉVOLTE des CANUTS à LYON en NOVEMBRE 1831 

Il y a 180 ans en 1831 à Lyon, les ouvriers en soie (plus tard appelés les « canuts ») comptent 30000 compagnons, 8000 chefs d’atelier travaillant à domicile et 750 « fabricants » qui sont les donneurs d’ordre recevant les commandes. Cette industrie est très dépendante des contraintes économiques et la « fabrique » fonctionne par à-coups. S’il n’y a pas assez de commandes, les métiers chôment et les ouvriers qui ne sont plus payés sont très vite dans la misère…
Ils commencent à s’organiser (« Volontaires du Rhône » de Lacombe…) en vue d’obtenir du patronat une augmentation du tarif des façons et les autorités s’inquiètent.

La préfecture place des Jacobins

Le général Comte Roguet est alors le commandant militaire de Lyon et de la 7ème Division Militaire. Les forces dont il dispose à Lyon sont réduites : 3 bataillons du 66° de ligne peu sûr, un bataillon du 13° de ligne, du 12° Dragons et de 2 compagnies du Génie. La Garde Nationale formée par les citoyens compte 10000 hommes mal encadrés, peu instruits et surtout divisée entre bourgeois et ouvriers.
Roguet inquiet se montre favorable à l’établissement d’un tarif pour les ouvriers en soie. Une réunion entre chefs d’atelier et fabricants en présence du préfet Bouvier du Molard a lieu à la préfecture (place des Jacobins) le 25 octobre 1831. Un tarif est adopté à la satisfaction générale. C’est ce que relate le premier numéro d’un journal ouvrier « l’Echo de la Fabrique » du 30 octobre 1831.

L’Echo de la Fabrique n° 1

L’enthousiasme va vite retomber : les fabricants jouent de leur influence auprès du ministre du commerce, qui rappelle à l’ordre le préfet, qui se rétracte le 1er novembre et le tarif n’est pas appliqué. Dès lors la colère va aller grandissante, avec appels à la révolte, surtout à la Croix-Rousse, qui était une commune indépendante séparée de Lyon par les fortifications. Un chef est choisi : Buisson.

Le lundi 21 novembre c’est la grève ; à la porte de la Croix-Rousse un peloton de gardes nationaux est désarmé par les ouvriers, qui descendent ensuite par la Grand’Côte pour demander l’application du tarif : ils se heurtent à la Garde Nationale et une fusillade éclate. Les ouvriers se replient sur la colline et dressent des barricades. Sur l’une d’elles est dressé un drapeau noir avec la devise « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ». Les autorités (le préfet et le général Roguet) contre-attaquent en faisant monter deux colonnes de soldats et gardes nationaux. La première par la montée Saint-Sébastien emporte une barricade au niveau de la caserne des Collinettes, la 2ème par la Grand’côte conduite par le préfet et le général Ordonneau chef de la Garde Nationale parvient à la Croix-Rousse : les autorités sont retenues quelques heures en otages. Le maire de la Croix-Rousse obtient un retour au calme très précaire.

Affrontement à la barrière de la Croix-Rousse

Le lendemain 22 novembre des centaines d’ouvriers de la Guillotière et des Brotteaux montent prêter main-forte à ceux de la Croix-Rousse. L’affrontement reprend et se généralise, des barricades s’élèvent partout, 2 compagnies du 13° de ligne encerclées doivent capituler. 5 à 600 hommes du 66° sont désarmés par 50 hommes à la caserne des Colinettes (Villemanzy). Les révoltés sont pourvus d’armes prises à la Garde Nationale et aux soldats. L’offensive gagne la rive gauche du Rhône ; les ponts sont pris, l’octroi du pont Lafayette est incendié. D’autres groupes conduits par Lacombe venus par Vaise et le Vieux-Lyon investissent la place des Cordeliers et la place des Célestins, puis l’Hôtel de Ville. Les soldats sont repoussés de la Croix-Rousse ; ils manquent de munitions et refusent de se battre. Dans la nuit le Général Roguet se replie avec ses troupes par le quai Saint-Clair à Rillieux, laissant derrière lui environ 900 déserteurs.

