Les Fortifications Séré de Rivières

LA POLITIQUE de FORTIFICATION de SÉRÉ de RIVIÈRES À LYON 

Le Général Séré de Rivières (1815-1895)
Originaire d’Albi, ce polytechnicien sert pendant toute sa carrière dans le Génie Militaire à Toulon, Perpignan, Castres, Carcassonne. Blessé en Italie, il est par la suite directeur du Génie à Metz où il fortifie la place (1866).

Général Séré de Rivières

En 1868 il est directeur du génie à Lyon ; il juge que les fortifications de son prédécesseur Rohault de Fleury sont obsolètes, tant par l’extension de la ville que par l’augmentation de la portée des canons et il projette une ceinture d’ouvrages nettement plus large.
Le 4 septembre 1870, Lyon apprend la chute de l’Empire ; le colonel Séré de Rivières, commandant de la place de Lyon, parvient à garder le contrôle de la situation face à un climat semi-insurrectionnel, tout en mettant en route les chantiers de fortifications. Promu général, il part de Lyon courant décembre avec le 24° corps rejoindre l’armée de l’est avec Bourbaki et passe en Suisse ; il revient à Paris commander le Génie de l’armée de Versailles qui assiège Paris contre la Commune.

Après la défaite de 1870, la IIIème République réorganise toute la politique de défense. Séré de Rivières devient alors en 1874 Directeur du Service du Génie au ministère, où il est chargé de la construction urgente du nouveau système de fortification, qu’il va développer de Lille à Toulon, en passant par Verdun, la nouvelle frontière de Lorraine, le Jura et les Alpes et aussi les villes de Paris et Lyon considérées comme des objectifs stratégiques. Malgré la mise en disponibilité de Séré de Rivières par le ministre en 1880, sa politique sera poursuivie. Il a été qualifié de « Vauban du XIX° siècle« .

FORTIFICATIONS RÉGIONALES – période 1874-1885

Fortifications de Lyon :
L’allongement de la portée des canons rend obsolètes les enceintes continues et la première ceinture de forts proches de la ville construits sous Louis-Philippe. Le projet pour Lyon prévoit la construction d’une seconde ceinture comprenant une série de forts beaucoup plus éloignés de la ville (5 à 10 km). Ces forts ont en général une forme polygonale, avec un angle dirigé en pointe vers l’ennemi, plus larges que profonds, protégés par d’épais massifs de terre, avec des fossés étroits et profonds.

Entrée du fort du Mont-Verdun


Voici la liste des ouvrages réalisés autour de Lyon avec la date du début de leur construction : – Sur la rive droite de la Saône du sud au nord : le fort de Champvillars (1878 Irigny), le fort de Montcorin (1878 Irigny), le fort de Côte-Lorette (1882 St-Genis-Laval), le fort du Bruissin (1878-81 Francheville), le fort du Paillet (1884 Dardilly), batterie de la Fretta (1878) et l’ensemble formé par le fort du Mont-Verdun (1874) occupé aujourd’hui par la BA 942 et les batteries du Narcel, du mont-Thou et la batterie des Carrières à Limonest.

Entrée du Fort de Vancia


Entre Saône et Rhône d’ouest en est : la batterie de Sathonay (1878), le fort de Vancia (1878 Rillieux) et les batteries de Sermenaz (1878 Neyron). Le fort de Vancia accueille en 1914 le centre d’instruction automobile du 14° escadron du Train, puis en 1919 un centre d’instruction motocycliste de la Gendarmerie, occupé aujourd’hui par une base de loisirs.
Sur la rive gauche du Rhône du nord au sud : la batterie de Lessignas (1878), le fort de Bron (1875-77), la batterie de Parilly (1878), le fort de Corbas (1878-80) et le fort de Feyzin (1875-77). La maquette du fort de Feyzin montre les façades des deux casernes : casernes de parados et caserne du cavalier orientées vers l’arrière du fort.

Maquette du fort de Feyzin

Le maître d’œuvre des forts du Mont-Verdun et de Vancia est le capitaine du Génie Edouard Thiers, héros du siège de Belfort en 1870 avec les mobiles du Rhône, qui sera ensuite député de Lyon. L’avenue Thiers dans le 6ème arrondissement lui est dédiée (et non pas au politicien bien connu Adolphe Thiers).

Fortifications des Alpes :
La défense de Alpes fait aussi partie des projets de Séré de Rivières. Les contraintes topographiques conduisent à construire un fort d’interdiction pour bloquer l’entrée d’une vallée, un ou plusieurs forts de protection à mi-hauteur et des ouvrages de surveillance sur les crêtes. Les travaux commencent en 1875 pour les places de Modane, Briançon, Grenoble et Chamousset avec le fort du Montperché (ouvrage du capitaine Thiers avant ceux de la place de Lyon).

FORTIFICATIONS RÉGIONALES – période 1890-1895

L’introduction en 1885 d’un nouvel explosif brisant la mélinite rend obsolète les constructions précédentes, qui doivent être renforcées par un enrobage de béton. Les nouveaux ouvrages seront plus trapus, en béton, puis en béton armé, avec des pièces d’artillerie sous casemates ou dans des tourelles métalliques.

À Lyon sont construits le fort de Chapoly (1890 St-Genis-les-Ollières), le fort de Meyzieu (1893), l’ouvrage de Décines (1896), le fort de Genas (1889), le fort de Saint-Priest (1885). Le fort de Corbas est le seul à être équipé d’une tourelle cuirassée de 160 tonnes à 2 canons de 155 actionnée par une machine à vapeur. En 1890 sont construits 2 magasins à poudre (capacité 100 tonnes) dans le ravin de Sathonay et à Saint-Fons. Au total la nouvelle ceinture de fortifications compte 14 forts et 12 batteries sur un périmètre de 65 km.

Dans les Alpes, on renforce ou on construit les places de Bourg-St-Maurice, de St-Michel-de-Maurienne et du Mont-Cenis (fort de la Turra). Les italiens font de même avec leurs forts du Mont-Cenis et surtout construisent le fort de Chaberton qui domine Briançon.

Entrée du fort de Bron

Un site général remarquable sur les fortifications de cette époque : www.fortiffsere.fr/
Pour une visite virtuelle et toutes les informations sur le fort de Bron, voir le site : www.fort-de-bron.fr/
L’association Limonest Patrimoine gère la Batterie des Carrières, voir le site : www.limonest-patrimoine.net/

Article de 2010dernière modification 06/2020
Sources : Henri Ortholan -Le général Séré de Rivières – Giovanangeli 2003 / Dallemagne & coll. – les Défenses de Lyon – ELAH 2006 / R.Bonijoly – Les systèmes fortifiés de Lyon – Association Vauban 2005

L’Arme du Train

Les UNITÉS MILITAIRES du TRAIN À LYON et RÉGION LYONNAISE

Le 26 mars 1807, alors qu’il est au camp d’Osterode en Prusse orientale, Napoléon décide la création du Train des Équipages militaires pour abandonner l’emploi d’opérateurs civils soumissionaires. Ainsi la logistique opérationnelle est militarisée. Les soldats du train vont être familièrement appelés « Tringlots », car par la suite ils sont dotés d’un mousqueton de cavalerie particulier équipé d’une tringle de suspension.

Attelages hippomobilesCarte envoyée en 1909

ENTRE 1871 et 1914
Après la défaite de 1870, la III° République réorganise complétement l’Armée en 1875. Le Train des équipages devient une Arme, avec un escadron du Train dans chaque corps d’armée. Créé à Lyon le 21 avril 1875, le 14° Escadron du Train (ET) est celui du 14° Corps d’Armée. Ses missions sont : le soutien de l’état-major du CA, la fourniture de convois administratifs et auxiliaires, la constitution de compagnies hippomobiles, de boulangeries de campagne et de compagnies sanitaires.

Les officiers en 1911

Avant 1914 le PC, 2 compagnies hippomobiles et un peloton hors rang sont logés à la caserne de la Part-Dieu ; une 3ème compagnie hippomobile est au camp de la Valbonne. Les activités principales sont les soins aux chevaux, l’entretien des attelages et voitures, la formation… Le tringlot est à la fois soldat, palefrenier, maréchal-ferrant, bourrelier, charron, conducteur… Un détachement à Briançon porte le béret alpin et organise le transport en montagne (mulets).

manoeuvre à la Valbonne
Bivouac en tenue alpine (autochrome)

En avril 1907 à la Part-Dieu, en présence du général Galliéni gouverneur militaire de Lyon, le Train fête son centenaire avec défilé historique, carrousel de voitures et banquet.

