Le 5 mai 2025 un camion de déménagement arrive au Cercle Général Frère: une trentaine de palettes sont transférées dans le hall du Cercle. Elles contiennent des cartons de livres de la collection de monsieur Devez.
La moitié du chargement livré…
Monsieur BERNARD DEVEZ
Monsieur Bernard Devez (né en 1936) habite la région Île-de-France (91). Lors d’un stage pendant son service militaire à Chalons-en-Champagne, il découvre les vestiges des champs de bataille de la Grande Guerre 1914-1918… Cette découverte le bouleverse et il devient passionné par cette période de l’histoire, passionné au point de vouloir collecter toutes les informations possibles sur le sujet. Dès lors il va acheter tous les livres, journaux, revues qu’il peut trouver traitant de cette guerre et de son époque, mais aussi plus largement de la période de 1870 à 1940 en abordant tous les sujets. Ces achats se sont poursuivis sans discontinuer jusqu’à nos jours, au point de remplir sa maison par plus de 28000 ouvrages divers…
Monsieur Devez souhaitait que sa collection ne soit pas dispersée et soit disponible pour les chercheurs; il l’a léguée au Patrimoine Militaire, qui l’a ensuite proposée au Centre Culturel Militaire de Lyon en cours de constitution et donc à la Bibliothèque. C’est une opportunité exceptionnelle pour nous et elle est acceptée.
ACCUEIL DE CETTE DONATION
Pour se préparer à accueillir cette colossale donation appelée maintenant « Fonds Devez », il a fallu réorganiser la bibliothèque Humbert de Groslée: il a fallu faire de la place dans la réserve et dans la salle de lecture; transférer une partie de notre fonds patrimonial dans des locaux au sous-sol et dans les locaux laissés libres par le transfert du musée. Une fois les palettes arrivées, il a fallu monter les cartons un par un et ranger les livres… Tout cela n’a été possible que par le travail de toute une équipe de jeunes stagiaires.
Les ouvrages les plus anciens impeccablement rangés dans la réserve
Les livres récents de la donation ont été disposés dans la salle de lecture; les livres plus anciens occupent tout l’étage de la réserve (10 travées) et les journaux et revues trop volumineux sont dans l’ancien musée.
Les livres les plus récents garnissent tout un mur de la salle de lecture
INAUGURATION DU « FONDS DEVEZ »
Le 3 octobre 2025 a eu lieu l’inauguration du « Fonds Devez ». Notre donateur monsieur Devez a pu venir accompagné par une douzaine de membres de sa famille et d’amis. Elle a commencé dans la salle de conférence par les discours d’hommage et de remerciements du colonel Vallès chef du Centre Culturel, du général Peraldi président de l’association du musée et du colonel Leroy représentant le Gouverneur Militaire, qui a tenu à participer avec un enregistrement video.
Le discours du colonel Vallès
Monsieur Devez a ensuite coupé le ruban tricolore barrant l’accès à l’étage de la réserve, où les participants ont pu mesurer l’ampleur et la richesse de cette donation.
Un apéritif dinatoire a clôturé cette inauguration officielle.
Un livre parmi des milliers d’autres…
La Bibliothèque Humbert de Groslée s’est donc enrichie d’un fonds documentaire d’une incroyable diversité: documents officiels, récits de bataille, souvenirs de soldats, biographies de combattants, propagande, mémoriaux d’institutions, album de dessins, chansons et poésies patriotiques…
Une mine de documents à la disposition des chercheurs, des enseignants, des auteurs… Mais le « fonds Devez » est aussi un trésor documentaire accessible à tous… Comme l’était déjà notre « fonds patrimonial ».
« Un peuple sans passé est un peuple sans avenir » Maréchal Foch.
Au 1er juillet 2000 la RMD-Med est devenue la Région Terre Sud-Est (RTSE) ; de plus le gouverneur militaire de Lyon est officier général de la zone de défense sud-est (OGZD-SE) zone administrative de sécurité civile sous autorité préfectorale. L’insigne de la RTSE associe les blasons de Lyon et de Marseille.
général Gilles BARRIÉ (08/2001-09-2004) : chasseur alpin, montagnard, chef de corps du 27°BCA. général Thierry de BOUTEILLER (10/2004-08/2006) : officier d’infanterie, commande le 92°RI à Clermont-Ferrand, opex en Bosnie. général François-Pierre JOLY (10/2006-07/2008) : officier du Génie, commande le 3°RG à Charleville. général Xavier BOUT de MARNHAC (09/2008-07/2010) : officier de cavalerie, centré sur le renseignement, directeur des opérations à la DGSE, commande la KFOR au Kosovo. général André HELLY (09/2010-07/2012) : parachutiste infanterie de marine, commande le 2°RPIMa à la Réunion.
2012 – ETAT-MAJOR de SOUTIEN DÉFENSE
En 2012 l’échelon intermédiaire régional devient inter-armées, d’où l’apparition des ancres et des ailes sur l’insigne. C’est maintenant un Etat Major de Soutien Défense (EMSD), en soutien des 15 Bases de Défense (BdD) interarmées du sud-est, lesquelles dépendent directement du commandement central du soutien .
général Martial de BRAQUILANGES (07/2012-07/2014) : infanterie de marine, commande le 8°RPIMa à Castres.
Le GCA Chavancy
– général Pierre CHAVANCY (08/2014 -05/2018 ) : infanterie, Légion Étrangère, Guyane, Tchad, Bosnie, commande la 13°DBLE à Djibouti, 3° BM à Limoges, Afghanistan, Gouverneur Militaire pendant quatre années jusqu’à fin mai 2018.
2018 – ZONE de DÉFENSE AUVERGNE- RHÔNE-ALPES
Depuis le 1er octobre 2018 la zone de Défense correspond maintenant à la région Auvergne-Rhône-Alpes, d’où l’apparition d’un nouvel insigne avec un blason associant Lyonnais, Auvergne, Dauphiné et Savoie.
