Antoine ESCALIN , dit « POLIN » DE LA GARDE, Général des galères
Antoine Escalin (vers 1498-1578) est né à la Garde-Adhémar dans la Drôme. Sa filiation est incertaine. Il est peut-être un fils naturel de Louis d’Adhémar de Monteil, comte de Grignan mort en 1558. Cette hypothèse repose sur la donation que lui a faite le comte de Grignan de la seigneurie de la Garde-Adhémar le 26 décembre 1544. Une autre hypothèse est que sa mère soit de la famille Adhémar. La légende veut qu’il ait été berger… En fait très jeune vers 1516, il s’engage comme soldat et sert dans l’armée en Piémont, sous le pseudonyme de Polin / Paulin qu’il gardera toute sa vie.
Après une vingtaine d’années obscures sa carrière va progresser. Il est nommé en 1536 capitaine de Château-Dauphin (aujourd’hui Casteldelfino dans la vallée de la Varaïta en Piémont, vallée qui faisait alors partie du Dauphiné) . Guillaume du Bellay, seigneur de Langey, lieutenant-général en Piémont (oncle du poète) le remarque en 1537, le signale au Roi et l’emploie comme émissaire. Dès lors il commence une carrière exceptionnelle.

Le Roi François Ier l’envoie en ambassade à Venise (1540) puis par voie terrestre il gagne Constantinople (1541) auprès du sultan turc Soliman II le Magnifique, pour nouer une alliance (contestable) avec les turcs pour prendre à revers Charles-Quint. Escalin revient de Constantinople à Fontainebleau en 21 jours ; il est nommé en mai 1542 commandant de l’Armée de mer. Le nouvel amiral repart pour Constantinople, où le sultan met à sa disposition la flotte barbaresque de Khair-ed-Din dit Barberousse, sur laquelle Paulin embarque vers la Méditerranée occidentale avec 120 galères et 27000 hommes qui viennent mouiller à Villefranche-sur-mer pour assiéger Nice, appartenant au Duc de Savoie allié de Charles-Quint son beau-frère (été 1543). La ville résiste avec acharnement, les turcs ravagent et pillent la ville basse et la région, mais n’arriveront pas à prendre le château. Escalin fait replier la flotte barbaresque sur Toulon, dont il fait évacuer la population. Les turcs occupent Toulon jusqu’au printemps suivant 1544 et il faut acheter leur départ.
Cette même année Escalin est nommé général des galères : il crée une véritable flotte avec laquelle il combattra les Anglais, les Génois, les Espagnols. Le comte de Grignan lui fait en fin d’année donation de la seigneurie de son village natal, il devient donc baron de la Garde.
En avril 1545, avec ses mercenaires, contre son gré, il doit participer sous les ordres de Maynier d’Oppède, premier président du Parlement de Provence à la sanglante répression ordonnée par le Roi menée contre les hérétiques vaudois du Lubéron : les villages sont pillés et incendiés, les villageois massacrés, 600 hommes sont envoyés aux galères. Cette même année, Escalin retrouve ensuite son vrai rôle en conduisant la flotte sur les côtes anglaises et en occupant l’île de Wight.

Sa participation au massacre des vaudois lui vaut d’être emprisonné pendant 3 ans en attendant un procès devant le Parlement de Paris, le premier procès où la notion de crime contre l’humanité est évoquée, mais D’Oppède et Escalin de la Garde sont acquittés en 1551. Celui-ci retrouve ses fonctions et prérogatives. Commandant une flotte de 36 galères, il se bat contre les Espagnols et les Génois. En récompense pour ces opérations, il est nommé gouverneur de Marseille et lieutenant-général de Provence (1557), charges de son père supposé.

Après la paix de 1559, il réside souvent en son château de la Garde, qu’il a bâti au sommet du lieu : il y reçoit Charles IX le 20 septembre 1564. Ce sont ensuite les guerres de religion : le baron de la Garde combat les protestants à Beaucaire, Pont-Saint-Esprit et Mornas en 1567, contribue à la reprise de Montpellier et occupe Orange (1568). Il reprend la mer en 1569 pour commander la flotte royale lors de l’attaque de Rochefort et du siège de la Rochelle, complétés sur terre par les troupes du Duc d’Anjou : c’est un échec dont Escalin est accusé. Ceci ne l’empêche pas d’être toujours bien en cour auprès du nouveau roi Henri III, qui lui donne la charge de gentilhomme de la chambre et le titre de marquis de Brégançon (1574). Il est même chevalier d’honneur de la reine Catherine de Médicis et général de l’armée navale sur les côtes de la Rochelle et Brouage. En 1576 il contribue à la pacification du Comtat Venaissin et c’est de retour de Paris qu’il meurt dans son château de la Garde.

« Polin » de la Garde ne s’est pas marié ; il a toutefois eu un fils d’une dame d’honneur de la reine qu’il a reconnu. A noter que son arrière-petit-fils, sans descendance, lègue en 1713 la Garde à Pauline de Grignan, petite fille de marquise de Sévigné. Ce legs va aussi dans le sens d’une parenté proche d’Escalin avec les Adhémar de Grignan. Par ailleurs son blason reprend les couleurs des Adhémar.
Article de 2012 – remis en ligne modifié 09/2025
Sources : Charles Ponsoye -Quelques pages de notre passé (histoire de Valence) – Charpin & Reyne 1941 / Eric Deschodt – le général des galères -JC Lattès/EMOM 1979