Diversité des Uniformes

En 1913 est créé le Service Automobile de l’Armée. Le 14° ET va ouvrir un Centre d’Instruction automobile au fort de Vancia pour former des conducteurs de voitures et de camions.

Camion Berliet à la Part-Dieu (photo de 1911)

La GRANDE GUERRE
Selon le plan de mobilisation aux 3 compagnies d’active s’ajoutent 21 compagnies activées : 13 compagnies hippomobiles et 8 compagnies territoriales, plus une compagnie automobile. Le 2 août 1914 le 14° ET mobilise 104 officiers, 7215 hommes, 8250 chevaux et 2346 voitures. En août 1914 32 formations hippomobiles sont constituées, alors que 21 étaient prévues. 3 compagnies (10,11, 12) sont muletières affectées au front des Vosges. La 13° compagnie sera envoyée à l’Armée d’Orient. Au cours de la guerre automobiles et camions prennent de plus en plus d’importance : 80 sections automobiles sont rattachées au 14° ET. À Lyon le fort de Vancia est toujours centre d’instruction et il est créé à Lyon un Centre d’Approvisionnement de Matériel Automobile (CAMA) et par la suite un parc automobile avec divers dépôts.

Parc automobile à Vancia

L’ENTRE-DEUX-GUERRES
Au jour de l’Armistice le 14° ET a perdu 460 hommes. L’unité réintègre la Part-Dieu, où les compagnies sont démobilisées. Le Service Automobile fusionne avec le Train des équipages. En 1920 le 14° ET comprend 2 compagnies hippomobiles et 2 compagnies automobiles. En 1925 une compagnie automobile part pour la guerre du Rif.
En 1928 le Train des Équipages devient « le Train », rattaché à la cavalerie. Ses effectifs sont réduits : en 1929 le 14° ET devient la 14° Compagnie Autonome du Train (14° CAT), rebaptisée en 1935 Compagnie Régionale du Train (14° CRT).
En 1938 la CRT fait place au 14° Escadron du Train reconstitué. Lyon n’accueille plus qu’une compagnie, les autres sont à Grenoble.

Insigne du 14° ET recréé 1938

La DEUXIÈME GUERRE MONDIALE
À la mobilisation début septembre 1939, le 14° ET est dissous. Avec le renfort des personnels mobilisés, il éclate en de nombreuses unités opérationnelles : Groupe de transport de matériel, compagnies hippo- ou automobile de quartier général, groupes transport de personnel, compagnies muletières, compagnies hippo- ou automobile de transport, compagnies sanitaires… répartis dans diverses grandes unités.
Après la défaite, l’armistice de juin 1940 maintient dans le sud de la France (la zone libre) une petite armée d’armistice. Le Train y est réduit à 8 compagnies comprenant un peloton de circulation routière et 3 sections de 20 camions. Lyon devient le siège de la 14° Division Militaire avec la 14° Compagnie Divisionnaire du Train (CDT) logée à la Vitriolerie et Sathonay avec une section à Gap. Cette armée est dissoute en novembre 1942 lors de l’invasion de la zone sud par les allemands.

DE 1945 À 1967
En 1945 le Train devient indépendant de la Cavalerie et possède sa propre école d’application à Tours. Dès février 1945 il est reconstitué un 14° Escadron Régional du Train (14° ERT) qui retrouve place à la Vitriolerie. Un an plus tard en avril 1946 il est rebaptisé 8° ERT, du fait de la réorganisation des régions militaires, la région de Lyon devenant la 8° région. La direction régionale du Train se tient au 3° étage de la caserne Bissuel.

Insigne du CIT 158

Le 8° ERT demeure à la Vitriolerie jusqu’en 1968. Il lui est rattaché un Centre d’Instruction du Train n° 8 (CIT8) de 1946 à 1951 à la Valbonne. Recréé au camp de Sathonay en 1955, rebaptisé CIT 158, il instruit les troupes rappelées en Algérie ; il est dissous en 1966.

Vienne accueille également une unité du Train. Le GT505 (Groupe de Transport) de retour de l’expédition de Suez en décembre 1956 vient s’établir à Vienne à la caserne St-Germain. Il devient un régiment du Train en 1978 le 505° RT qui restera à Vienne jusqu’à sa dissolution en 1990.

Insigne du GMR 5

DEPUIS 1967
En 1967 nouvelle réorganisation territoriale : la région de Lyon devient la 5° Région Militaire. En 1968 l’ERT est dissous ; ses moyens sont affectés à une compagnie régionale du Train dans le GMR 5 (Groupement des Moyens Régionaux).
En 1977 sont créés des régiments de commandement et de Soutien (RCS) destinés à soutenir une grande unité opérationnelle. Le 14° RCS soutien de la 14° DI s’installe à la Vitriolerie devenue quartier Général Frère, mais sera dissous dès 1984. Le 27° RCS, soutien de la 27° division alpine basé à Grenoble et Varces aura une existence plus longue (1977-1999) et participera aux opérations extérieures.

À la dissolution du 14°RCS, une partie de ses moyens rejoint l’Escadron de Transport de la 5° région (ERT 5) stationné à la caserne Blandan (fort Lamotte) et administré par le GMR5 / 22°RI unité de soutien de la région puis RMD de Lyon.

En 2016 le Train qui dépend du commandement de la logistique (COM-LOG) n’a plus aucune formation opérationnelle en région Rhône-Alpes-Auvergne. Le COM-LOG n’y est représenté que par le Régiment Médical de la Valbonne, spécialisé dans la logistique santé.

1907 à la Part-Dieu – 100 ans d’histoire du Train

Article de 2016dernière modification 10/2024

Sources : M.Terrible – Les formations du Train et de soutien en région Rhône-Alpes au XX° siècle – plaquette 2010 / Cne J.Tournassoud – Livre d’or du Centenaire – J.Blanc 1907  / album photo – J.Blanc 1911   (Bibliothèque Militaire Lyon)

L’Ecole du Service de Santé de Lyon

L’ÉCOLE de SANTÉ des ARMÉES de LYON (ESA) :

L’École de Santé de Lyon est l’héritière de l’École Impériale du Service de Santé Militaire créée en 1856 à Strasbourg pour héberger et encadrer les élèves médecins et pharmaciens militaires pendant leur cursus unversitaire. Les élèves médecins y deviennent populaires sous le nom de « carabins rouges ». Mais en 1870 la ville est assiégée : les élèves les plus jeunes participent courageusement aux secours pendant le siège (quatre y sont tués). Strasbourg tombe aux mains des allemands et l’école est fermée.

Il faut attendre la décennie 1880 pour que s’impose à nouveau la nécessité de réunir et d’encadrer les élèves médecins militaires dans une école pendant leur formation universitaire. En 1883 Gailleton le maire de Lyon propose sa ville. La décision est prise fin 1888 de créer cette école pour l’Armée de Terre et la ville de Lyon est choisie. La mairie de Lyon s’engage à faire construire et installer les bâtiments de l’École sur l’avenue des Ponts du Midi (future avenue Berthelot). En attendant dès le printemps 1890 les premiers élèves, qui seront bien vite appelés les « Santards », s’installent à l’Hôpital Desgenettes (l’ancien) quai de la Charité.

Vue Générale de l’Ecole

La nouvelle École du Service de Santé Militaire (ESSM) n’ouvre ses portes que pour la rentrée 1894 et est inaugurée en mai 1895. C’est une construction de qualité en pierre de Villebois, qui occupe 2 pâtés de maison. Le long de l’avenue le bâtiment de façade accueille les salons, les bureaux et les logements des cadres.

Le bâtiment de façade sur l’avenue Berthelot

La cour d’honneur est entourée par trois pavillons baptisés « Percy », « Desgenettes » et « Larrey » auxquels sont annexés un amphithéâtre et un réfectoire. Ces bâtiments sont reliés par une passerelle au dessus de la rue de la Méditerranée (aujourd’hui rue E. Rognon) au second groupe de bâtiments occupés par les annexes : infirmerie, gymnase, habillement, douches, chaufferie, logements…
A la même époque est inaugurée en 1890 à Bordeaux l’École du Service de Santé pour la Marine et les troupes de Marine, dont les élèves seront appelés les « Navalais ». Les deux écoles vont coexister pendant 120 ans, jusqu’au regroupement à Lyon en 2011…

Ernest Duchesne


La vie des santards à Lyon se partage entre la faculté de médecine, l’hôpital et l’École, où ils bénéficient en plus d’un enseignement militaire, de conférences, d’activités sportives, de « colles »… Ils portent la tunique noire et le pantalon rouge. L’École s’honore de la thèse de médecine en 1897 de l’élève Ernest Duchesne intitulée : « Contribution à l’étude de la concurrence vitale chez les microorganismes – Antagonisme entre les moisissures et les microbes« . C’était la porte ouverte à la naissance de l’antibiothérapie, mais cette piste de recherche va être négligée pendant encore quelques décennies…

La 3ème Division en 1911
Chambre monachale pour élèves studieux

Le 2 août 1914, les 542 santards sont mobilisés : 44 d’entre eux meurent pour la France. Pendant les années de guerre, l’ESSM devient l’hôpital complémentaire n°9 avec 200 lits, qui accueille entre autres des prisonniers allemands (soignants et blessés) .