Le 23 novembre les canuts sont maîtres de la ville. Lacombe occupe l’Hôtel de Ville avec une commission hétéroclite, qui tente de s’organiser et rédige un appel aux Lyonnais. Le préfet entre en contact avec lui pour tenter de rétablir l’ordre. Lacombe renonce. Des éléments étrangers à la « Fabrique » occupent l’Hôtel de Ville.

Appel aux lyonnais de la Commission des Ouvriers

Le 24 novembre Buisson à la tête d’un groupe d’ouvriers reprend le contrôle l’Hôtel de Ville et forme un nouvel état-major provisoire, accepté par l’adjoint au maire et le préfet, qui promettent la révision du tarif. Dès lors s’amorce le retour à la normale. L’état-major reste en place jusqu’au 29, jour où il donne sa démission au préfet. La Garde Nationale est dissoute et les armes en partie récupérées.

Pendant ce temps des troupes convergent vers la ville, commandées par le Duc d’Orléans, héritier du trône, et le maréchal Soult. L’avant-garde sous les ordres du futur maréchal de Castellane occupe Saint-Just le 1er décembre. Le lendemain un conseil de guerre se tient au château de la Duchère. Les troupes (18000 hommes) investissent Lyon sans résistance le 3 décembre. Des prises d’armes ont lieu place Bellecour les jours suivants. Le préfet Bouvier du Molard est destitué, remplacé par Gasparin ; le Général Roguet également remplacé par le général baron Hulot. Le 66° de ligne part pour l’Algérie. La récupération des armes est lente. Le nombre des victimes des 21 et 22 novembre est estimé à 600, dont plus de 100 morts militaires et 69 civils. Le Roi Louis-Philippe préconise d’être « sage sans faiblesse et ferme sans violence » (il n’y aura pas d’exécutions) et passe une commande de 640000 F de tissus d’ameublement…

Pendant près de 10 jours, la 2ème ville de France a échappé au contrôle de l’état… Ces événements de Lyon ont eu un grand retentissement en France et en Europe. Alors bien avant Marx, des analystes comprennent que c’est la première révolte sociale et que la société industrielle et commerciale qui monte en puissance fait aussi se développer une population prolétaire, qui en retour la menace…

Article de 2011 – Dernière modification 02/2016
Source : Fernand Rude – Les révoltes des canuts 1831-1834 – F. Maspéro 1982

Le 28° RT

Le 28° RÉGIMENT de TRANSMISSIONS D’ISSOIRE

FILIATION
Le 28° Régiment de Transmissions (28°RT) est l’héritier du 28°Bataillon de Génie (28°BG) créé à Belfort en 1914. Celui-ci assure glorieusement les travaux du Génie pendant toute la Grande Guerre, avec des compagnies envoyées en Orient ou sur le front italien. Il est dissous en 1919.

Insigne du 28° RG

Dix ans plus tard en 1929 est créé à Montpellier un 28° Régiment du Génie (28°RG) de la spécialité « Sapeurs-télégraphistes ». Pendant 10 ans il participe aux manœuvres et établit des lignes de communication dans le secteur fortifié des Alpes.
À la mobilisation en 1939, selon les plans établis, le 28°RG est dissous. Il devient à Montpellier un Centre Mobilisateur (CM28) qui met en route 17 compagnies de télégraphistes et 19 compagnies radio affectées dans les unités combattantes. En mai -juin 1940 les compagnies du Génie engagées avec la 28° DI se battent héroïquement sur l’Ailette ; elles sont dissoutes après l’armistice.

1931 Sergents du 28° RG

CRÉATION de L’ARME des TRANSMISSIONS
L’Armée d’Armistice compte huit groupes de transissions – un par division. Le Gouvernement de Vichy décide au 1er juin 1942 la création d’une Arme des Transmissions indépendante de l’arme du Génie. Elle est balayée par l’invasion allemande et la dissolution de l’armée d’Armistice en novembre 1942 et de nombreux transmetteurs rejoignent la Résistance.

NAISSANCE et RENAISSANCE du 28ème RT
Après la Libération, début 1945 il est mis en place des Centres d’Organisation et d’Instruction des Transmissions (COIT), dont le COIT 617 à Toulouse, rebaptisé en novembre 28° régiment de Transmissions (28°RT). Celui-ci instruit les recrues et met sur pied des compagnies et bataillons de transmissions envoyés en renfort en Indochine. En mai 1946 le 28 est transféré à Montpellier à la caserne Joffre avec un groupe d’instruction à Sète. En avril 1947 le régiment est réduit en bataillon (28°BT), éclaté entre Montpellier, Sète, Marseille et Nice. Il contribue toujours à l’expédition de détachements en Extrême-Orient, avant d’être dissous en mars 1951.

