Le Comté de Savoie

De HUMBERT Ier à AMEDEE V: DE L’AN 1000 à 1323

LE FONDATEUR: HUMBERT Ier « aux Blanches Mains« 

Ce féodal, d’ascendance incertaine apparait après l’an mille. Il est Comte de Savoie propre (Chambéry) et de Belley. Il est l’homme de confiance d’ Ermengarde, épouse du roi Rodolphe III de Bourgogne-Provence dit « le fainéant » (997-1032) ; il bénéficie de ses faveurs et arrive à obtenir vers 1024 le comté d’Aoste. Vers 1029 l’évêque de Vienne partage son territoire entre Humbert et Guigues le vieux premier comte de ce qui sera le Dauphiné. Guigues prend le sud du Viennois et Humbert obtient le nord- Viennois, bande de terre allant de Chambéry jusqu’au Rhône entre Lyon et Vienne, ce qui sera source de conflits (Guerre de « Septante Ans »).

Signature d’Humbert Ier

Selon la volonté de Rodolphe III décédé en 1032, Humbert se rallie à l’empereur germanique Conrad II le Salique, son héritier et le soutient avec énergie contre le comte de Genève. Il y gagne le Chablais en 1035. En 1033, il soumet l’évêque rebelle de Maurienne après un long siège de Saint-Jean-de-Maurienne. En récompense, il reçoit le comté de Maurienne avant 1043.

Vers 1045, Humbert conclut le mariage de son fils cadet Odon avec Adélaïde de Suse, héritière du marquisat de Turin côté italien des Alpes, qui apporte la vallée de Suse et l’expectative de l’héritage de tout le Piémont.
Humbert réside le plus souvent au château de Charbonnières au dessus d’Aiguebelle ; il meurt en 1047/48, laissant le comté bien agrandi à son fils aîné Amédée Ier (+1051), auquel succédera Odon.

DE AMEDEE Ier à PHILIPPE Ier

Humbert Ier, premier comte de Savoie, a ainsi pendant la première moitié du XI° siècle jeté les bases d’une principauté assise sur les deux versants des Alpes. Ses successeurs continueront à l’affermir, en particulier Amédée III (1103-1148) et Thomas Ier (1189-1233). Parmi les 10 enfants de Thomas Ier comte de Savoie (+1233) et de Marguerite de Genève, trois seront comtes de Savoie Amédée IV (+1253), Pierre II (+1268) et Philippe Ier. Ce dernier résilie sa charge d’archevêque de Lyon pour assurer la succession de son frère. Sans héritier, il pressent son neveu Amédée, 2ème fils de son autre frère Thomas II (+1259) sire de Piémont. Il lui fait épouser en 1272 Sibylle de Bâgé, héritière de la Bresse. Ce mariage fait entrer la Bresse dans les possessions de la maison de Savoie : elle y restera jusqu’en 1601 au traité de Lyon.
Amédée devenu sire de Bresse, soutient son oncle Philippe Ier, engagé dans la 1ère guerre contre le Dauphiné (« guerre de septante ans »).

Les principautés vers 1280

AMÉDÉE V le Grand, Comte de SAVOIE (1243-1323) 

En 1285 à la mort de Philippe, l’héritier légitime est un enfant de 6 ans fils du frère aîné d’Amédée : il est écarté. Pour arrêter la contestation de son frère cadet Louis, il lui cède en apanage le comté de Vaud (Lausanne).
Devenu Amédée V comte de Savoie, il va être un prince féodal infatigable pendant 38 années marquées chacune par des opérations militaires. En 1286 il prend la ville de Lyon sous sa protection pour 3 ans. Il s’oppose victorieusement au Dauphin, au comte de Genève et au sire de Thoire-Villars lors des 2ème et 3ème guerres contre le Dauphiné 1289-1293 et 1299-1314, secondé par son héritier Edouard.

Grand sceau d’Amédée V

Entre ces deux conflits, il soutient le Roi de France Philippe le Bel en envoyant Edouard combattre en Flandre en 1304. Sa plus célèbre opération est sa contribution à la descente sur Rome (1310-1312) pour permettre le couronnement de l’Empereur Henri VII, après une série de combats acharnés. Il y gagne le titre de prince d’Empire et en Piémont la ville d’Ivrée. Il meurt en Avignon, alors qu’il y préparait un projet de Croisade.


Le Comté de Savoie a de nouveau bénéficié avec lui d’un bon capitaine et d’un excellent administrateur. Deux de ses fils lui succéderont : Edouard le libéral (1323-1329) et Aymon le pacifique (1329-1343).

Blason de Savoie

Humbert Ier et Amédée V ont été les personnalités les plus marquantes des 3 premiers siècles du comté de Savoie. Par la suite, malgré plusieurs occupations françaises et une occupation espagnole au XVIII° siècle, cette principauté composite perdurera plus de 8 siècles, jusqu’en 1860, année où le roi Victor-Emmanuel II, lointain descendant (à 25 générations…) d’Humbert Ier, deviendra Roi d’Italie avec l’aide de Napoléon III en acceptant d’abandonner définitivement la Savoie (et Nice) à la France.

Article de 12/2021, fusion de 2 articles de 2010
source : B. Demotz – Les comtes qui en 400 ans firent la Savoie-L’Histoire en Savoie -sans date / le comté de Savoie du XI° au XV° siècle – Slatkine 2000