.général Philippe LOIACONO (07/2018 -07/2021 )
Le GCA Loiacono
Artillerie de marine, Somalie, Rwanda, ex-Yougoslavie, chef de corps du 4°RSMA (Service Militaire Adapté) à la Réunion, inspection de l’Armée de Terre, divers postes d’état-major. Promu général de corps d’armée le 1er juillet 2018 et Gouverneur Militaire de Lyon. En plus des fonctions de commandant de la place de Lyon, il est Officier Général de Zone de Défense et de Sécurité (OGZDS) sous l’autorité du Chef d’Etat-Major des Armées et commandant de Zone Terre (COMZT).
Général Gilles DARRICAU (08/2021 – 07/2023)
En fonction au 1er août 2021, officier de l’ALAT, guerre du Golfe, Yougoslavie, Côte d’Ivoire, chef de corps du 5° RHC (hélicoptères de combat), OTAN…
-Général Denis MISTRAL (08/2023-07/2025)
Affecté le 1er août 2023, originaire de Marseille, officier de Cavalerie, il a servi au 3° régiment de Cuirassiers puis au 1er REC (Régiment Etranger de Cavalerie). Il a commandé la Légion Etrangère en 2018-2020.
LeGénéral Denis Mistral à Aubagne
Général Alain LARDET (08/2025-
GCA Alain Lardet
Originaire de Saint-Etienne, officier d’infanterie, il choisit la Légion Etrangère. Il sert à 2 reprises au 2° REP de Calvi et participe à de nombreuses OPEX. Chef de Corps du 3°REI en Guyane, il commande par la suite la Légion Etrangère (COMLE) en 2020-2023.
Sa photo officielle le représente en l’hôtel du Gouverneur devant le portrait du maréchal de Castellane son lointain prédécesseur…
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Article de 09/2025 –Sources : B.Demotz et coll. – Les Gouverneurs de Lyon – ELAH 2011
Antoine ESCALIN , dit « POLIN » DE LA GARDE, Général des galères
Antoine Escalin (vers 1498-1578) est né à la Garde-Adhémar dans la Drôme. Sa filiation est incertaine. Il est peut-être un fils naturel de Louis d’Adhémar de Monteil, comte de Grignan mort en 1558. Cette hypothèse repose sur la donation que lui a faite le comte de Grignan de la seigneurie de la Garde-Adhémar le 26 décembre 1544. Une autre hypothèse est que sa mère soit de la famille Adhémar. La légende veut qu’il ait été berger… En fait très jeune vers 1516, il s’engage comme soldat et sert dans l’armée en Piémont, sous le pseudonyme de Polin / Paulin qu’il gardera toute sa vie.
Après une vingtaine d’années obscures sa carrière va progresser. Il est nommé en 1536 capitaine de Château-Dauphin (aujourd’hui Casteldelfino dans la vallée de la Varaïta en Piémont, vallée qui faisait alors partie du Dauphiné) . Guillaume du Bellay, seigneur de Langey, lieutenant-général en Piémont (oncle du poète) le remarque en 1537, le signale au Roi et l’emploie comme émissaire. Dès lors il commence une carrière exceptionnelle.
Le Roi François Ier l’envoie en ambassade à Venise (1540) puis par voie terrestre il gagne Constantinople (1541) auprès du sultan turc Soliman II le Magnifique, pour nouer une alliance (contestable) avec les turcs pour prendre à revers Charles-Quint. Escalin revient de Constantinople à Fontainebleau en 21 jours ; il est nommé en mai 1542 commandant de l’Armée de mer. Le nouvel amiral repart pour Constantinople, où le sultan met à sa disposition la flotte barbaresque de Khair-ed-Din dit Barberousse, sur laquelle Paulin embarque vers la Méditerranée occidentale avec 120 galères et 27000 hommes qui viennent mouiller à Villefranche-sur-mer pour assiéger Nice, appartenant au Duc de Savoie allié de Charles-Quint son beau-frère (été 1543). La ville résiste avec acharnement, les turcs ravagent et pillent la ville basse et la région, mais n’arriveront pas à prendre le château. Escalin fait replier la flotte barbaresque sur Toulon, dont il fait évacuer la population. Les turcs occupent Toulon jusqu’au printemps suivant 1544 et il faut acheter leur départ. Cette même année Escalin est nommé général des galères : il crée une véritable flotte avec laquelle il combattra les Anglais, les Génois, les Espagnols. Le comte de Grignan lui fait en fin d’année donation de la seigneurie de son village natal, il devient donc baron de la Garde.
En avril 1545, avec ses mercenaires, contre son gré, il doit participer sous les ordres de Maynier d’Oppède, premier président du Parlement de Provence à la sanglante répression ordonnée par le Roi menée contre les hérétiques vaudois du Lubéron : les villages sont pillés et incendiés, les villageois massacrés, 600 hommes sont envoyés aux galères. Cette même année, Escalin retrouve ensuite son vrai rôle en conduisant la flotte sur les côtes anglaises et en occupant l’île de Wight.
La flotte devant l’île de Wight
Sa participation au massacre des vaudois lui vaut d’être emprisonné pendant 3 ans en attendant un procès devant le Parlement de Paris, le premier procès où la notion de crime contre l’humanité est évoquée, mais D’Oppède et Escalin de la Garde sont acquittés en 1551. Celui-ci retrouve ses fonctions et prérogatives. Commandant une flotte de 36 galères, il se bat contre les Espagnols et les Génois. En récompense pour ces opérations, il est nommé gouverneur de Marseille et lieutenant-général de Provence (1557), charges de son père supposé.