Octobre 1919 : réouverture de l’ESSM pour 336 anciens santards et 105 nouveaux élèves, dont les premiers élèves pharmaciens. Les élèves portent alors la tenue bleu-horizon.

Années 1920 le musée d’anatomie

La croix de Guerre 1914-1918 est décernée à l’ESSM en 1926 ; elle lui est remise en même temps que son drapeau en mai 1928. En 1932 le tenue de travail devient kaki et la grande tenue de cérémonie noire et rouge est rétablie. A partir de 1933 l’hôpital Villemanzy sur les pentes de la Croix-Rousse devient une annexe de l’ESSM pour y loger une partie des élèves. Après la création de l’Armée de l’Air en 1933, un certain nombre d’élèves peuvent opter pour celle-ci. La légion d’Honneur est remise à l’ESSM en 1935 lors d’une prise d’armes place Bellecour.

Insigne de l’ESSM

Après la défaite de 1940, l’École doit accueillir une partie des élèves de l’Ecole Polytechnique repliée à Lyon ; une partie des santards est logée à l’hôpital Villemanzy. En novembre 1942 les allemands occupent Lyon : les santards se replient sur Villemanzy et le nouvel hôpital Desgenettes en construction ; ils doivent se mettre en civil et l’ESSM devient l’ESS. L’École est occupée par les allemands, elle devient le siège de la Gestapo : des résistants y sont interrogés et torturés, beaucoup ne survivent pas. Le 26 mai 1944 le bombardement des voies ferrées par les alliés atteint l’École : le bâtiment de façade est détruit.

insigne 1947-2011

Les santards retrouvent en janvier 1946 leur école redevenue ESSM ; elle est décorée de la croix de guerre 39/45 dès le mois d’avril : 14 élèves sont morts pour la France. Le nouvel insigne de l’ESSM en 1947 associe par tradition les blasons de Strasbourg et de Lyon. Le bâtiment de façade a été rasé au niveau du rez-de-chaussée et la cour de l’École fermée par une palissade, qui sera très pratique pour les santards pour « faire le mur ».
Dans les années 1950 le directeur de l’Ecole est aussi le médecin-chef de l’Hôpital Desgenettes. De 1953 à 1956 apparaît une nouveauté d’avenir : l’ouverture temporaire du concours aux filles. La reconstruction de la façade sur l’avenue est achevée en 1962 : ce sont 2 bâtiments séparés par un péristyle.

1955 Prise d’Armes dans la Cour sur fond d’avenue Berthelot

En 1971 le Service de Santé devient interarmes. Une nouvelle tenue interarmes bleue avec casquette remplace le kaki et le képi, ainsi que la tenue de cérémonie avec bicorne dite tenue « pinder ». Les écoles de formation sont fusionnées en une seule École du Service de Santé des Armées (ESSA), mais on garde les 2 implantations de Bordeaux et Lyon… En 1973 l’ESSA est à nouveau ouverte aux filles, dont le nombre va devenir de plus en plus important.

1976 : coiffes bleues et sac à main pour les filles

Dans les années 1960 l’infrastructure de l’École ne correspond plus aux normes modernes. La construction d’une nouvelle école est décidée en 1970 sur le terrain de l’ancienne base aérienne de Bron. Construite entre 1979 et 1981, la nouvelle École ouvre ses portes en juillet 1981 et l’inauguration officielle a lieu en novembre. L’École occupe un vaste espace et offre aux élèves des locaux surdimensionnés avec un confort et des installations pédagogiques et sportives de haut niveau. Les nouveaux locaux sont très fonctionnels, mais manquent un peu d’âme, surtout au début… En 1988 est célébré avec faste le centenaire de l’École.

Baptême de promotion 2003coiffes blanches

Chaque année en octobre a lieu le baptême de la promotion entrant en 2ème année après avoir franchi le barrage du concours de 1ère année… La promotion baptisée en 2010 a pris le nom de baptême de « carabins rouges ».

Insigne de l’ESA

En 2008 la fermeture progressive de l’École de Bordeaux est décidée ; elle devient effective en 2011. Tous les élèves sont regroupés à Bron et l’École unique a pris le nom officiel d’École de Santé des Armées (ESA) en juillet 2011 avec un nouvel insigne.

Au 1er septembre 2018 le site de Bron prend le nom d’ »Écoles Militaires de Santé de Lyon Bron » (EMSLB) regroupant en une même structure administrative l’ESA et l’EPPA (École des Personnels Paramédicaux des Armées) créée en 1990 à Toulon et déplacée.

EMSLB

L’ancienne École de l’avenue Berthelot, revenue à la ville de Lyon est devenue le « Centre Berthelot », qui accueille le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD), l’Université Lyon 3 Jean Moulin, l’Institut d’Études Politiques, l’Espace Rhône-Alpes, Handicap International, l’orchestre de l’opéra de Lyon… La cour d’honneur a été baptisée en 2017 « Esplanade Général Pierre Robert de Saint-Vincent » pour honorer la mémoire du Gouverneur militaire de Lyon « Juste parmi les Nations ».

Sources : Méd.Gal. Chanteloube – Album du Centenaire – Lavauzelle 1988 / Album photographique ESSM – J.Blanc 1911

Article de 2011 – Dernière modification 04/2026              

Le 22° RI

HISTORIQUE du 22° RÉGIMENT D’INFANTERIE

ÉPOQUE LOUIS XVI 
La filiation du 22° RI remonte au régiment de Guyenne (1684), qui en 1776 de régiment à 4 bataillons est dédoublé en 2 régiments à 2 bataillons. Les 2° et 4° bataillons de l’ancien Guyenne deviennent le Régiment de Viennois, 22ème régiment de l’ordre de bataille. De 1776 à 1783 il est basé à la Martinique et fait campagne contre les Anglais dans les Antilles. Il tient ensuite garnison à Boulogne et Calais puis Dunkerque (1788)

Epoque 1776

PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE 
Le 1er janvier 1791, le Régiment de Viennois devient le 22° Régiment de ligne. Il est à Saint-Omer au début de 1792. Le 1er bataillon sera à la bataille de Valmy, tandis que le 2ème sera au siège de Lille et à Jemappes sous Dumouriez. Ce bataillon participe à la campagne des Pays-Bas et à la victoire de Honschoote (1793). Une réorganisation amalgame bataillons de l’armée régulière et bataillons de volontaires. Le 2ème bataillon du 22° est réunis avec un bataillon du « Rhône et Loire  » et un autre de la Corrèze pour former la 44° demi-brigade.
En 1796 la 44° demi-brigade est renommée 22° demi-brigade de ligne est stationnée en Belgique 1796-1799. En 1800 elle est de la campagne d’Italie, passe le Grand-Saint-Bernard, participe à la prise d’Aoste et se bat à Montebello et Marengo. En 1803 les Demi-Brigades redeviennent des régiments.

La GRANDE ARMÉE sous l’EMPIRE 
Le 22° RI est en 1804-1805 à Saint-Omer, puis aux Pays-Bas et participe à la campagne de 1806-1807 contre la Prusse et la Russie en s’illustrant à la bataille de Heilsberg contre les Russes. Le 22° RI tient ensuite garnison à Berlin et Magdeburg (1808-1809). En 1810 campagne d’Espagne ; il est à Astorga, à Villaposa et à la bataille de Salamanque (07/1812). Le régiment réduit à un bataillon, doit se rendre après une défense acharnée au siège de Saint-Sébastien (06/1813). Les cadres excédentaires du régiment revenus en France reforment le 22° RI qui participe à la campagne d’Allemagne : Weissenfels, Lutzen, Bautzen. Pendant la campagne de France (1814) le 22° est à Maastricht. Pendant les Cent-Jours, il participe à la campagne en Belgique (Fleurus). A la chute de Napoléon, le régiment est licencié.

22° RI 1805

La RESTAURATION et la MONARCHIE de JUILLET 
En 1815 le nouveau régime crée des Légions Départementales. Celle de l’Isère devient le 22° RI en 1820. Ce nouveau régiment participe à l’expédition d’Espagne 1823-1825. Il est ensuite stationné à Toulouse et Tarbes puis Rochefort et Oléron (1826/27) puis Saint-Omer et Lille (1828/32). En 1832 C’est la campagne de Belgique qui s’achève par le siège d’Anvers.