Le drapeau du 28 à Saïgon

En 1953 le drapeau du 28 est attribué aux unités des Transmissions en Indochine. Leur conduite exemplaire justifiera la mention sur l’emblème « Indochine 1953-1956 »

L’organisation des Transmissions est variable : La Direction de l’Arme dissoute en 1948 est recréée en 1953. La fin de la guerre d’Algérie voit une modernisation des équipements et pour les Transmissions l’augmentation des effectifs. Sont créés l’École annexe des Transmissions à Agen et l’École d’enseignement technique à Issoire et 4 nouveaux régiments, dont un nouveau 28ème.

Le drapeau du 28 à Nice 1965

Le 28e RIT
Le 28e Régiment d’Instruction des Transmissions est créé au 1er juillet 1965 à Nice, caserne Auvare. Il regroupe des organismes dissous et est bien équipé en moyens de formation des recrues. Il forme 5750 recrues et 600 EOR pendant les 4 ans de son existence, car en octobre 1969 le 28 est à nouveau dissous…

Le 28e RT À ORLÉANS
Il faut attendre le 1er juillet 1979 pour que revive le 28e RT recréé à Orléans, quartier de Sonis. Il est rattaché au 3° corps d’Armée (3° CA) et participe à une première opération extérieure (Opex) l’Opération Manta au Tchad (1983/84). Neuf chefs de corps se succéderont à Orléans au 28, qui en 1984 devient le régiment de transmissions de la Force d’Action Rapide (FAR). En 1985 il est doté du système RITA.

Insigne du 28° RT

Au début des années 1990, il est professionnalisé à plus de 60%. Les Opex vont se multiplier : opération Daguet en Irak (1991), opération Oryx en Somalie (1992), APRONUC au Cambodge (1992), FORPRONU à Zagreb (1992-93) Sarajevo (1993-95), opération Salamandre à Mostar (1996-99), opération Alba en Albanie 1997, Trident au Kosovo (1999-2000).

Le 28° RT À ISSOIRE
En 1998 très engagé dans les Balkans, le régiment doit déménager d’Orléans à Issoire (63), où il reprend le quartier de Bange libre après la dissolution de l’École technique des Sous-officiers. Le 28 est alors intégré à la brigade de transmissions de la Force d’Action Terrestre. Il comprend 7 unités élémentaires : une compagnie de commandement et logistique (CCL), 5 compagnies d’emploi et une compagnie d’instruction. En 1999 une compagnie participe à l’opération Trident au Kosovo (1999-2004) ; cette année là des personnels du 28 sont présents dans 15 pays et 5 DOM-TOM. 
En 2000 le 28 est complètement professionnalisé ; il compte en plus une compagnie de réserve. Il va encore augmenter ses effectifs en reprenant 3 compagnies d’infrastructure du 45° RT de Montélimar qui est dissous. Ces compagnies (6,8,9) sont basées à Lyon, Marseille et Draguignan.
Les Opex se succèdent : opération Licorne en Côte d’Ivoire, Pamir en Afghanistan, Carbet en Haïti…


Dans l’organisation de l’Armée de Terre 2006, le 28° fait partie de la BTAC (Brigade de Transmissions et d’Appui au commandement) dont l’état-major est à Lunéville (54).
En 2009 est créée une 7° compagnie formée de personnels venant du 41°RT de Senlis dissous et les compagnies 6 et 8 sont rattachées à la DIRISI de Lyon. Le régiment compte alors 8 compagnies, toutes regroupées à Issoire.

Le quartier de Bange à Issoire

D’autres OPEX suivent : Tchad 2009, Afghanistan 2011. En 2015 Issoire est rattachée à la base de défense de Clermont-Ferrand.

Dans le schéma 2016 de réorganisation de l’armée « Au Contact » le 28° RT devient l’un des 5 régiments du Com-SIC (Commandement des Systèmes d’Information et de Communication) dont l’état-major est à Cesson-Sévigné (35). L’unité doit armer les groupements de transmissions (GTRS) et intégrer des modules SIC interarmées en opération. Les personnels sont sollicités par l’opération Sentinelle dans les villes de France. En 2022 opération « Barkhane » au Sahel.