Eglise Saint-Michel de la Garde-Adhémar
Après la paix de 1559, il réside souvent en son château de la Garde, qu’il a bâti au sommet du lieu : il y reçoit Charles IX le 20 septembre 1564. Ce sont ensuite les guerres de religion : le baron de la Garde combat les protestants à Beaucaire, Pont-Saint-Esprit et Mornas en 1567, contribue à la reprise de Montpellier et occupe Orange (1568). Il reprend la mer en 1569 pour commander la flotte royale lors de l’attaque de Rochefort et du siège de la Rochelle, complétés sur terre par les troupes du Duc d’Anjou : c’est un échec dont Escalin est accusé. Ceci ne l’empêche pas d’être toujours bien en cour auprès du nouveau roi Henri III, qui lui donne la charge de gentilhomme de la chambre et le titre de marquis de Brégançon (1574). Il est même chevalier d’honneur de la reine Catherine de Médicis et général de l’armée navale sur les côtes de la Rochelle et Brouage. En 1576 il contribue à la pacification du Comtat Venaissin et c’est de retour de Paris qu’il meurt dans son château de la Garde.
« Polin » de la Garde ne s’est pas marié ; il a toutefois eu un fils d’une dame d’honneur de la reine qu’il a reconnu. A noter que son arrière-petit-fils, sans descendance, lègue en 1713 la Garde à Pauline de Grignan, petite fille de marquise de Sévigné. Ce legs va aussi dans le sens d’une parenté proche d’Escalin avec les Adhémar de Grignan. Par ailleurs son blason reprend les couleurs des Adhémar.
Article de 2012 – remis en ligne modifié 09/2025 Sources : Charles Ponsoye -Quelques pages de notre passé (histoire de Valence) – Charpin & Reyne 1941 / Eric Deschodt – le général des galères -JC Lattès/EMOM 1979
Le CAPITAINE BULLE (1913-1944) HÉROS de LA RÉSISTANCE en SAVOIE
Jean Bulle est né à Pontarlier en 1913, fils aîné d’un couple de postiers. Après le Prytanée, il entre en 1934 à Saint-Cyr promotion « roi Alexandre de Yougoslavie ». Il y est un excellent élève, réfléchi, très mûr et d’esprit très militaire. À l’été 1936, le jeune sous-lieutenant choisit pour commencer sa carrière d’officier le 60° Régiment d’infanterie de Besançon.
Bulle (lunettes) au 60°RI
Devant ensuite être muté dans une unité de forteresse, il choisit le 70°Bataillon Alpin de Forteresse (BAF) de Bourg-St-Maurice qu’il rejoint en mars 1938. Il y découvre la montagne, pratique l’escalade et le ski et est promu lieutenant. En janvier et juillet 1939, il fait deux stages à l’École de Haute Montagne de Chamonix ; il souhaite obtenir le commandement d’une SES (Section d’Éclaireurs Skieurs).
La CAMPAGNE des ALPES de 1939-40 À la mobilisation, son bataillon se dédouble : Bulle passe au 80°BAF, où il devient officier de détail. En octobre il se marie avec la fille d’un de ses anciens capitaines. le 7°BCA part pour le nord, en laissant sa SES/7 qui passe aux ordres du 80°BAF. En février 1940 Bulle obtient le commandement de la SES du 80°BAF, avec laquelle il rayonne sur l’ensemble du Beaufortain, se rapprochant de la frontière au fur et à mesure de la fonte de la neige. Il escalade l’aiguille des Glaciers au dessus du col de la Seigne pour observer les préparatifs des italiens. Le 10 juin 1940 l’Italie déclare la guerre à la France.
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(Coll.particulière)
Les premiers contacts ont lieu au col de la Seigne le 14 juin ; une 2ème attaque est repoussée le 16. Le 17 l’attaque est massive, la crête est conquise et la SES doit se replier dans la nuit et le 19 Bulle reçoit la mission de défendre le col de l’Enclave. Les italiens avancent dans la vallée des Glaciers, se heurtent aux défenses françaises et menacent la position du col de l’Enclave. Le 23 au moment où ses hommes envoient des grenades sur les italiens, Bulle suspendu dans le vide au bout de 20m de corde les mitraille avec son FM. Le 24 juin au soir l’armistice entre en vigueur.
10/1940 Jean Bulle décoré
L’ARMÉE D’ARMISTICE Le 80° BAF quitte le Beaufortain pour être dissous. Bulle rejoint le 7°BCA à Chambéry, puis celui-ci étant dissous, en septembre le 6°BCA à Grenoble dans le cadre de l’armée d’Armistice. Son fait d’armes lui vaut 2 citations et la Légion d’Honneur. En 1942 son chef de corps est le Cdt de Reyniès, futur chef de la Résistance en Isère, désireux de reprendre le combat et le préparant clandestinement, tout comme son homologue Valette d’Osia au 27°BCA. En novembre 1942, les allemands envahissent la zone sud : paralysés par des ordres contradictoires, les chasseurs alpins sont dissous. Bulle fait partie du bureau liquidateur, qui tente de camoufler le maximum de matériel.
1941 Bulle avec des militaires italiens
L’ARMÉE SECRÈTE Fin février 1943 il est démobilisé et va peu à peu glisser dans l’action clandestine. En mai il vient s’établir dans le Beaufortain. En cette année 1943 les différents courants de la Résistance se structurent : la Savoie est divisée en 5 secteurs et Bulle devient le chef du Beaufortain (secteur 3) avec Albertville, Ugine, Beaufort. Il a la lourde tâche de discipliner, d’entraîner, d’équiper, d’armer et de nourrir ses hommes. En septembre les italiens sont remplacés par les allemands. Les sabotages des maquisards progressent en efficacité. Au début de 1944 3 envoyés de Londres (mission Union) sont parachutés ou transférés en Savoie. Ces envoyés vont reconnaitre les terrains possibles de parachutage et transmettre les informations à Londres. Les maquisards ont en effet un grand besoin d’armement et d’équipement. Un premier parachutage a lieu la nuit du 10 au 11 mars à la Plagne ; un autre échoue le 10 mai. Bulle déploie une activité incessante malgré le danger ; il échappe de justesse à l’arrestation à Albertville le 19 mai. Un parachutage réussit le 26 mai au mont Coin.
