Libération de la Loire

LIBÉRATION DE LA LOIRE Août 1944

Les GMO de MAREY 
Dans le département de la Loire, l’organisation de la Résistance à l’occupation allemande est essentiellement l’oeuvre d’un homme d’exception, le capitaine Jean Marey (1906-1959).

Jean Marey

Natif de Merle (42) à 2 km d’Estivareilles, officier d’active, il sert comme instructeur dans les années 30, il est encore instructeur en 40-41 à Aix-en-Provence où les écoles d’officiers sont repliées. En 1941-42 il sert au 5°RI replié dans le cadre de l’armée d’Armistice à St-Etienne.


À la dissolution de l’Armée d’Armistice en novembre 1942, il passe dans la clandestinité, devient le délégué de l’ORA de la Loire en mars 1943, puis après la fusion avec l’Armée Secrète (AS) devient le chef départemental en octobre 1943. Marey « Hervé » est de petite taille, mince, énergique et déterminé. Dès le printemps 1943 il a constitué une équipe de 5 officiers pour organiser l’AS dans tous les secteurs de la Loire sous la forme de Groupes Mobiles d’Opération (GMO).

À la différence des formations habituelles de maquisards trop nombreux et mal armés, les GMO sont encadrés par personnels aguerris, ne recrutant que des vrais soldats, bien armés, bien implantés localement et obéissant à des règles de conduite très strictes et sévères. En particulier Marey estime que tant que les résistants seront traités en francs-tireurs, il faut être implacable avec les allemands et miliciens capturés et les fusiller.

Le REPLI des ALLEMANDS
Le débarquement allié en Provence entraîne le repli des garnisons allemandes de la région. L’ordre de repli leur parvient le 17 août. La plus excentrée est la garnison du Puy, qui évacue la ville le 18 au soir. Un détachement laissé en arrière-garde doit se rendre le lendemain. La garnison de St-Etienne évacue la ville le 19 et n’attend pas la garnison du Puy. Celle-ci ne prend pas la route directe le Puy -St-Etienne, jugée trop peu sûre, mais un itinéraire plus difficile passant par Craponne, Usson, Estivareilles, St-Bonnet le Château.
Les 18 et 19 août la colonne est freinée dans sa progression, car elle est harcelée dès le départ par les FTP du camp Wodli de la Haute-Loire (commandant Théo Vial-Massat), qui a 10 tués dans l’accrochage de Bellevue-la-Montagne. Au soir du 19 la colonne n’a pas dépassé Craponne.

La BATAILLE D’ESTIVAREILLES
Ce même soir Marey qui se trouve à Estivareilles bat le rappel de tous ses GMO. Le 20 il place le GMO Bir Hakeim (le seul dont il dispose) en avant d’Usson pour retarder les allemands, qui ne peuvent dépasser ce village.
Le 21 la colonne reprend sa marche, mais est bloquée à l’entrée d’Estivareilles, car Marey a dans la nuit fait sauter un pont. La zone est alors complètement encerclée par tous les GMO arrivés en renfort. Toute la journée les combats sont nombreux, courts et parfois meurtriers. Au soir du 21 les allemands ne peuvent plus s’échapper, mais sont encore puissants et capables d’infliger de lourdes pertes s’ils se défendent jusqu’au bout.
Au début de la nuit, Marey fait saper le moral des allemands par des tirs venant de toutes les directions, des mouvements de camions bruyants et des appels par haut-parleur à la reddition. Le colonel allemand Metger se résout à négocier : il est conduit au hameau de Pommiers devant Marey qui bluffe en exagérant les moyens dont il dispose et qui somme le colonel de se rendre à 23h. Après concertation avec ses officiers, le colonel allemand accepte de se rendre. La colonne allemande qui a eu une cinquantaine de tués et une centaine de blessés compte un millier d’hommes, femmes et enfants, qui sont acheminés sur St-Bonnet-le-Château, où le 23 les troupes de Marey organisent une prise d’armes improvisée.
La bataille d’Estivareilles a été magistralement conçue et exécutée grâce à la puissance de feu et la mobilité des GMO organisés par Marey.

Officiers allemands prisonniers après Estivareilles

LIBÉRATION de SAINT-ÉTIENNE
Le départ des allemands de la ville le 19 août entraîne un vide du pouvoir pendant près de 3 jours. Le 20 dans l’après-midi un groupe FTP d’Ardèche arrive en ville et désarme les GMR ; sous leur protection un premier numéro d’un journal de libération sort le 21. Ce jour-là le Comité de Libération du Département (CDL) nomme un préfet provisoire. Le 22 Marey envoie le groupement Strasbourg (3 GMO) à St-Etienne en pleine fièvre de libération. Le 25 enfin c’est l’entrée triomphale des hommes de Marey, qui défilent dans la ville en liesse avec les prisonniers d’Estivareilles.

Défilé du 25/08/1944 – prisonniers allemands sur le camion

PARTICIPATION aux COMBATS DU RHÔNE (Ouest-Lyonnais)
Marey est ensuite contacté par Henri Provisor (« Darciel ») commandant la résistance Rhône-Loire-Ardèche pour participer à la libération de l’ouest lyonnais. Marey se rend le 29 au PC d’Yzeron ; il y reçoit la mission de harceler les convois allemands au sud du Rhône. Marey concentre ses GMO sur Thurins avec le renfort de parachutistes SAS. Les accrochages ont lieu les 29 et 30 à Montagny et les Sept-Chemins, le 30 au Pont-rompu près de Mornant et Taluyers – le Bâtard le 31/08 et 1er septembre, combats dans lesquels s’illustrent les GMO Cassino, Bir Hakeim, 18 juin et Liberté.

L’ARRIVÉE de l’ARMÉE DE LATTRE
Le 1er septembre le 1er escadron du 2°RSAR (Spahis Algériens de Reconnaissance) traverse difficilement St-Etienne en raison de la foule pour aller stationner à Terrenoire. Le lendemain à la préfecture une importante réunion d’état-major rassemble les généraux de Monsabert (2°CA) et ses adjoints Brosset (1°DFL) et du Vigier (1°DB), leurs subordonnés et les chefs de la Résistance.

Passage d’éléments de la 1ère Armée Française à St-Etienne

le 3 septembre les fusiliers marins de la 1ère DFL atteindront Lyon à son tour libérée.
Jean Marey, héros de la Résistance de la Loire, continuera sa carrière militaire: devenu colonel il sera tué dans une embuscade en Algérie en 1959.

Article de 2016 / remis en ligne 10/2023

Source : François Lescel – Objectif Lyon – DG communication 2004 / Pascal Chambon – La Loire dans la seconde guerre mondiale – Sutton 2010