Le commandant Marchand

Le COMMANDANT MARCHAND ET « l’AFFAIRE de FACHODA » :

AVANT la « MISSION MARCHAND »
Jean-Baptiste Marchand est né en 1863 à Thoissey dans l’Ain, fils aîné d’un menuisier. A 20 ans en 1883, attiré par l’aventure coloniale, il s’engage au 4ème RIMa à Toulon. Instruit, il peut devenir officier en passant par l’Ecole de Saint-Maixent. Marchand est sous-lieutenant au 4ème RIMa en mars 1887 et il débarque au Sénégal début 1888.

En 1889 il participe à une 1ère campagne de pénétration au Soudan (actuel Mali) et à la prise de Koundian, où il est blessé et reçoit la Légion d’Honneur. En 1890 le lieutenant Marchand est à la prise de Ségou sur le Niger (en aval de Bamako) et en mars 1891 à celle de Nioro (nord du Mali). Il est à nouveau blessé en avril 1891 lors d’une révolte de la région de Ségou.

Marchand capitaine

Fin 1892, il est nommé capitaine et vient passer 6 mois de repos en France. Il effectue ensuite une mission de pénétration en Côte d’Ivoire le long du fleuve Bandama, où il prend la localité de Thiassalé, mais averti de l’offensive de Samory dans le nord, il rejoint la colonne Monteil (colonne vers Kong). Sa connaissance du pays favorise la progression vers le nord, mais la colonne est rappelée et doit faire retraite.

La « MISSION MARCHAND »
Marchand, revenu en France, propose en 1895 aux autorités une mission d’expansion française en Afrique Equatoriale depuis les possessions du Congo et de l’Oubangui en direction du Nil pour y implanter un poste militaire au point stratégique de Fachoda, tandis que 2 autres missions partiraient de Djibouti (elles échouèrent). Après bien des tergiversations le projet est accepté. La mission « Congo-Nil » est composée de 150 tirailleurs encadrés par 12 officiers et sous-officiers français. Parmi les officiers aux ordres du capitaine Marchand, le capitaine Baratier, les lieutenants Mangin et Largeau, le médecin de marine Emily. Une telle expédition nécessite une logistique considérable, 100 tonnes de fret réparti en 3000 charges…
La mission part de Loango sur la côte atlantique en juillet 1896, pacifie la route jusqu’à Brazzaville juin à novembre 1896. Marchand réquisitionne un petit vapeur le Faidherbe et la mission remonte ensuite le Congo et l’Oubangui par voie fluviale par Bangui et Bangassou (Centre-Afrique).

Le portage du « Faidherbe »

Entre le bassin du Congo et le Soueh premier affluent du Nil, il faut franchir un seuil de 200 km par voie terrestre, où tout le matériel doit être porté, y compris le vapeur démonté. Pour cela il faut créer une route dans la forêt. Arrivée dans le bassin du Nil la mission attend la montée des eaux pour continuer. Marchand est sérieusement malade: il faut souligner l’importance du rôle du médecin dans la vie quotidienne de l’expédition qui est encore retardée par la traversée très difficile des marais du Bahr-el-Ghazal.

le capitaine Baratier palabre

Ce n’est que le 10 juillet 1898 que la mission arrive à Fachoda, ancien fort turc sur la rive gauche du Nil. Marchand fait remettre en état le fort et passe un pacte avec la tribu locale. En août ils repoussent une attaque des mahdistes (islamistes du Soudan, battus le 2 septembre par les anglo-égyptiens à Omdourman). Le 18 septembre une flottille anglo-égyptienne commandée par le général Kitchener survient et s’établit à proximité du fort. Les 2 chefs décident d’en référer à leurs gouvernements: que doivent-ils faire? Se combattre?…. Baratier est envoyé au Caire puis à Paris, puis Marchand lui-même monte au Caire. La réponse du gouvernement français les déçoit terriblement : ils doivent abandonner Fachoda et laisser la place aux anglais. Marchand, promu commandant, refuse que sa troupe soit rapatriée par les anglais et décide de gagner Djibouti par ses propres moyens.

Marchand avec le négus Ménélik

L’expédition quitte donc Fachoda le 10 décembre, remonte le Nil et le Sobat et aborde l’Ethiopie où ils sont bien reçus. Il leur faut encore 2 mois pour rejoindre Addis-Abeba à 2500 m d’altitude. Les tirailleurs souffrent du froid et une épidémie de grippe se déclare. Équipés de mulets et de chevaux, ils redescendent jusqu’à la frontière de la Côte française des Somalis. La dernière étape se fait en train jusqu’à Djibouti.

De l’Atlantique à la Mer Rouge, l’expédition Marchand a traversé l’Afrique pour la première fois en trois ans, avec très peu de pertes humaines. L’expédition est rapatriée à Toulon, puis à Paris : partout ils sont acclamés. Le 14 juillet 1899 c’est le défilé triomphal à Longchamp de Marchand et de sa compagnie de tirailleurs sénégalais. Les comptes-rendus de la mission, en particulier celui du médecin Emily, sont d’un grand intérêt par la description des territoires inexplorés et des tribus africaines rencontrées.

Après le retour photo pour « l’Illustration »

MARCHAND après FACHODA
Pour le gouvernement français, renoncer à Fachoda était politiquement sage et cela a ouvert l’avenir à l’Entente Cordiale avec Londres, mais beaucoup de français patriotes vivent cela comme une capitulation humiliante et la popularité du Cdt Marchand irrite les politiques.

Marchand lieutenant-colonel en Chine

En 1900 il est promu lieutenant-colonel et pour l’éloigner, il est envoyé en Chine en août, après la campagne des Boxers, où il a un rôle diplomatique (1900-1902). En février 1902 il rentre en France par le transsibérien.


En 1903 il est envoyé commander à Toulon le 4° RIMa, où il s’était engagé 20 ans avant, mais écœuré par les malveillances des politiques, il démissionne de l’Armée en 1904.

Marchand est candidat à la députation, il milite en faveur du vote familial, mais n’est pas élu. Il fait du journalisme, écrit des analyses politiques et des études diplomatiques.

en tenue bleu-horizon

LA GRANDE GUERRE
À la déclaration de guerre en 1914 Marchand demande sa réintégration dans l’armée. Il va ajouter un chapitre glorieux à une carrière déjà bien remplie… Nommé au commandement d’une brigade coloniale, il est vite promu général de brigade : il se distingue sur le front d’Argonne où il est blessé. En mai 1915 on lui confie la 10° Division Coloniale qui combat en Champagne, où il est grièvement blessé. Il est promu Grand Officier de la Légion d’Honneur.

Rétabli il est en 1916 sur la Somme, où il est à nouveau blessé.
En 1917 il est au chemin des Dames et à Verdun. En 1918 la division Marchand combat sur la Marne à Château-Thierry et Epernay. Après l’armistice la division Marchand entre en Allemagne, atteint Mayence et s’installe sur le Rhin. Elle est dissoute en février 1919.

Marchand est mort en 1934 à Paris et inhumé à Thoissey, où on lui a élevé une statue.

Un monument commémoratif de l’expédition Marchand a été élevé à Paris Porte-Dorée en face de l’ex-musée colonial. Le bas-relief place au premier plan le médecin en train de soigner, Marchand est debout à gauche.

le monument Marchand

A Lyon le pont Kitchener sur la Saône a été officiellement rebaptisé pont Kitchener-Marchand en 1955.

Article de 2012 Dernière modification 10/2024

Sources : M.Dutreb – Marchand – Payot 1922 / images l’Illustration & Wikipedia commons / Bibliothèque Militaire de Lyon