Malgré les réorganisations continuelles, les transmetteurs du 28 ont mis en œuvre des matériels en évolution constante, de plus en plus sophistiqués et performants, passant de la télégraphie à la radio, puis aux communications électroniques. À la fois techniciens et soldats, les hommes portent fièrement la fourragère aux couleurs de la croix de guerre 14-18 en souvenir du 28°BG.

Article de 2018Source : Pierre Dufour – 28, de la télégraphie aux communications du XXI° siècle – Lavauzelle 2001

Le Régiment de Lyonnais

Le RÉGIMENT de LYONNAIS 1616-1791

Ce régiment est associé à la famille de Neuville de Villeroy : ses membres en sont « mestres de camp » ou colonels, avant de devenir gouverneurs du Lyonnais au XVII° et XVIII° siècles.

NAISSANCE du RÉGIMENT 1616-1635 
En 1616 Nicolas de Villeroy, fils de Charles d’Alincourt gouverneur du Lyonnais, reçoit commission pour former un régiment d’infanterie (10 compagnies de 100 hommes). Le Régiment de Villeroy fait campagne au Piémont (1616-17), contre les protestants dans le sud-ouest (1621-22) et à nouveau au Piémont (1624-26). Entre les campagnes le régiment est réformé et la plupart des hommes renvoyés chez eux. En 1629, il est rétabli pour la guerre de succession du Monferrat. Assiégé en Italie l’année suivante, il capitule prématurément et est mis à l’entraînement à Pignerol. Nicolas de Villeroy cède le commandement à son frère cadet François d’Alincourt, qui participe aux campagnes en Vivarais (1632), en Lorraine (1634) et au Palatinat (1635). Le régiment prend alors le nom de Régiment de Lyonnais (RL), parce que le recrutement et les frais sont assurés par ce gouvernement.

Le recrutement d’un régiment

Le RÉGIMENT de LYONNAIS 1635-1659 
C’est le temps de la guerre contre les Habsbourg (Empire et Espagne). Les effectifs sont portés à 2000 hommes (1/3 mousquetaires 2/3 piquiers). En Piémont le RL se distingue à Buffalora (1636), défend Verceil d’où il sort avec les honneurs (1638). En 1639 François d’Alincourt est tué dans une bataille de rues à Turin. Nicolas reprend le commandement du RL, qui charge victorieusement sous Turenne à Rotta di Chieri.
Renforcé à 3000 hommes le RL part pour la Catalogne en révolte contre Madrid. Il se bat bien et en sort avec les honneurs, réduit à 439 hommes valides.
De nouveau en Italie (1646-1659), le RL est assiégé à Porto Longone (île d’Elbe) et en sort à nouveau avec les honneurs (1650). Il se distingue encore en Piémont à Borghetto (1650) et au siège de Mortara (1658).

Maniement du mousquet

Emblème du Régiment

Le TEMPS des RÉFORMES (1664-1670) 
Après la paix des Pyrénées (1659) les effectifs du RL sont réduits, mais il passe à 26 compagnies, quand Nicolas de Villeroy le cède à son fils François (1664-1683). Le RL est alors le 17ème dans la listé de préséance des régiments. Louvois modifie l’armement : les fantassins sont dotés de fusils et de baïonnettes, hormis les caporaux qui conservent la pertuisane et 4 soldats d’élite par compagnie dotés de grenades. Le drapeau est divisé en 4 cantons par une croix blanche avec 2 cantons noirs et 2 bleus. L’uniforme est en drap gris doublé de rouge, avec galons d’or pour les officiers, d’argent pour les sergents ; les pertuisaniers et les tambours ont une tenue verte.
Vers 1670 à la demande des lyonnais, est détachée une Compagnie Franche chargée de la garde des portes de la ville, qui sera logée dans une caserne construite pour elle à la Guillotière vers 1773.