De 1833 à 1838 le 22° se déplace de garnison en garnison jusqu’à la côte de la Méditerranée, d’où il rejoint l’Algérie. De 1839 à 1846, il participe à la conquête de l’Algérie : expédition des Portes de Fer, opérations dans le Constantinois, prise de Tebessa… au cours de multiples opérations au prix de marches pénibles sur un terrain difficile. En 1847 le 22° fait la connaissance de Lyon et du fort La Motte.

22° RI 1870

Le SECOND EMPIRE et la GUERRE de 1870 
De 1848 à 1870, le 22° RI passe par de nombreuses garnisons d’un bout à l’autre de la France. Il participe en 1859 à la campagne d’Italie dans l’armée de réserve. En août 1870, il est sur la frontière espagnole quand il rejoint le camp de Châlons, d’où il part combattre sur la Meuse à Mouzon, Douzy et Sedan, où le régiment est fait prisonnier et emmené en Allemagne pour huit mois de captivité.

La IIIème RÉPUBLIQUE et la GRANDE GUERRE 
Le 22° est reformé au Puy en juillet 1871 ; il est à Montélimar et Valence en 1873/74, à Briançon et Gap en 1874/75 puis à Lyon et Romans en 1875-1880. En 1881/82 il s’illustre dans l’expédition de Tunisie. Il tient ensuite garnison à Montélimar (1883-85), puis Lyon et Vienne (1885-1889) ; dans les années 1890 il est à nouveau à Montélimar (1890-99). Affecté ensuite aux troupes alpines, il est stationné à Gap (1899-1902). Il est alors composé de 4 bataillons à 4 compagnies; il détache une compagnie à St-Vincent et un bataillon à Mont-Dauphin qui lui même détache une compagnie à Château-Queyras.

La garde du drapeau Sathonay 1902

En 1902, il rejoint le camp de Sathonay et Bourgoin (un bataillon), où il demeure jusqu’à la mobilisation de 1914. Le régiment se regroupe à Bourgoin et rejoint le front. De 1914 à 1918 il est de toutes les batailles au prix de lourdes pertes et sur son drapeau viennent s’ajouter « Champagne 1915″ « la Malmaison 1917 » « Reims 1918 » « Somme Py » aux noms qui y figurent déjà (« Hondschoote 1793 » « Marengo 1800 » « Lutzen 1813 » « Anvers 1832 »). Le 22° entre à Metz en décembre 1918 et fait partie du défilé de la victoire le 14 juillet 1919. De retour à Bourgoin, le régiment est dissous à la Valbonne le 1er janvier 1922.

La Caserne de Bourgoin

La SECONDE GUERRE MONDIALE 
À la mobilisation de 1939 est créé un 22° Régiment d’Infanterie de Forteresse (22° RIF) qui occupe les ouvrages de Hochwald et Schoenenburg de la ligne Maginot dans le secteur de Haguenau. Ces ouvrages sont bombardés à partir du 15 juin 1940 et se défendent jusqu’à ce que l’armistice arrête les combats. Le régiment est fait prisonnier.

La GUERRE D’ALGÉRIE 

Insigne du 22° RI

La Guerre d’Algérie amène à reconstituer le 22° RI à base de rappelés de la 8ème RM en mai 1956. Celui-ci est transféré en Algérie en juin et basé à Ténès ; les 3 bataillons sont répartis en une dizaine de postes dans la région entre Cherchell et Orléansville. Pendant 6 ans les compagnies vont contribuer à la lutte contre la rébellion, opérations au cours desquelles il perd 279 hommes.

La garde du drapeau Algérie 1958

En 1961/62 les 1er et 3ème bataillons sont dissous. Il reste le 2ème qui prend le nom de 22° BI qui rentre en métropole en janvier 1964 pour y être dissous.

La 5ème RÉPUBLIQUE 
Le 22° RI est à nouveau reformé en 1966 à Sathonay. Au 1er octobre 1968 il change de dénomination et devient le 99° RI. Entre temps la Région militaire de Lyon est devenue la 5ème RM et en soutien de celle-ci est constitué au 1er juin 1968 le « Groupement des Moyens Régionaux » n° 5 (GMR5), établi principalement à la caserne Sergent Blandan (fort La Motte).

Insigne du GMR 5 / 22°RI

En 1984 le GMR5 reprend les traditions du 22° RI et devient le GMR5-22° RI. En 1991 suite au plan « Armées 2000 » il ne garde que l’appellation 22° RI. Il est le régiment de soutien de l’état-major de la RMDM/CMD de Lyon et est implanté au quartier Sergent Blandan, au quartier Général Frère, au quartier la Mouche, au camp de Sathonay et au camp de Chambaran.

La garde du drapeau Lyon 1999
Insigne du 22° BI

En 2000 à la création de la Région Terre Sud-est, le régiment est réduit au rang de bataillon (22° BI). En 2010 il est remplacé par le Groupement de Soutien de la Base de Défense de Lyon-Mont-Verdun (GSBdD), nouvel organisme interarmée.

La devise du régiment est : « ad augusta per angusta » – la gloire par la difficulté.


Article de 2011 – Dernière modification 08/2023

Sources : Colonel de la Batie – Historique du GMR5-22° RI – 1986 / Cne Tissier – 22° Régiment d’Infanterie historique -1999

1944 les Ponts de Lyon Détruits

La DESTRUCTION des PONTS de LYON le 2 SEPTEMBRE 1944

Depuis le débarquement en Provence du 15 août 1944 et la percée des alliés en Normandie suivie de la marche sur Paris, les forces allemandes stationnées dans dans le sud-est de la France sont menacées d’encerclement. La XIX° armée allemande se replie difficilement vers le nord par la vallée du Rhône, retardée par les sabotages de la Résistance et attaquée de flanc par les forces américaines (bataille de Montélimar).
Le 31, la 11° Panzerdivision traverse Lyon ; elle va mener les 1 et 2 septembre une offensive sur la Valbonne et Meximieux (bataille de Meximieux) pour retarder l’avance des américains et permettre au reste de la XIX° armée de traverser Lyon pour continuer vers le nord. Mais les allemands vont être débordés par l’ouest par l’avance rapide de la 1°DB et 1°DFL françaises qui atteignent Anse dès le 3 septembre.

Ordre de Destruction des Ponts

Les allemands ont programmé la destruction des ponts de Lyon pour retarder la progression des troupes alliées. Depuis le 28 août la préparation pyrotechnique est effectuée sous bonne garde. Le samedi 2 septembre les derniers allemands quittent Lyon ; leurs artificiers vont faire sauter les ponts méthodiquement du sud au nord, sur le Rhône puis sur la Saône dans l’ordre du schéma. L’opération est commencée vers 8 heures : les détonations successives ébranlent les immeubles et font éclater les vitres.

PONTS DU RHÔNE 

- 1 -Le pont Pasteur complètement détruit

Viaduc ferroviaire de Perrache


- 2 -Le viaduc du chemin de fer de Perrache : seule une demi-travée est détruite, la moitié restante permettra un passage piétons et routier.
- 3 -Le pont Galliéni : la travée côté presqu’île est effondrée.
- 4 -Le pont de l’Université : la travée centrale est détruite.

Le pont de la Guillotière franchi par un convoi militaire


- 5 – Le pont de la Guillotière à l’époque en pierre, le plus vieux de Lyon, seule une travée sur 8 (la centrale) est coupée. Dès le 5 septembre un pont métallique jeté sur la brèche permet aux convois militaires de le franchir.

Le Canon Abandonné


- 6 – Le pont Wilson, inauguré le 14 juillet 1918 au cours d’une cérémonie interalliée, est très solide : la moitié aval de la travée centrale a basculé laissant côté amont le tablier en place, emprunté dès le lendemain par les lyonnais. Pour tenter d’aggraver les dégâts, les allemands tirent 3 fois sur le pont avec un canon de 88 posté à l’entrée de la rue de la Barre. Ce canon sera détruit avant d’être abandonné.

Affiche d’époque


- 7 -Le pont Lafayette : la partie centrale est effondrée.
- 8 -La passerelle du Collège : tout le tablier est tombé dans le fleuve

 9 -Le pont Morand, dont la travée centrale est détruite
- 10 -Le pont Vaïsse ou pont de Saint-Clair, détruit. Reconstruit il sera démoli en 1952 pour laisser la place au pont de Lattre de Tassigny.
- 11 -Le pont de la Boucle (aujourd’hui pont Churchill) entièrement métallique : une arche côté colline est tombée.
- 12 & 13 -Le viaduc ferroviaire et le pont Poincaré, non encore en service, détruits.