Du DÉBARQUEMENT À LA MORT de JEAN BULLE Le débarquement du 6 juin entraîne une mobilisation générale des résistants « sédentaires » environ 1500 hommes non armés. Mobilisation prématurée : Bulle est obligé de les renvoyer dans leurs foyers. Le mois de juillet se passe dans l’attente, alors que se déroule le drame du Vercors ; les sabotages continuent. Le 1er août un grand parachutage est réceptionné de jour sur le terrain « Ebonite » au col des Saisies : 78 avions larguent de quoi armer 3000 hommes. Dans les jours qui suivent, les FFI de Tarentaise libèrent de fait la vallée de Moutiers à Bourg-St-Maurice. Pour les allemands, c’est une voie de passage vers l’Italie. Ils envoient des troupes pour reprendre la vallée. Pour appuyer ceux de Tarentaise Bulle prend la tête d’une compagnie du Beaufortain, débouche au dessus de la vallée, mais doit se replier : le 15 août les allemands contrôlent à nouveau la Tarentaise.
Bulle (lunettes) avec un officier américain parachuté 7/08/1944
Ce même jour le débarquement en Provence change la donne et le 19 les FFI de Haute-Savoie obtiennent par la négociation la reddition des allemands d’Annecy et libèrent leur département. Le 20 août, Bulle tente la même opération sur Albertville : il y amène un officier allemand d’Annecy pour prendre contact. Sans nouvelles de cet officier, il prend lui-même contact avec la Kommandantur d’Albertville, qui l’invite à se présenter. Il ne reviendra pas… Son corps est retrouvé au nord de Chambéry. En trahison des assurances qu’on lui avait donné, il a été emmené en direction de Chambéry, exécuté en cours de route et abandonné…
LIBÉRATION Le 23 août les allemands évacuent Albertville, que les FFI occupent. Les compagnies FFI poursuivent les allemands en Tarentaise : ils s’accrochent aux pentes du Petit-St-Bernard. Le 3 septembre arrivent des éléments de la 3° DIA (3°RTA puis 5° RTM) qui appuient les FFI. Le bataillon du Beaufortain devenu le bataillon Bulle regroupé à Albertville devient au 1er janvier 1945 le 7° BCA reconstitué, qui participera à la bataille des Alpes de mars et avril 1945.
Les obsèques de Jean Bulle sont célébrées de manière grandiose à Albertville : il est inhumé dans son Jura natal. Il est un des combattants de la Résistance les plus prestigieux par son ardeur, son désintéressement et son héroïsme. Le quartier du 7°BCA à Bourg-St-Maurice a porté son nom.
Source : Jean d’Arbaumont – vie et mort du capitaine Bulle – Gardet Annecy 1972
Joseph Sève est né à Lyon en 1788, fils d’Anthelme Sève, tondeur de draps et originaire du Bugey. Sa famille maternelle est de Fontaines-Saint-Martin.
Acte de baptême du 19 mai 1788 – paroisse St-Pierre-St-Saturnin de Lyon – Archives Municipales cote 1GG647
C’est un garçon insoumis, qui s’engage à 11 ans et demi dans la marine à Toulon. Il est blessé à la bataille navale de Trafalgar. Toujours insubordonné, il casse la canne d’un officier sur le dos de celui-ci. Emprisonné, le général de Ségur, dont il avait sauvé la vie, le fait évader et le fait engager sous le nom d’Anthelme Sève au 6° Hussards en Italie (1807). En 1809 il combat en Allemagne ; en patrouille près de Munich, il est blessé et capturé : il reste prisonnier pendant 2 ans en Hongrie.
En 1811 maréchal-des-logis, il part avec le 6° Hussards pour le Hanovre, puis en Russie. Promu adjudant pendant la retraite de Russie, il est blessé devant Posen (1813), est promu sous-lieutenant et se distingue à Bautzen. En 1814 il est lieutenant au 14° Chasseurs à cheval ; il rentre à Lyon à la chute de l’Empire, mais reprend du service en 1815 comme capitaine attaché à l’état-major de Grouchy. En demi-solde après les Cent-Jours, il s’essaye sans réussite au commerce de chevaux à Paris. Endetté, il part en Italie comme représentant de commerce.
Soliman Pacha
Sa vie bascule en 1819, quand il obtient du comte de Ségur une lettre de recommandation pour Mehemet-Ali, vice-roi d’Egypte, qui veut moderniser le pays. Pour le tester, le vice-roi l’envoie dans le sud à la recherche de charbon, qui n’existe pas. Au retour, il est présenté à Ibrahim, fils du vice-roi qui rentre de campagne militaire. En 1820 il est envoyé à Assouan pour instruire une armée nationale nouvelle. En 1821 nommé agha, il prend le nom de Soliman et se convertit à l’islam pour être mieux accepté de ses hommes. Il ramène son armée sur le Caire et mate une révolte. En 1824 Soliman est nommé bey et reçoit des terres et des gratifications. Cette même année, Mehemet-Ali est appelé à l’aide par le sultan turc pour l’aider à reconquérir la Morée (Péloponèse) sur les grecs révoltés. Il envoie Ibrahim et son armée. Le colonel Sève enlève à la baïonnette les batteries de l’île de Sphactérie. Blessé dans cette action, il est nommé gouverneur de Tripolitza jusqu’à la paix signée après la défaite navale de Navarin (1828).
Mehemet Ali
En 1831 pendant la campagne de Palestine et de Syrie contre la Turquie menée par Ibrahim, Soliman bat les turcs de Hussein Pacha à Homs (Syrie) puis à Bailan : Mehemet-Ali le nomme major-général de son armée et pacha. Il bat une autre armée turque de Reshid Pacha à Konieh (Konya – Turquie). C’est le contexte international qui arrête l’armée égyptienne victorieuse (1833). La Syrie et la Palestine sont difficilement pacifiées. Soliman retourne en Egypte administrer ses terres. Il est rappelé au Liban pour mater une nouvelle révolte et faire face à une nouvelle tentative de reconquête du sultan turc. Une armée turque conseillée par le prussien von Moltke (futur chef d’état-major allemand en 1870) se retranche sur les collines de Nesib (aujourd’hui Nizip – Turquie) : Sève par un mouvement audacieux contourne le retranchement et met en fuite l’armée turque (juin 1839). La diplomatie européenne soucieuse de l’équilibre entre puissances arrête l’élan égyptien. Après un débarquement anglo-turc au Liban, l’armée égyptienne doit quitter la Syrie et la Palestine (fin 1840), mais Mehemet-Ali obtient de garder l’Egypte à titre héréditaire. Soliman Pacha reste major-général de l’armée.