Le RL dans les GUERRES de LOUIS XIV :
Le RL est de toutes les guerres et campagnes qui vont se succéder à un tel rythme que l’on ne peut les détailler.
- guerre de Dévolution (1667-68) : campagne de Flandre, de Franche-Comté, prise de Dôle. Retour ligne manuel
- guerre de Hollande (1672-78) : passage du Rhin, campagnes en Allemagne, Franche-Comté, Flandre, bataille de Cassel. Pendant la paix le RL participe à des travaux de fortification comme à Sélestat. Le régiment passe en 1683 à Louis-Nicolas de Villeroy fils de François, devenu gouverneur de Lyon.
- guerre de la Ligue d’Augsburg (1688-1697): le RL est de la campagne du Palatinat, en garnison à Trèves (1690), à la prise de Namur (1692), aux batailles de Steinkerke (1692) Neerwinden (1693).

1697 congé pour un Invalide


- Guerre de Succession d’Espagne (1701-1713) : le RL est engagé sous le duc de Vendôme en Italie (1702-1706 défaite de Turin), puis en Provence. C’est une période noire pour le RL : effectif insuffisant, ravitaillement réduit, solde non payée… En 1709 il est dans les Alpes sous Berwick et en 1712 sous Villars à la bataille de Denain qui sauve la France. En 1714 Louis-Nicolas cède le RL à son fils François-Louis de Villeroy. Le nombre de régiments est réduit et le RL est renforcé de soldats des régiments Mornac et Charolais.

Uniforme 1720-1734

Le RÉGIMENT de LYONNAIS sous LOUIS XV et LOUIS XVI :
Pendant une longue période de paix, le RL passe d’une garnison à l’autre, dont Lyon et Montbrison (1725-26). Le marquis de Beaupréau devient le colonel (1734-1745). En 1734 nouvel informe : habit, culotte blancs, collet et parements rouges. Les compagnies sont regroupées en 2 ou 3 bataillons selon les époques.
- Guerre de succession d’Autriche (1740-1748), il est engagé en Allemagne, puis au Piémont. Le RL est reconstitué à 4 bataillons et 2900 hommes, réduits à 1050 en temps de paix. Le comte de Lannion (1745-1749) passe la main à Gabriel-François de Villeroy (1749-1762).


- guerre de Sept Ans (1756-1763) : le RL se rend lors de la capitulation de Minden, mais se distingue dans une bataille sur la Fulda, dans une guerre désastreuse pour la France.
Le marquis de Bouzols en devient le colonel (1763-1782). En 1774 il est dédoublé : les 1er et 3ème bataillons continuent le RL qui connaît à nouveau diverses garnisons, dont Toulon (1778) où il fournit des troupes embarquées dans les vaisseaux partant pour la guerre en Amérique. Le RL participe à la prise de l’île de Minorque sur les anglais (1782), mais échoue au siège de Gibraltar.
Rentré en France, il a comme colonels le comte de Tillères (1782-1788) et le comte Philippe de Montesquiou-Fézensac (1788-1792) ; il est en garnison dans le sud et en 1788 à Aix et Marseille.

1788 Congé Militaire

DU RÉGIMENT de LYONNAIS au 27° RI 
Pendant les 2 premières années de la Révolution le bataillon d’Aix garde sa discipline, mais après les troubles de décembre 1790, le bataillon quitte la ville pour Tarascon, où le régiment est réuni. Le 1er janvier 1791, le RL devient le 27ème Régiment de Ligne et part pour l’Armée du Rhin. Montesquiou le commande jusqu’en février 1792, il conduira ensuite l’armée d’occupation de la Savoie en septembre 1792.

Le 1er janvier 1795 est opérée une scission des régiments et un amalgame avec les bataillons de volontaires : le 1er bataillon du 27° forme la 53° demi-brigade avec 2 bat. du Haut-Rhin et de la Moselle. Le 2ème bataillon forme la 54° demi-brigade avec 2 bat. du Puy-de-Dôme et de l’Eure. Un « 2ème amalgame » en 1796 mélangera à nouveau les unités : une 27° demi-brigade nouvelle deviendra par la suite le 27°Régiment de Ligne puis Régiment d’Infanterie.

Insigne du 27° RI

Le 27° RI est à Lyon en 1834 au moment de la révolte des canuts, puis en 1870 -1874. En 1889, il est à Dijon, où il va demeurer jusqu’à sa dissolution (vers 1980).

Le 27° RI, devenu régiment de Dijon, se considère par tradition comme l’héritier du régiment de Lyonnais : son insigne reprend les couleurs du RL, le lion et la date de 1616.