Le Pont de la Boucle

PONTS DE LA SAÔNE 
Leur sabotage commence vers 20h30 et se poursuit dans la nuit, alors que la rive gauche du Rhône est déjà occupée par les FFI et le commissaire Yves Farge déjà à la préfecture.
- 14 & 15 -Les ponts de la Mulatière : le viaduc ferroviaire métallique est basculé.
- 16 -Le viaduc ferroviaire est peu touché
- 17 -Le pont Kitchener à l’époque passerelle suspendue effondré.
- 18 -Le pont d’Ainay complètement détruit : il ne sera pas reconstruit.
- 19 -La passerelle St-Georges : son tablier est basculé, mais tient encore.

Le Pont Tilsitt


- 20 -Le pont Tilsitt (aujourd’hui pont Bonaparte) : complètement détruit y compris les piles, il sera entièrement reconstruit.
- 21 -Le pont du Palais de Justice (aujourd’hui passerelle) : sa travée centrale est tombée.
- 22 -Le pont du Change : 2 travées en pierre sont endommagées. Réparé, il sera démoli en 1974 et remplacé par le pont maréchal Juin plus en aval.

Le Pont du Change


- 23 -Le pont la Feuillée : complètement détruit, il sera entièrement reconstruit.
- 24 -La passerelle St-Vincent : les charges destinées à la faire sauter ont pu être désamorcées.
- 25 -Le pont de l’Homme de la Roche (aujourd’hui passerelle) : il sera le seul pont sauvé par un résistant Joseph Laval qui désamorce les charges vers 17h sans être vu des sentinelles allemandes ; il récidive à la passerelle St-Vincent et au pont de Serin. Bien qu’inapte au passage de convois lourds, le pont de l’Homme de la Roche permettra le lendemain matin les premiers passages des véhicules des forces alliées venant de la rive droite.
- 26 -Le pont de Serin (aujourd’hui pont Koenig) : les charges désamorcées sont réactivées par les allemands ; mais le pont en pierre très solide est peu endommagé et vite réparé.

Le pont de Serin et fort St-Jean


- 27-Le pont Mouton (aujourd’hui pont Clémenceau) : pont suspendu totalement effondré.
- 28 -Le pont Masaryk suspendu : la travée rive droite est détruite, mais la pile centrale en pierre est intacte.
- 29 -Le pont de Île-Barbe détruit
- plus au nord les ponts de Collonges, de Fontaines, de Couzon et de Neuville sont également sabotés et très endommagés.

La RECONSTRUCTION
Les destructions paraissent gigantesques, mais sauf au pont Tilsitt, les piles et les culées sur les berges sont intactes, ce qui va faciliter la réparation ou la reconstruction. Les vieux ponts de pierre (Guillotière, Change et Serin) sont peu touchés. Les américains arrivés le 2 septembre aux portes de la ville détachent des éléments du 111th Engineer Battalion pour rétablir d’urgence quelques passages. Dès le 5 septembre un pont Bailey métallique de 30 m couvre la brèche du pont de la Guillotière, et le viaduc du chemin de fer de Perrache est utilisé comme pont routier de fortune. En septembre 5 passerelles en bois sont posées sur les ponts. Les ponts suspendus sont rapidement relevés. La réparation des ponts métalliques plus longue fut terminée fin 1946.

Le pont de l’Université avec passerelle piétonne en bois

Article de 2013 – Documents Musée militaire Lyon / François Lescel – Objectif Lyon – DG Communication Lyon 2004

Les Casernes de la Part-Dieu

Les CASERNES de la PART-DIEU à LYON 1860-1968

Très importante emprise militaire dans le 3ème arrondissement de Lyon, les casernes de la Part-Dieu ont marqué l’histoire militaire de Lyon pendant plus de 100 ans.


NAISSANCE du QUARTIER
En 1830 la Part-Dieu est le nom d’un vaste domaine agricole appartenant aux Hospices Civils de Lyon, avec en son centre une maison forte la « grange de la Part-Dieu » située à l’intersection actuelle des rues de la Part-Dieu et Boileau.
Dans les années 1831 et suivantes dans le cadre de la 1ère ceinture de fortifiée de Lyon une petite fortification est édifiée, le fort ou redoute de la Part-Dieu à l’emplacement du boulevard Vivier-Merle.
En 1844 l’autorité militaire acquiert 24 hectares du domaine de la Part-Dieu. Les constructions débutent en 1847 avec le projet de transfert de l’école d’artillerie de Grenoble et de l’établissement d’une caserne d’artillerie pour 2 régiments entre la redoute et l’ancienne maison forte. Les plans prévoient un ensemble de bâtiments disposés symétriquement de part et d’autre d’une vaste cour centrale de 125 m de côté, avec l’entrée principale sur la rue Ste-Elisabeth (Garibaldi) et le manège dans l’axe de cette entrée au fond de la cour.
En 1854 le maréchal de Castellane,commandant militaire à Lyon, est hostile à l’établissement d’une école d’artillerie et il obtient en 1856 le soutien de Napoléon III, pour convertir la caserne d’artillerie en « un quartier pour 3 régiments de cavalerie et 4 batteries d’artillerie ». En 1856 seule l’aile sud est construite. En juin 1860 Castellane accompagne l’empereur Napoléon III pour visiter le chantier de construction en voie d’achèvement. Elle a été conçue avec toutes les installations nécessaires pour accueillir des unités de cavalerie, avec le manège au fond de la vaste cour dans l’axe de l’entrée principale côté rue Garibaldi.

Plan de 1874 (le nord est à gauche)

Sur ce plan de 1874 le quartier est encore appelé « casernes d’artillerie » et on remarque le fort des Brotteaux et le petit fort de la Part-Dieu qui aura disparu en 1880. La caserne loge plus de 2700 hommes en 1886; elle sera agrandie vers le sud  et a porté le nom de quartier Margaron.

Entrée principale


Les RÉGIMENTS et UNITÉS de la PART-DIEU
Avant la Grande Guerre les unités de cavalerie se succèdent :
- Cuirassiers : 11° et 12° RC (1874-1880), 4° et 9° RC (1880-1889), 5° et 8° RC (1889-1893), 7° et 10° RC ( 1893 – 1914)
- Hussards : 5° et 10°RH (1874-1877), 3° et 8° RH (1877 – 1892)
- Chasseurs à cheval : 8° RCh (1892 -1895)
- Dragons : 2° dragons ( 1896 -1914).
- Train des Équipages : 14° Escadron depuis 1875.

La sortie des Cuirassiers


En 1914 2° dragons, et 10° cuirassiers se partagent le quartier avec le 14° escadron du Train, ainsi que l’artillerie de la 6° division de Cavalerie. Le 2°Dragons est logé dans les bâtiments côté rue Garibaldi, les Cuirassiers sont plus à l’intérieur du quartier. Le quartier possède une zone d’embarquement par voie ferrée côté Est.

Visite vétérinaire


RÉGIMENTS et UNITÉS après la GRANDE GUERRE
Entre les deux-guerres le quartier abrite :
à nouveau le 9° Cuirassiers , le 5° bataillon de dragons portés (5°RDP), groupes d’auto-mitrailleuses, compagnies d’artillerie du 54°RA, chasseurs cyclistes, escadron du train, intendance, gendarmerie mobile…

Le 9° RC en 1939
Véhicules du 5° RDP

En 1940-1942 dans le cadre de l’Armée d’Armistice, le quartier abrite le 11° Cuirassiers, dont une partie rejoindra la Résistance dans le Vercors. Les allemands occupent le quartier de 1942 à 1944

Après la Libération de nombreux organismes ou services y sont installés : 8° Escadron du Train, Gendarmerie Mobile… Le bureau du Service National y restera jusqu’en 1966. La Légion Étrangère y tiendra son antenne de 1952 à 1963.

Entrée nord : porte de la rue Masséna

De la CASERNE au CENTRE COMMERCIAL
Le quartier est cédé à la ville de Lyon en 1960 et l’aménagement commence par la partie sud entre la rue du Lac et le bvd Vivier-Merle et la rue des Cuirassiers est créée. Les dernières structures militaires quittent la Part-Dieu en 1968. La démolition commence par le manège, qui méritait bien d’être conservé. Seront alors construits à la place un grand centre commercial (1975) et des immeubles d’affaires, comme la tour du Crédit Lyonnais, dite « le Crayon » (1977), la tour « Oxygène » (2011), la tour « Incity » (2016).