En 1845/46 Soliman Pacha accompagne Ibrahim en Europe, en Italie puis en France. Ibrahim va faire une cure à Vernet-les-Bains, ce qui permet à Joseph Sève / Soliman de rencontrer le futur maréchal de Castellane à Perpignan. Dans ses mémoires, Castellane écrit de lui : »c’est un homme de 63 ans, bien conservé, assez gros et plein d’esprit« , dont il trouve la conversation intéressante et les avis pertinents. Le voyage se poursuit par Bordeaux, Tours et enfin Paris, où ils sont logés au palais de l’Elysée et reçus par le roi Louis-Philippe. Sève va se recueillir sur le tombeau de Napoléon et est décoré Grand Officier de la Légion d’Honneur. Ils passent ensuite en Angleterre, où Sève quitte Ibrahim pour revenir en France et enfin pouvoir s’arrêter 8 jours à Lyon en septembre 1846 : il y voit sa famille et va à Collonges rencontrer le maire, le colonel Arnaudet qui commandait le 14° chasseurs à cheval. Rentré en Egypte, il meurt en 1860.
Le lyonnais Joseph Sève s’est révélé sur un terrain étranger être un excellent meneur d’hommes et un grand homme de guerre, apportant une importante contribution à la modernisation de l’Egypte. Une de ses descendantes épousera le roi Fouad d’Egypte.
A Lyon une petite rue des pentes de la Croix-Rousse porte son nom.
Article de 2011 -remis en ligne augmenté 03/2025Source : Aimé Vingtrinier – Soliman-Pacha – Firmin Didot 1886
Un GENERAL LYONNAIS : Claude CARRA SAINT-CYR, Baron d’Empire
De LYON à l’AMERIQUE Baptisé à Saint-Martin d’Ainay en juillet 1760, il est le fils de Jean Carra, écuyer, seigneur de Vaux et Saint-Cyr.
Acte de Baptême de Claude à St-Martin d’Ainay / Archives Municipales de Lyon cote 1GG371
En 1774 sa famille désirant lui faire entamer une carrière militaire alors qu’il n’a que 14 ans, lui fait présenter le certificat de baptême d’un frère aîné décédé Jean-François baptisé en septembre 1856… Il devient alors Jean-François! Il entre comme sous-lieutenant au régiment de Bourbonnais stationné en Corse. Deux ans après le régiment rejoint Nancy, où il demeure jusqu’en 1779. Cette année-là il part pour la Bretagne et en avril 1780 embarque pour l’Amérique. Avec 3 autres régiments, dont le Royal-Deux-Ponts, il fait partie de l’armée de Rochambeau venue au secours de la lutte pour l’indépendance des insurgés américains. Il participe au siège et à la victoire de Yorktown et revient en France en 1783 pour tenir garnison à Metz. Il est lié d’amitié avec le lieutenant Aubert-Dubayet. Carra-Saint-Cyr est promu capitaine et achète une charge de commissaire des guerres en 1785. Il remplit ses fonctions à Rochefort, au Quesnoy puis en 1790 à Lyon sa ville natale. Il quitte le service début 1792.
OFFICIER de la REPUBLIQUE et DIPLOMATE La République a été proclamée et la patrie est en danger… Carra s’engage au bataillon de volontaires de Rhône et Loire et redevient officier. En 1793 son ami Dubayet, promu général à l’armée du Rhin le choisit comme aide de camp, mais Dubayet est bientôt destitué. Carra devient alors quelques mois commerçant, mais l’appel des armes (et de l’amitié ?) est le plus fort et il rejoint fin 1794 à nouveau Dubayet réhabilité. Sa progression est alors rapide : en 1795 il est promu chef de bataillon puis général de brigade. Aubert-Dubayet devient un éphémère ministre de la guerre ; il démissionne en échange d’une ambassade à Constantinople, où il emmène Carra-Saint-Cyr. Mais une brouille survient entre les 2 amis : Dubayet détache Carra-Saint-Cyr comme consul à Bucarest. Mais l’ambassadeur meurt fin 1797, Carra prend le relais à l’ambassade et rentre en France dans le courant de 1798. En 1799 il est à l’Armée d’Italie, où il exerce des fonctions administratives et il épouse à Paris la veuve de Dubayet. Au printemps 1800, il est général de brigade à l’armée de réserve et s’illustre à la bataille de Marengo et à Arezzo en Toscane. Carra-Saint-Cyr est promu général de division en 1801.
Blason de baron d’Empire
GENERAL d’EMPIRE En 1805 il commande l’armée d’occupation au royaume de Naples. En 1806 après les défaites de la Prusse, il est nommé gouverneur de la place de Magdebourg, il participe à la campagne de 1807 contre la Russie et s’illustre à la dure bataille d’Eylau : il devient grand officier de la Légion d’Honneur. En 1808 Carra-Saint-Cyr devient baron d’Empire. Il commande une division lors de la campagne de 1809 contre l’Autriche et se bat à Essling et Wagram. A la suite de cette campagne il est promu baron d’Empire et gouverneur de Dresde en Saxe. Après un passage par les provinces illyriennes, il est muté gouverneur de Hambourg en 1812. Puis c’est la campagne d’Allemagne (1813) et la campagne de France (1814), où il défend Valenciennes et Condé.