Article de 2014 Source : général Susane – Histoire de l’infanterie française tome 3 – J.Dumaine 1876 / Cdt Carnot – le Régiment de Lyonnais – Pierre Masson – Lyon 1929

Visite du Musée /7

VISITE DU MUSÉE / 7 : FIN de LA SECONDE GUERRE MONDIALE ET SUJETS THÉMATIQUES (SALLE 6)

La première moitié de cette dernière salle est consacrée à la phase finale de la Seconde Guerre Mondiale, celle de la Libération.

LIBÉRATION DE LYON ET DE LA RÉGION
Cette phase débute avec le débarquement allié en Provence le 15 août 1944 des forces américaines et de l’armée du général de Lattre. Des panneaux modernisés relatent la progression rapide des alliés, la bataille de Montélimar, pendant que se déroulent des actions de résistance prématurées (Oullins, Villeurbanne) et la bataille de Meximieux.

Le Fusilier-marin

Les allemands font sauter les ponts de Lyon, avant de laisser la place aux résistants qui convergent sur la ville. Le 3 septembre les fusiliers marins du général Brosset entrent en ville. Lyon est libérée : l’ordre y est rétabli et le 5 septembre une prise d’armes a lieu place Bellecour en présence du général de Lattre.


En uniforme un américain, un fusilier-marin et une vitrine avec la grande tenue de colonel du général Brosset et ses décorations illustrent ces épisodes historiques.

Une autre vitrine est consacrée au général Descour chef militaire de la Résistance dans la région, puis gouverneur militaire de Lyon, aujourd’hui bien oublié.

Les vitrines des généraux Descour et Brosset (à droite)

SUJETS THÉMATIQUES
La seconde partie de la salle est utilisée pour mettre en valeur des sujets particuliers. ils sont présentés autour de la salle et dans un meuble-vitrine qui occupe toute la largeur du mur.
Sont illustrées : la Gendarmerie Nationale, la Légion Étrangère, les troupes alpines
sont exposés : des coiffures , des décorations, des insignes… Cette demi-salle est en constante évolution.

Le meuble-vitrine

Avec la salle 6 se termine cette visite rapide de notre musée. Nous souhaitons que ces 7 articles de visite virtuelle vous auront donné l’envie d’une visite réelle…

Article de 11/2020

Les Nemours Gouverneurs de Lyon

Les DUCS de NEMOURS, GOUVERNEURS du LYONNAIS pendant les GUERRES de RELIGION  

Au XVI° siècle, les « Nemours » sont une branche cadette de la maison de Savoie, branche qui commence avec Philippe de Savoie (+1533), frère cadet du duc de Savoie Charles II, qui lui concède en apanage le comté de Genève (Annecy) et le Faucigny. Mais il est aussi demi-frère de Louise de Savoie, mère de François Ier et le Roi lui confère en 1528 le Duché de Nemours. Son fils et son petit-fils seront gouverneurs du Lyonnais pendant les guerres de Religion avec des choix politiques diamétralement opposés.

JACQUES de NEMOURS, gouverneur après l’épisode protestant (1563-1571) 

Blason des Savoie-Nemours

Jacques de Savoie, Duc de Nemours (1531-1585), fils de Philippe, est donc le cousin du Roi et du duc de Savoie Emmanuel-Philibert. Il est l’un des princes les plus accomplis de son temps, ce qui lui vaut de figurer comme personnage dans le célèbre roman du XVII° siècle « la Princesse de Clèves« .

Jacques de Nemours participe sous Henri II aux campagnes contre Charles-Quint ; en 1552 il se distingue au siège de Lens, puis se jette dans Metz assiégée et contribue à sa défense sous les ordres de François de Guise. Il sert ensuite en Flandre et en Italie, toujours avec distinction ; il est promu capitaine-général de l’infanterie légère.