Monument à la Gloire de la Cavalerie

MÉMOIRE
En 1939 une stèle représentant un cuirassier est inaugurée dans le quartier à la gloire de ceux-ci. À la démolition du quartier, le monument a été déplacé dans un square rue du Lac avec l’inscription « À la GLOIRE de la CAVALERIE » avec une plaque sur laquelle est gravée la liste des unités ayant stationné à la Part-Dieu. Il a été inauguré en 1976 en présence du général Leborgne Gouverneur Militaire de Lyon.

Article de 2010 – Dernière modification 12/2025

Le Service de Santé

Le SERVICE de SANTÉ des ARMÉES à LYON et dans la RÉGION

Les HÔPITAUX MILITAIRES
Au début du XIX° siècle une « salle militaire » accueillait les soldats malades à l’Hôtel-Dieu.
Le premier hôpital militaire de Lyon est ouvert en 1831 sous le nom « d’Hôpital de la Nouvelle Douane », quai de la Charité, aujourd’hui quai Gailleton, dans un ancien couvent devenu établissement des douanes, puis caserne pendant la Révolution. L’hôpital militaire de la Nouvelle Douane est rebaptisé en 1888 Hôpital Militaire Desgenettes. L’hôpital occupera les locaux pendant 115 ans jusqu’en juin 1946, date d’ouverture du nouvel hôpital Desgenettes dans le quartier du Vinatier. Les bâtiments de l’ancien hôpital ont été démolis pour faire place au Sofitel.

L’Hôpital Desgenettes sur le quai du Rhône

Le deuxième hôpital militaire est ouvert au moment de la guerre d’Italie en 1859, montée Saint-Sébastien sur les pentes de la Croix-Rousse, également dans un ancien couvent (les Collinettes), aussi reconverti en caserne à la Révolution. Appelé « hôpital des Collinettes » avant d’être baptisé hôpital Villemanzy en 1887, il aura en dehors de la Grande Guerre, une activité épisodique au XX° siècle pour fermer en 1946, devenant une annexe de l’Ecole du Service de Santé jusqu’en 1980. Il est aujourd’hui le Cercle Villemanzy, Résidence Internationale de Lyon.

L’Hôpital Villemanzy

Les ANCIENS ÉTABLISSEMENTS du SERVICE de SANTÉ
Le Centre de Recherche du Service de Santé des Armées (CRSSA), présent à Lyon dans l’enceinte de l’hôpital Desgenettes jusqu’en 1988, installé ensuite à la Tronche près de Grenoble dans les locaux de l’ancien hôpital militaire « Emile Pardé » a été fermé en juin 2013 pour être regroupé avec d’autres organismes de recherche sur le site de Brétigny-sur-Orge (91) (Institut de Recherche Biologique des Armées – IRBA).

Lyon a accueilli aussi la 14e SIM (Section d’Infirmiers Militaires) logée au fort de Sainte-Foy avant 1939, avec du personnel desservant les 2 hôpitaux militaires.

La 14e SIM

Une Pharmacie Régionale de 1932 à 1984, puis un magasin de mobilisation jusqu’en 1998 ont fonctionné au fort Saint-Jean à la Croix-Rousse.

Insigne de la DRSSA

La Direction Régionale du Service de Santé des Armées (DRSSA) de Lyon, à compétences inter-armées depuis 2005. Logée depuis 1936 au bastion St Laurent, place Bellevue, sur les pentes de la Croix-Rousse, elle a quitté en juin 2014 ce lieu historique pour se replier à l’état-major du quartier général Frère. Elle a été dissoute en 2017. Son rôle a été repris par les CMA.

SITUATION en 2019

En 2019 six organismes du Service de Santé des Armées sont établis à Lyon et dans sa Région :

L’HÔPITAL d’Instruction des Armées (HIA) DESGENETTES
boulevard Pinel dans le 3ème arrondissement, établissement hospitalier ouvert à tous. Voir l’article particulier.

Façade de l’Hôpital Desgenettes

Les ÉCOLES MILITAIRES de SANTÉ de LYON-BRON
Depuis le 1er septembre 2018 les deux écoles du site de Bron (ESA et EPPA) sont regroupées sur le plan administratif sous le nom d’Écoles Militaires de Santé de Lyon Bron (EMSLB).

L’École de Santé des Armées (ESA)
l’École du Service de Santé des Armées est implantée à Lyon depuis 1888 ; elle accueille les élèves officiers Médecins et Pharmaciens pendant leur formation universitaire. Déménagée à Bron en 1981, elle est désormais la seule école par la fermeture de son homologue de Bordeaux. En juillet 2011 elle a pris le nom d’ École de Santé des Armées (ESA) héritière des traditions des 2 écoles. Voir l’article particulier.

Le site des écoles de Bron

L’École du Personnel Paramédical des Armées (EPPA)
Son transfert progressif depuis Toulon est achevé. La nouvelle promotion s’est installée à Bron à coté de l’ESA. Cette école prépare au diplôme d’infirmier des personnels des 3 armées et de la Gendarmerie, donc dans un cadre totalement interarmée. La nouvelle promotion a participé à la prise d’armes du 11 novembre 2016 place Bellecour. La garde du drapeau comprenait un personnel de santé, un pompier, un légionnaire, un transmetteur, un aviateur et un marin.

La garde interarmée du drapeau de l’EPPA en 2016

Le CeFOS Centre de Formation Opérationnelle Santé
Installé depuis juillet 2012 au camp de la Valbonne, dépendant de l’École d’Application du Val-de-Grâce, prépare les personnels santé partant en opération extérieure et assure des formations paramédicales au profit des personnels des armées de Terre et de l’Air.

Le Fanion du CeFOS
Insigne du RMed

Le RÉGIMENT MÉDICAL (RMed)
Egalement à la Valbonne, c’est une unité de la Logistique de l’Armée de Terre (COM-LOG), dépendant techniquement du Service de Santé des Armées. Il vient de la fusion du 1er RMed de Metz, du 2° RMed (régiment de Réserve) et du 3° RMed de la Valbonne. Sa mission est la mise en œuvre des unités médicales opérationnelles (UMO) du SSA. Il dispose d’une antenne chirurgicale, d’un groupement hospitalier, d’une unité de décontamination, de postes médicaux… Il est de toutes les opérations extérieures. En avril 2020 son personnel a monté l’hôpital de réanimation sous tente de Mulhouse au moment de l’épidémie du Coronavirus.

Insigne du 7° CMA

Les CENTRES MÉDICAUX des ARMÉES 
Les Centres Médicaux des Armées (CMA) assurent le soutien santé des forces. Ils ne dépendent plus que du Service de Santé, contrairement aux anciens Services Médicaux d’Unité (SMU) « infirmeries » qui avaient une double subordination.
À la création des Bases de Défense en 2011, il y avait un CMA par Base de Défense. En 2017 leur nombre a été réduit à deux pour la région Auvergne-Rhône-Alpes avec la création le 1er septembre 2017 du CMA7 à Lyon (quartier général Frère) et du CMA8 à Clermont-Ferrand. Chaque CMA administre et coordonne les antennes médicales présentes dans tous les régiments ou bases éloignés de la région. Le CMA de Lyon avec 500 personnels coordonne les antennes médicales de la base de Défense de Lyon-Valence-la Valbonne, auxquelles sont venues s’ajouter les antennes des unités de montagne de la base de Grenoble, soit 16 antennes médicales et un groupe vétérinaire. Le CMA de Clermont-Ferrand gère 8 antennes médicales.

EN 2027: Le Service de Santé envisage la création de 6 « Chefferies Santé » dans les brigades de l’Armée de terre, sur le modèle de celle qui existe pour la Force d’Action Navale (FAN). Dans notre région la 27° Brigade d’Infanterie de Montagne (27° BIM) en sera bénéficiaire.

Article de 2010 dernière modification 09/2025

Les Gouverneurs Militaires de Lyon

COMMANDANTS et GOUVERNEURS MILITAIRES de LYON de la RÉVOLUTION à 1945 

Depuis 1310 le gouvernement militaire territorial à Lyon a été exercé au nom du Roi par des Sénéchaux puis par des Gouverneurs.
Ensuite pendant les deux derniers siècles de l’Ancien-Régime, les Gouverneurs du Lyonnais appartiennent tous à la famille de Neuville de Villeroy.

Les COMMANDANTS MILITAIRES après LA RÉVOLUTION
La fonction de Gouverneur était au cours du XVIII° siècle devenue progressivement honorifique. La Révolution la supprime. Le gouvernement militaire territorial va être exercé par des généraux commandants militaires, dépendant du ministère de la Guerre.
Pendant la période révolutionnaire les titulaires se succèdent très rapidement, dont le général de la Poype en 1795.