LA GUYANE AVANT LA RETRAITE Carra Saint-Cyr se rallie à la Restauration ; il devient Chevalier de l’ordre de Saint-Louis et obtient le titre de Comte. Il était écrit qu’il devait revoir l’Amérique, car il est nommé commandant et administrateur de la Guyane, où il demeure deux ans (1817-1819). A son retour, il passe dans le cadre de réserve et doit se retirer dans l’Aisne. C’est à Vailly-sur-Aisne que décède le 5 janvier 1834 âgé de 77 ans « Monsieur le Comte Jean François Carra Saint Cyr, lieutenant général en retraite, grand Officier de la Légion d’Honneur ». Sa tombe porte le prénom de Jean-François. Son nom (sans prénom) est inscrit sous l’Arc de Triomphe. En 1835 sa veuve demande et obtient la rectification de son prénom à l’Etat-Civil; il redevient Claude…
Sources : Martin BASSE – Lyonnais oubliés, quelques soldats de la révolution et de l’Empire – P.Masson, Lyon 1923 / Wikipedia / Archives Municipales Lyon / Archives de l’Aisne
La Bibliothèque Militaire de Lyon, créée en 1860, aujourd’hui baptisée Bibliothèque Humbert de Groslée, a été hébergée dans plusieurs bâtiments à Lyon, pour trouver enfin sa place depuis plus de 50 ans au Cercle Général Frère. Elle renferme un Fonds patrimonial très important de livres historiques et militaires des XX° et XIX° siècles. Elle possède également des ouvrages plus anciens, dont voici quelques exemples.
La place de Grenoble, extrait de « Introduction à la fortification » par Nicolas de Fer 1723« Histoire de la Milice Françoise » ouvrage de 1724Livre de 1744sur les « Subsistances Militaires« « Le Bombardier François » ouvrage de 1750
Ouvrage de 1786
D’autres ouvrages ont un grand intérêt par leur auteur, ainsi l’histoire médicale de la campagne d’Egypte par le médecin en chef Desgenettes daté de l’an X -1802
Un petit livre de 1872 sur « les Drapeaux de France » fait l’objet d’un article dans la dernière « Newsletter » de décembre 2024 en ligne sur ce site.
Vitrine mise en place à l’entrée du Fonds Patrimonial
mise en ligne 01/2025 – dernière modification 05/2025
Ce seigneur féodal guerrier est fils de Guichard IV le Grand, sire de Beaujeu. Sa mère est Sybille de Flandre et Hainaut, sœur de la reine Isabelle épouse du Roi Philippe-Auguste. Cette filiation prestigieuse explique peut-être son blason, qui est celui de Flandre modifié par une brisure (lambel) qui demeure le blason du Beaujolais.
Blason de Beaujeu
Humbert V sera un fidèle vassal du Roi de France. Au début de son règne (1217), il vient assiéger le château de Couzan (près de Boen 42). La coalition de l’archevêque comte de LyonRenaud de Forez, de son neveu Gui IV comte de Forez et du comte d’Auvergne force Humbert V à renoncer à ses droits et prétentions en Roannais.
En 1218 il épouse Marguerite file du sire de Bagé (en Bresse) qui lui apporte en dot des terres en Dombes et la seigneurie de Miribel. Le sire de Beaujeu acquiert ainsi un territoire sur la rive gauche de la Saône, qui sera appelée le « Beaujolais d’Empire » et qui deviendra plus tard la principauté de Dombes.
mannequin figurant Humbert V de Beaujeu
En 1224 Humbert accompagne le Roi Louis VIII dans la campagne contre Raymond VII de Toulouse, dans les suites de la Croisade contre les Albigeois ; mais le Roi tombe malade et meurt en 1226, en confiant l’expédition à son cousin le sire de Beaujeu. Humbert V poursuit la campagne faite de sièges et de chevauchées contre les fidèles de Raymond VII. En 1228 Humbert retourne en Beaujolais, mais le siège de Castel-Sarrasin l’oblige à redescendre en Languedoc ; il arrive à maintenir les conquêtes de Louis VIII et obtient la soumission du comte de Toulouse en 1229. Il se ruine dans cette campagne et doit mettre en gage des fiefs pour obtenir des prêts et imposer les églises de sa seigneurie.
En 1239 il est à Constantinople pour défendre l’Empire Latin, où il se distingue. A son retour il est nommé connétable de France par Louis IX/Saint-Louis (1240) ; il est vainqueur d’Henri III d’Angleterre aux batailles de Saintes et Taillebourg (1242).
Ce grand guerrier accompagne naturellement Louis IX à la croisade en Égypte en 1247 ; il participe à la bataille de Mansourah (02/1250) où il est fait prisonnier. Il meurt de maladie quelques mois plus tard.
Son fils Guichard V qui lui succède. Celui-ci étant mort en 1265 sans enfant, la seigneurie de Beaujeu revient à sa sœur Isabelle et par elle à son mari Renaud Ier comte de Forez +1270 réunissant provisoirement les deux principautés. Le fils aîné de ce dernier Gui VI sera comte de Forez et le cadet Louis sire de Beaujeu.
Les sires de Beaujeu sont les alliés des comtes de Savoie dans les épisodes guerriers qui les opposent aux dauphins de Viennois, ce qui vaut à Guichard VI de Beaujeu d’être fait prisonnier en 1325 par le dauphin. Il doit verser une forte rançon et abandonner la place de Miribel au Dauphiné, lequel devra la céder 25 ans plus tard au comte de Savoie .
Comtes de Forez
Sires de Beaujeu
Guy II 1138-1198
Humbert IV 1174-1189
Guy III 1198-1203
Guichard IV 1189-1216
Gui IV 1203-1241
Humbert V 1216-1250
Gui V 1241-1259
Guichard V 1250-1265
Renaud Ier 1259-1270
X Isabelle de Beaujeu
Gui VI 1270-1287
Louis 1270-1294
Jean Ier 1287-1333
Guichard VI 1294-1331
Gui VII 1333-1358
Edouard Ier 1331-1351
Louis 1358-1362
Antoine 1351-1374
Jean II 1362-1372
Edouard II 1374-1400
les deux principautés sont ensuite annexées aux terres des ducs de Bourbon.