Jacques de Nemours

En 1560 commence le temps des Guerres de Religion : Nemours se place résolument dans le camp des catholiques et prend part aux offensives menées par Montmorency, Guise et Saint-André. En 1562, les Réformés prennent la pouvoir à Lyon, soutenus par le baron des Adrets. En décembre 1562, le roi Charles IX nomme le duc de Nemours gouverneur du Lyonnais en remplacement du maréchal de Saint-André tué à la bataille de Dreux. Nemours tente de libérer Lyon : il s’empare de Vienne et s’avance jusqu’à Saint-Genis-Laval, mais il échoue à prendre la ville.
Il bat le baron des Adrets à Beaurepaire, mais celui-ci renforcé contraint Nemours à se retrancher dans Vienne. Nemours négocie une trêve qui éloigne des Adrets. Son gouvernement comprend l’ensemble Lyonnais, Forez, Bourbonnais, Auvergne, Marche et Combraille. Mais Lyon est toujours aux mains des Réformés ; l’autorité royale est rétablie seulement en juin 1563 par le maréchal de Vieilleville, lieutenant-général (1563-1564). Le roi Charles IX et sa mère Catherine de Médicis visitent Lyon en juin 1564 et décident la construction d’une citadelle en haut des pentes de la Croix-Rousse, pour maintenir la ville dans l’obéissance. Les lieutenants-généraux sont ensuite Beaulieu de Losses (1564-66), Birague (1566-68) puis Mandelot.

Le Duc de Nemours n’entre à Lyon qu’en septembre 1565, suivi par son épouse Anne d’Este, veuve de François de Guise, un an plus tard. La guerre reprend en septembre 1567 : Lyon est à nouveau menacée et Nemours chasse les insurgés des alentours et s’empare de Vienne ; il fait une entrée triomphale à Lyon. Quelque temps après, lassé de toutes ces guerres, il se démet du gouvernement de Lyon en février 1571, en proposant son lieutenant-général François de Mandelot pour lui succéder.
Jacques de Nemours se retire à Annecy pour se consacrer à la culture et aux lettres ; il y meurt en juin 1585.

CHARLES-EMMANUEL de NEMOURS: la VILLE aux MAINS de LA « LIGUE » (1589-1594)

Charles-Emmanuel de Savoie, Duc de Nemours

Charles-Emmanuel est fils aîné de Jacques et d’Anne d’Este, né en 1567; il est donc le demi-frère utérin d’Henri duc de Guise. A la mort de Mandelot en novembre 1588, Henri III le nomme gouverneur de Lyon, car il doit encore composer avec le duc de Guise, qu’il fait assassiner le mois suivant. Nemours est arrêté ; la ville de Lyon indignée se soulève en faveur de la « Ligue » catholique (février 1589) et Nemours s’évade.

Contre l’avis du roi, la ville l’accueille comme gouverneur ; il évince le lieutenant-général nommé par le Roi Guillaume de Gadagne. Son gouvernement sera celui de l’épisode « ligueur » de la ville. La Ligue ultra-catholique s’oppose au protestant Henri de Navarre, héritier du trône, devenu Henri IV en août 1589, après l’assassinat d’Henri III.

Nemours fait campagne autour de Lyon, se distingue au cours des batailles perdues par la Ligue à Arques (1589) et Ivry (1590) contre Henri IV. Revenu à Lyon en avril 1591, il tente de rendre son gouvernement indépendant et prétend à la couronne royale ; il prend Vienne. Mais l’abjuration d’Henri IV (juillet 1593) change tout ; Nemours est arrêté par l’archevêque Pierre d’Epinac avec l’aide du Consulat de la ville et enfermé au château Pierre-Scize en septembre 1593. En février 1594 la ville se rallie à Henri IV et les troupes royales commandées par Alphonse d’Ornano entrent en ville. Sept consuls de Lyon sont destitués et remplacés. Nemours réussit à s’évader de Pierre-Scize en juillet… Charles-Emmanuel reprend la lutte en vain et se retire à Annecy, où il meurt de la tuberculose l’année suivante.

Entrée d’Henri IV à Lyon septembre 1595

Henri IV fait une entrée triomphale à Lyon en septembre 1595. Il met fin au système du consulat, le remplaçant par un prévôt des marchands nommé pour 2 ans assisté de 4 échevins. Le premier prévôt des marchands est René Thomassin. Cette organisation durera jusqu’à la Révolution (1791).

Article de 2011 – Dernière modification 01/2022
Source : B.Demotz & coll. – Les Gouverneurs de Lyon – ELAH 2011

François Ier dans la Région/2

FRANÇOIS Ier À LYON ET DANS LE SUD-EST EN 1536

OCCUPATION DE LA SAVOIE ET NOUVELLE GUERRE
Le duc de Milan Francesco Sforza meurt en novembre 1535. Cette mort attendue relance la revendication de François Ier sur le Milanais au profit de son 2ème fils Henri ; il menace de guerre l’empereur et roi d’Espagne Charles Quint .