Pendant la Restauration en 1822 le commandant militaire s’installe à l’hôtel Varissan, à l’angle des rues Boissac et Sala (2°) près de la place Bellecour. Le premier occupant est le général Paultre de Lamotte (1822-1830). Sous Louis-Philippe, les généraux Roguet (1830-1831) et Aymard (1833-1841) doivent faire face aux révoltes urbaines des canuts à Lyon en 1831 et 1834.

Le Maréchal de Castellane 1851-1862

Sous le Second Empire, le personnage majeur est le maréchal de Castellane (+1862), organisateur remarquable, créateur du camp de Sathonay et de ses voies d’accès et des casernes de la Part-Dieu. Ses successeurs sont Canrobert puis Cousin de Montauban.

La III° RÉPUBLIQUE – Les GOUVERNEURS
Après la défaite de la guerre de 1870 et la réorganisation militaire qui marque les débuts de la IIIème République, à partir de 1873 à Paris et à Lyon, du fait de l’importance de ces places fortes, le commandant militaire prend officiellement le titre de Gouverneur. Le général Gouverneur militaire de Lyon (GML) a autorité sur la Région Militaire (ou zone de Défense) de l’Armée de Terre qui lui est rattachée. La Région militaire de Lyon devient le 14ème Corps d’Armée (CA).
Le premier titulaire est le général Bourbaki déjà en poste à Lyon (1871-1879), ancien chef de l’Armée de l’Est. Il est à l’origine de la création du camp de la Valbonne en 1873. Son successeur le général Farre reste moins d’un an à Lyon (1879), car il est nommé ministre de la Guerre.

Le général baron Bergé

Par la suite, il faut noter le général Baron Bergé (1889-1893) organisateur des troupes alpines et créateur des routes stratégiques des Alpes, que les alpins contribuent à construire.
Lui succèdent le général Voisin (1893-1895) présent au coté du Président Carnot lorsque ce dernier est assassiné à Lyon le 23 juin 1894 et le général Zédé (1895-1902).

Le général Zédé Gouverneur 1895-1902

Ensuite nous trouvons le général Gallieni (1906-1908), grand soldat colonial en Afrique noire, au Tonkin et à Madagascar, où il est gouverneur général. Il sera gouverneur militaire de Paris en 1914, puis ministre de la guerre et promu maréchal à titre posthume.

Le départ du général Gallieni après une revue à Sathonay
Le Général Pouradier-Duteil

En 1913, le Gouverneur militaire réside toujours à l’hôtel Varissan dans un quartier devenu insalubre. Nommé en novembre 1913 le général Pouradier-Duteil vient début 1914 sur la proposition du maire Edouard Herriot, résider à l’hotel Vitta, propriété léguée à la ville, place Puvis de Chavannes (6°) qui devient l’Hôtel du Gouverneur. Pouradier-Duteil partira au mois d’août suivant à la guerre avec le 14° CA dans les Vosges, mais sera remplacé dans son commandement – Joffre ne l’aimait pas – dès le 24 août.

L’ENTRE-DEUX-GUERRES

Après la Grande Guerre la région est agrandie avec le département de l’Ain. Dans cette période d’Entre-Deux-Guerres parmi les gouverneurs on peut citer le général Dosse (1932-1936) créateur en 1930 des Sections d’Éclaireurs Skieurs dans les unités alpines et de l’École de Haute Montagne. Les troupes alpines lui ont rendu hommage par une plaque au sommet du Galibier. Ses successeurs sont le général Garchery (1936-38) puis le général Touchon (1938-1940), qui est nommé commandant de la 6° Armée en février 1940 et remplacé à Lyon par le général Hartung. Après l’armistice Touchon retrouve son poste à Lyon du 1er juillet au 20 août.

Le général Dosse décoré par le général Debeney place Bellecour (14/07/1935)

Les GOUVERNEURS dans la RÉSISTANCE
Le général Frère est gouverneur de Lyon d’août 1940 à juillet 1941 pour l’Armée d’Armistice. il incite au camouflage du matériel militaire et sera en 1942 la fondateur de l’ORA (organisation de Résistance de l’Armée). Son successeur le général Robert de Saint-Vincent (07/1941-08/1942) refuse la participation de l’armée dans la déportation des juifs, ce qui lui vaut d’être limogé et d’être honoré comme « juste parmi les nations« .

Le Colonel Descour

À la Libération de Lyon, le 3 septembre 1944, le général Brosset commande la place de Lyon pendant 3 jours. Il est remplacé par le colonel Descour, chef militaire régional de la Résistance (1944-1945). Cas unique, Descour devenu général d’Armée sera à nouveau gouverneur de Lyon de 1956 à 1960.

Les GOUVERNEURS DEPUIS 1945
Leur succession est détaillée dans un article particulier.

Hôtel du Gouverneur avenue Foch

PUBLICATION
Une étude historique, « Les GOUVERNEURS MILITAIRES de LYON 1310-2010 – Le gouvernement militaire territorial« , est parue en avril 2011, rééditée en 2019, aux Éditions Lyonnaises d’Art et d’Histoire. Elle présente les différents « gouvernants » de Lyon pendant 7 siècles : sénéchaux, gouverneurs du Lyonnais d’Ancien Régime, commandants militaires, gouverneurs militaires à l’époque moderne.

Article de 2010remanié 09/2016Dernière modification 11/2019

Lyon pendant la Guerre

LYON et sa REGION PENDANT la GRANDE GUERRE 1914-1918

Lyon et sa région épargnées par les combats, ont été, pendant cette guerre, le théâtre d’un effort considérable au plan industriel, sanitaire, financier, dont le souvenir s’est effacé.

Canons allemands exposés place Bellecour

INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE
Avec la stabilisation du front, l’Artillerie a pris une importance considérable et il faut dans l’urgence accélérer la fabrication des canons, surtout le 75 de campagne. La vallée du Gier, de Givors à St-Chamond, a produit avec Saint-Etienne et Le Creusot le canon de 75 mm classique, mais aussi la plus grande partie de l’Artillerie Lourde et de l’Artillerie Lourde à Grande Puissance (ALGP), artillerie qui n’existait pas en Août 14. Il faut aussi multiplier la production d’obus, tournés, par essentiellement une main d’œuvre féminine, un peu partout et en particulier à la Halle Tony Garnier (20000 obus par jour) et aux usines Berliet (6000 obus par jour).

Fabrication des obus de 75 à l’usine Berliet


La plus grande partie des mitrailleuses Hotchkiss fabriquées entre fin 1915 et fin 1918 (44000) l’ont été à Monplaisir. Le président de la République Poincaré est venu à Lyon et Saint-Etienne en septembre 1915 pour se rendre compte et encourager l’effort de guerre.

Mitrailleuse Hotchkiss


INDUSTRIE AUTOMOBILE et AÉRONAUTIQUE
Les usines Berliet qui s’étendent en 1915 à Vénissieux sortent 40 camions CBA par jour (camions de la « Voie Sacrée ») et 1100 chars FT Renault, entre fin 1917 et l’Armistice. D’autres industriels Cottin-Desgouttes, Rochet-Schneider, Luc Court produisent des camionnettes utilitaires.
La fabrication aéronautique est également considérable : productions de moteurs d’avion et de carlingues qui rejoignent l’aéroport de Bron. Certains fournisseurs travaillent pour l’automobile et l’aéronautique, comme les carburateurs Zénith.

Camionnettes Cottin-Desgouttes

INDUSTRIE CHIMIQUE
l’industrie chimique doit augmenter ses capacités de manière colossale pour la production massive des produits de base des poudres et explosifs.

Convoi d’obus tiré par un tram


Suite à l’utilisation de l’arme chimique par les allemands (avril 1915), il faut produire des armes comparables et les usines chimiques de la région produisent du chlore, du phosgène et de l’ypérite.

TÉLÉCOMMUNICATIONS
Dans le domaine des télécommunications la région a joué un rôle important avec le centre de radio télégraphie de La Doua (1914) et dans la fabrication de lampes radio TM des Ets. GRAMMONT.

EFFORT SANITAIRE
Un énorme effort sanitaire s’impose très vite pour l’accueil et le traitement des très nombreux blessés et malades évacués sur la région, avec l’ouverture dans toutes les structures disponibles d’environ 170 hôpitaux complémentaires et auxiliaires à Lyon et dans les communes voisines, représentant plus de 7000 lits de traitement.
Plusieurs pôles d’excellence sont à signaler. Le docteur Albéric Pont développe la chirurgie maxillo-faciale pour le traitement des « Gueules cassées« . Les frères Lumière développent la radiologie, inventent une prothèse de main et surtout inventent et fabriquent le Tulle gras, qui améliore grandement les soins aux blessés. Les troubles psychiques sont pris en compte et soignés à l’asile de Bron par le Docteur Lépine. La mairie de Lyon ouvre une école rue Rachais pour la rééducation des mutilés et handicapés.