Né en 1769 à Lyon, fils d’un maître maçon, il est baptisé en la paroisse St Pierre-St Saturnin dans le quartier des Terreaux. Il passe ensuite son enfance au faubourg de la Guillotière, où sa famille s’est installée. Son père, marchand chaudier, sera maire et conseiller municipal de la Guillotière. En 1777 un appui inconnu lui permet d’entrer en pension au collège des oratoriens de Juilly (Seine-et-Marne), où pendant 7 ans il fera de bonnes études. Mais à 16 ans en 1785, il abandonne les études pour s’engager au Régiment de Vermandois en garnison à Montpellier et Béziers, puis en 1788 à Perpignan. Il devient sergent en 1792 et participe avec son régiment (devenu le 61° régiment) à la conquête de la Savoie. En janvier 1793, il entre dans le bataillon des volontaires du Cantal comme chef de bataillon et est envoyé à l’armée des Pyrénées orientales.
Sous Augereau, il participe à la campagne du Roussillon ; en mars 1794 il est adjudant-général chef de bataillon. Duphot est placé en avant-garde commandant un bataillon de chasseurs contre les Espagnols. Il se distingue à la prise de la citadelle Notre-Dame del Roure, où il tue de son sabre un général espagnol et à la prise de Figueres (11/1794). A la paix il est mis en disponibilité en juin 1795 ; il sollicite avec ardeur sa réintégration, qui est acceptée en février 1796.
Le général Duphot
Il est alors envoyé à Périgueux, d’où il demande sans cesse son transfert à l’armée d’Italie en train de se couvrir de gloire avec Bonaparte. En septembre 1796, il rejoint l’Italie, il est à nouveau placé dans la division Augereau. Duphot est à Arcole et se distingue au combat de Bevilacqua. Bonaparte demande pour lui le grade de Général de Brigade ; il a 27 ans. Toujours en avant-garde, il est ensuite à la prise de Trévise, au passage du Tagliamento ; il passe les Alpes sur les talons des Autrichiens, traverse la Carinthie et arrive en Styrie à Leoben, où l’armistice est signé le 15 avril 1797.
Après un repos bien mérité dans la région de Milan, Bonaparte envoie Duphot à Gènes au mois d’août pour y organiser les troupes de la République ligurienne, où il doit réprimer une tentative d’insurrection. Duphot ne reste qu’un mois à Gènes, mais il a le temps de faire la connaissance et d’être séduit par la jeune Désirée Clary, ex-fiancée de Napoléon, soeur de Julie Clary épouse de Joseph Bonaparte, alors ambassadeur auprès du pape à Rome.
Le 12 novembre, Bonaparte octroie à Duphot « un congé de quatre décades pour se rendre à Rome et y vaquer à ses affaires« . Il retrouve à Rome sa fiancée et le mariage est décidé pour la fin décembre, mais il y rencontre aussi les partisans locaux des idées républicaines. Le 28 décembre, des révolutionnaires viennent manifester sous les fenêtres de l’ambassade ; Duphot et quelques autres sortent pour s’interposer et dans la confusion qui s’ensuit, les soldats du pape tirent et Duphot est tué. C’est la version officielle, mais certains commentateurs avancent que Duphot avait en fait pris la tête des révolutionnaires, version étayée par le fait qu’il a été tué loin de l’ambassade… Peut-être s’est-il laissé entraîner par sa fougue… Mais conduit-on une révolution la veille de son mariage ?
Statue de Duphot
Deux mois plus tard, la mort de Duphot est vengée par la prise de Rome par Berthier, la déportation du pape Pie VI (mort à Valence en 1799) et l’établissement d’une « République Romaine » (février 1798).
Quant à son ex-fiancée, Désirée Clary aura un destin exceptionnel : elle épousera par la suite le général Bernadotte et deviendra Reine de Suède et de Norvège… Le roi de Suède actuel est son descendant…
Le lyonnais Duphot laisse le souvenir d’un jeune général plein d’ardeur et riche d’avenir disparu trop tôt… Dans le 3ème arrondissement de Lyon, une petite rue perpétue son souvenir, ainsi qu’une statue dans le jardin de la Préfecture.
Article de 2010
source : Martin BASSE – Le Général Léonard DUPHOT – Berger-Levrault 1908
Le COMMANDANT MARCHAND ET « l’AFFAIRE de FACHODA » :
AVANT la « MISSION MARCHAND » Jean-Baptiste Marchand est né en 1863 à Thoissey dans l’Ain, fils aîné d’un menuisier. A 20 ans en 1883, attiré par l’aventure coloniale, il s’engage au 4ème RIMa à Toulon. Instruit, il peut devenir officier en passant par l’Ecole de Saint-Maixent. Marchand est sous-lieutenant au 4ème RIMa en mars 1887 et il débarque au Sénégal début 1888.
En 1889 il participe à une 1ère campagne de pénétration au Soudan (actuel Mali) et à la prise de Koundian, où il est blessé et reçoit la Légion d’Honneur. En 1890 le lieutenant Marchand est à la prise de Ségou sur le Niger (en aval de Bamako) et en mars 1891 à celle de Nioro (nord du Mali). Il est à nouveau blessé en avril 1891 lors d’une révolte de la région de Ségou.
Marchand capitaine
Fin 1892, il est nommé capitaine et vient passer 6 mois de repos en France. Il effectue ensuite une mission de pénétration en Côte d’Ivoire le long du fleuve Bandama, où il prend la localité de Thiassalé, mais averti de l’offensive de Samory dans le nord, il rejoint la colonne Monteil (colonne vers Kong). Sa connaissance du pays favorise la progression vers le nord, mais la colonne est rappelée et doit faire retraite.