Charles II duc de Savoie

Le roi avait par ailleurs demandé au duc de Savoie Charles II, qui est le demi-frère de sa mère mais aussi le beau-frère de l’empereur, le passage de ses troupes sur son territoire. Celui-ci refuse : le roi décide alors l’occupation des terres de Savoie. En février 1536 l’amiral Chabot de Brion envahit la Bresse puis le Bugey ; d’autres troupes partent de Grenoble et de Briançon. En mars la Savoie est occupée ; c’est ensuite le tour du Piémont : Suse, puis Turin sont prises. À la mi-avril Chabot de Brion arrive à la frontière du Milanais. Entretemps le roi vient résider à Lyon.

Cette occupation déclenche une nouvelle guerre avec Charles-Quint : les impériaux investissent la plaine piémontaise, seule Turin résiste. Le 25 avril le roi fait une entrée solennelle à Montbrison comme comte de Forez, territoire inclus dans le royaume l’année précédente.
En juillet Charles-Quint envahit la Provence. Le connétable de Montmorency envoyé sur place, fait occuper Avignon, territoire pontifical, d’où il va mener une politique de la terre brûlée pour contenir l’invasion.

Connétable Anne de Montmorency

La MORT DU DAUPHIN et L’INVASION DE LA PROVENCE


Le 2 août le dauphin François, 19 ans, boit de l’eau glacée après une partie de jeu de paume disputée à la maison du Plat près de l’abbaye d’Ainay où il logeait ; il tombe malade, mais part le lendemain avec le roi et sa suite en direction du sud. Le 4 ils sont à Vienne. Le dauphin très fiévreux est laissé en route au château de Tournon, où il meurt le 10 août. À Lyon la rue François Dauphin dans le quartier Bellecour perpétue son souvenir.

Le dauphin François


Le roi apprend la mort de son fils aîné à Valence : ce deuil inattendu va bouleverser le roi. L’écuyer du dauphin le piémontais Montecuculi qui lui avait donné l’eau est accusé sans preuve de l’avoir empoisonné : il avoue sous la torture…
Le 12 septembre le roi rejoint le camp d’Avignon, d’où l’armée française surveille l’offensive de Charles-Quint, que le manque de ravitaillement va contraindre à la retraite. L’empereur a été vaincu sans bataille ; la Provence est libérée, mais elle est ravagée, surtout Aix. Le roi visite Arles et Marseille, puis reprend le chemin de Lyon où il arrive le 2 octobre.

NOUVEAU SÉJOUR À LYON
Le 7 octobre en séance publique le roi entouré des princes du sang et des ambassadeurs valide la condamnation à mort de Montecuculi. Celui- ci est trainé sur une claie de la prison de Roanne sur la place de la cathédrale où il demande pardon, puis jusqu’à la Grenette, où il est écartelé à 4 chevaux… Ses restes sont déchiquetés par la foule.
Le roi a t’il assisté à l’exécution ? Des sources l’affirment, d’autres n’en parlent pas… L’une d’elle dit que seule Marguerite de Navarre sœur du roi y aurait assisté et qu’elle en aurait été horrifiée…

Le Cardinal de Tournon

En remplacement de Pomponne de Trivulse, le roi nomme le cardinal de Tournon, grand diplomate et homme de confiance, gouverneur à Lyon pour tout le sud-est du royaume et des provinces de la maison de Savoie récemment occupées. Avant de repartir fin novembre le roi autorise l’installation à Lyon d’une manufacture de soie par les piémontais Etienne Turquet et Barthélémy Naris.

Le second fils de François Ier, Henri, devient le nouveau dauphin et sera le roi Henri II qui fera une entrée solennelle à Lyon en octobre 1548.

La Savoie et le Piémont sont administrativement rattachés au royaume : Il ne reste plus au duc de Savoie que Verceil et le comté de Nice. Son successeur Emmanuel-Philibert devra attendre 1559 pour récupérer ses états par le traité de Cateau-Cambrésis.

Article de 11/2020Sources : Didier Le fur – François Ier – Perrin 2015 / René Guerdan – François Ier – Flammarion 1976