Tramway ambulance

EFFORT FINANCIER
La collecte financière de l’or des « bas de laine » par, entre autres, le Crédit Lyonnais, à l’époque première banque européenne, a permis l’invraisemblable effort industriel nécessaire pour fournir le champ de bataille. Même Guignol y participe !

Affiche couleur locale!!


Pour gagner cette guerre, en plus des pertes humaines énormes (1.357.800 morts, 4.266.000 blessés pour une population de 38.500.000 d’habitants), nos aïeux ont dû fournir un effort industriel, financier et sanitaire considérable.

Mais la guerre n’a pas complètement arrêté l’activité économique et les travaux, ainsi la Foire de Lyon créée en 1916 et l’inauguration du pont Wilson à Lyon le 14 juillet 1918 au cours d’une importante prise d’armes interalliée.

Foire de Lyon place Bellecour en 1918

dernière modification 05/2016 / documents : musée militaire / Gérard Chauvy – Lyon disparu 1880-1950 ELAH 2010 / R.Racine – Lyon 14-18 – Sutton 2015

L’Hôpital Desgenettes

HISTOIRE de l’HÔPITAL MILITAIRE DESGENETTES à LYON 

Le PREMIER HÔPITAL DESGENETTES

Il n’y a pas d’hôpital militaire à Lyon avant 1831. Ce premier hôpital s’installe dans la Presqu’île, quai de la Charité (aujourd’hui quai Gailleton) avec la rue Sala au sud, dans des locaux mitoyens avec l’Hôpital de la Charité.
Depuis 1616, il y avait là le couvent des Religieuses de Sainte-Elisabeth en Bellecour. Ce couvent est vendu en 1747 à l’Aumône Générale, qui y installe le « Bicêtre de la Charité » destiné à recevoir les mendiants. Cette institution cesse son activité en 1783 faute d’argent. Rachetés les bâtiments sont reconvertis pour y accueillir l’administration des fermiers généraux et la Douane, qui s’y installe en avril 1789, d’où le nom de « Nouvelle Douane ». Cette activité sera très courte, car dès l’année suivante la Révolution reconvertit les locaux en caserne. En 1810 la ville devient propriétaire de la caserne de la Nouvelle Douane; le bâtiment est affecté à la cavalerie, jusqu’à sa transformation en hôpital en 1831, qui prend le nom d’Hôpital de la Nouvelle Douane.

La façade sur le quai

Dès 1835 l’hôpital s’agrandit vers l’ouest en achetant aux hospices le terrain mitoyen jusqu’à la rue de la Charité. Les locaux sont agrandis par diverses constructions, dont ce qui sera le casernement des infirmiers. Pendant la guerre de 1870-71 l’hôpital accueille un grand nombre de blessés et de malades. Dans la décennie qui suit, grâce aux progrès de l’hygiène, la mortalité hospitalière diminue, passant de 166 décès annuels en 1876 à 64 en 1885. En 1887 l’hôpital de la Nouvelle Douane est baptisé Hôpital Militaire Desgenettes, du nom du médecin-chef de l’expédition d’Egypte et médecin de la Grande Armée. Le personnel support appartient à la 14° SIM (Section d’Infirmiers Militaires).

La cour principale

Deux ans plus tard il devient Hôpital d’Instruction par l’implantation à Lyon de l’Ecole du Service de Santé. Dans un premier temps les élèves sont logés à l’hôpital en attendant la construction de leur école achevée en 1894. Les élèves effectuent leurs stages cliniques à l’hôpital, qui compte 400 lits. Dès 1897 un appareil de radioscopie aide au diagnostic de la tuberculose. Un embranchement de rails permet à un tramway sanitaire d’entrer dans la cour.

Le tramway sanitaire

Pendant la Grande Guerre, l’hôpital soigne des milliers de blessés, mais l’afflux est tel que l’on doit très vite faire appel aux hôpitaux civils et ouvrir des hôpitaux complémentaires et auxiliaires.
Dans les années 1930 l’hôpital Desgenettes ne correspond plus aux normes d’un hôpital moderne, et son remplacement par une nouvelle structure est programmé. La guerre et l’Occupation lui donneront un sursis. En 1942 l’hôpital n’est pas évacué ; il continue à fonctionner sous l’occupation avec des médecins militaires habillés en civil, ainsi que tout le personnel. Les derniers services le quittent au premier semestre 1946. Sur cette photo aérienne de 1945 on voit le vieil hôpital à côté du nouvel Hôtel des Postes construit après démolition de l’hôpital de la Charité en 1934. Après la libération de Lyon, l’ activité de l’hôpital reprend: des personnels de la 14° SIM sont rappelés au service en renfort.

1945, l’hôpital Desgenettes à côté de la Grande Poste

L’hôpital du quai du Rhône abrite ensuite différents organismes et associations. Il ne sera démoli qu’en 1967 pour faire place au Sofitel côté quai et à l’Hôtel des Finances côté rue de la Charité.

Le SECOND HÔPITAL DESGENETTES

Dans les années 1930 le pôle médical de Lyon se déplace vers l’est, avec l’ouverture du grand hôpital à Grange-Blanche (H. Edouard Herriot), ainsi que la faculté de Médecine. Un terrain est acquis en face de l’hôpital du Vinatier en limite de Lyon, pour construire un hôpital militaire neuf. La construction débute en 1938 ; elle sera retardée par la guerre. La nouvelle structure accueille le service des contagieux dès 1941, mais l’ensemble sera terminé et complètement en service en juin 1946.

L’Hôpital Desgenettes vers 1950

L’entrée et la façade principale sont sur le boulevard Pinel. Il forme un bloc à 5 étages en forme de H ; le bâtiment du fond, au départ pavillon des contagieux est aujourd’hui relié à l’ensemble. Le bâtiment de 3 étages au sud côté avenue Rockefeller abrite de 1955 à 1988 le Centre de Recherche du Service de Santé (CRSSA) et aujourd’hui les laboratoires de l’hôpital.

Vue aérienne vers 2000

L’Ecole de Santé a été reconstruite à Bron en 1981, elle est à nouveau proche de son hôpital de formation. A partir de 1980, Desgenettes est modernisé : construction au sud entre les branches du H d’un bâtiment bloc opératoire réanimation radiologie et au nord d’un service d’urgence. Par ailleurs toutes les chambres sont peu à peu modernisées, avec une diminution du nombre de lits.
L’Hôpital d’Instruction des Armées Desgenettes est aujourd’hui un établissement de soins performant ouvert à tous.

2016 : PARTENARIAT AVEC LES HCLLe DECLIN
Un rapprochement est amorcé entre l’Hôpital Desgenettes et les HCL (Hospices Civils de Lyon) et en particulier avec l’Hôpital Édouard Herriot (HEH) voisin avec des transferts de personnel prévus. Les spécialités chirurgicales et l’anesthésie-réanimation seront transférées à l’HEH. Desgenettes gardera les urgences médicales et accueillera les services de l’hôpital Henri Gabrielle (médecine et physique et rééducation).

Fresque du hall d’entrée de Jean Coquet (1946) : Desgenettes s’inoculant la peste à Jaffa

2021 Le transfert de l’hôpital Henri Gabrielle n’a pas été réalisé… En octobre 2021 l’avenir s’assombrit: la ministre déléguée aux armées annonce la transformation de l’hôpital en « antenne hospitalière des Armées » (AHA) fonctionnant en ambulatoire dans le bâtiment psychiatrie actuel, dédié en particulier au suivi des stress post-traumatiques des soldats. L’ouverture au civil est terminée… Que va devenir le bâtiment principal?

2024: HÔPITAL SPECIALISE DES ARMEES (HSA)

Au 1er janvier 2024, Desgenettes est requalifié « Hôpital Spécialisé » où est mis en place un parcours de santé coordonné et une prise en charge des militaires blessés physiques et psychiques avec comme offre de soins la psychiatrie, la médecine physique et réadaptation, neurologie, ophtalmologie et chirurgie orthopédiques. Pour les spécialités médicales un partenariat est conclus avec l’hôpital St-Luc St-Joseph avec accès prioritaire pour les militaires. En janvier 2025 le bâtiment 15 rénové a été inauguré par le Directeur Central du Service de Santé des Armées. Le bâtiment principal est malheureusement délaissé…


Article de 2013 – Dernière modification : 02/2025
Sources : Médecin-colonel Camelin – Lyon et la médecine militaire – Revue Historique des Armées Bimillénaire de Lyon 1957 / R.Cristau & R.Wey – Les hôpitaux militaires au XXe siècle – le Cherche-Midi 2006