La « MISSION MARCHAND » Marchand, revenu en France, propose en 1895 aux autorités une mission d’expansion française en Afrique Equatoriale depuis les possessions du Congo et de l’Oubangui en direction du Nil pour y implanter un poste militaire au point stratégique de Fachoda, tandis que 2 autres missions partiraient de Djibouti (elles échouèrent). Après bien des tergiversations le projet est accepté. La mission « Congo-Nil » est composée de 150 tirailleurs encadrés par 12 officiers et sous-officiers français. Parmi les officiers aux ordres du capitaine Marchand, le capitaine Baratier, les lieutenants Mangin et Largeau, le médecin de marine Emily. Une telle expédition nécessite une logistique considérable, 100 tonnes de fret réparti en 3000 charges… La mission part de Loango sur la côte atlantique en juillet 1896, pacifie la route jusqu’à Brazzaville juin à novembre 1896. Marchand réquisitionne un petit vapeur le Faidherbe et la mission remonte ensuite le Congo et l’Oubangui par voie fluviale par Bangui et Bangassou (Centre-Afrique).
Le portage du « Faidherbe »
Entre le bassin du Congo et le Soueh premier affluent du Nil, il faut franchir un seuil de 200 km par voie terrestre, où tout le matériel doit être porté, y compris le vapeur démonté. Pour cela il faut créer une route dans la forêt. Arrivée dans le bassin du Nil la mission attend la montée des eaux pour continuer. Marchand est sérieusement malade: il faut souligner l’importance du rôle du médecin dans la vie quotidienne de l’expédition qui est encore retardée par la traversée très difficile des marais du Bahr-el-Ghazal.
le capitaine Baratier palabre
Ce n’est que le 10 juillet 1898 que la mission arrive à Fachoda, ancien fort turc sur la rive gauche du Nil. Marchand fait remettre en état le fort et passe un pacte avec la tribu locale. En août ils repoussent une attaque des mahdistes (islamistes du Soudan, battus le 2 septembre par les anglo-égyptiens à Omdourman). Le 18 septembre une flottille anglo-égyptienne commandée par le général Kitchener survient et s’établit à proximité du fort. Les 2 chefs décident d’en référer à leurs gouvernements: que doivent-ils faire? Se combattre?…. Baratier est envoyé au Caire puis à Paris, puis Marchand lui-même monte au Caire. La réponse du gouvernement français les déçoit terriblement : ils doivent abandonner Fachoda et laisser la place aux anglais. Marchand, promu commandant, refuse que sa troupe soit rapatriée par les anglais et décide de gagner Djibouti par ses propres moyens.
Marchand avec le négus Ménélik
L’expédition quitte donc Fachoda le 10 décembre, remonte le Nil et le Sobat et aborde l’Ethiopie où ils sont bien reçus. Il leur faut encore 2 mois pour rejoindre Addis-Abeba à 2500 m d’altitude. Les tirailleurs souffrent du froid et une épidémie de grippe se déclare. Équipés de mulets et de chevaux, ils redescendent jusqu’à la frontière de la Côte française des Somalis. La dernière étape se fait en train jusqu’à Djibouti.
De l’Atlantique à la Mer Rouge, l’expédition Marchand a traversé l’Afrique pour la première fois en trois ans, avec très peu de pertes humaines. L’expédition est rapatriée à Toulon, puis à Paris : partout ils sont acclamés. Le 14 juillet 1899 c’est le défilé triomphal à Longchamp de Marchand et de sa compagnie de tirailleurs sénégalais. Les comptes-rendus de la mission, en particulier celui du médecin Emily, sont d’un grand intérêt par la description des territoires inexplorés et des tribus africaines rencontrées.
Après le retour photo pour « l’Illustration »
MARCHAND après FACHODA Pour le gouvernement français, renoncer à Fachoda était politiquement sage et cela a ouvert l’avenir à l’Entente Cordiale avec Londres, mais beaucoup de français patriotes vivent cela comme une capitulation humiliante et la popularité du Cdt Marchand irrite les politiques.
Marchand lieutenant-colonel en Chine
En 1900 il est promu lieutenant-colonel et pour l’éloigner, il est envoyé en Chine en août, après la campagne des Boxers, où il a un rôle diplomatique (1900-1902). En février 1902 il rentre en France par le transsibérien.
En 1903 il est envoyé commander à Toulon le 4° RIMa, où il s’était engagé 20 ans avant, mais écœuré par les malveillances des politiques, il démissionne de l’Armée en 1904.
Marchand est candidat à la députation, il milite en faveur du vote familial, mais n’est pas élu. Il fait du journalisme, écrit des analyses politiques et des études diplomatiques.
en tenue bleu-horizon
LA GRANDE GUERRE À la déclaration de guerre en 1914 Marchand demande sa réintégration dans l’armée. Il va ajouter un chapitre glorieux à une carrière déjà bien remplie… Nommé au commandement d’une brigade coloniale, il est vite promu général de brigade : il se distingue sur le front d’Argonne où il est blessé. En mai 1915 on lui confie la 10° Division Coloniale qui combat en Champagne, où il est grièvement blessé. Il est promu Grand Officier de la Légion d’Honneur.
Rétabli il est en 1916 sur la Somme, où il est à nouveau blessé. En 1917 il est au chemin des Dames et à Verdun. En 1918 la division Marchand combat sur la Marne à Château-Thierry et Epernay. Après l’armistice la division Marchand entre en Allemagne, atteint Mayence et s’installe sur le Rhin. Elle est dissoute en février 1919.
Marchand est mort en 1934 à Paris et inhumé à Thoissey, où on lui a élevé une statue.
Un monument commémoratif de l’expédition Marchand a été élevé à Paris Porte-Dorée en face de l’ex-musée colonial. Le bas-relief place au premier plan le médecin en train de soigner, Marchand est debout à gauche.
le monument Marchand
A Lyon le pont Kitchener sur la Saône a été officiellement rebaptisé pont Kitchener-Marchand en 1955.
Article de 2012 – Dernière modification 10/2024
Sources : M.Dutreb – Marchand – Payot 1922 / images l’Illustration & Wikipedia commons / Bibliothèque Militaire de Lyon