Louis XII dans la Région

La REGION et les GUERRES D’ITALIE / 2  LOUIS XII

Les PASSAGES DE LOUIS XII À LYON et DANS LA RÉGION

1498, LA PREMIÈRE ANNÉE DU RÈGNE
Par la mort sans héritier de son cousin Charles VIII, Louis II duc d’Orléans devient Louis XII roi de France, sacré à Reims le 27 mai 1498. Pour conserver la Bretagne, il doit épouser la duchesse Anne de Bretagne veuve de son prédécesseur. Il achète au pape Alexandre VI l’annulation de son premier mariage (imposé par Louis XI et peut-être non consommé), en nommant César Borgia, fils du pape, duc de Valentinois et gouverneur de Lyon.
Cela amène la ville de Lyon à organiser en octobre 1498 un accueil solennel et fastueux pour César Borgia qui demeure 3 semaines dans la ville. En fait il n’exercera pas ses fonctions à Lyon ; il rejoint le roi auquel il apporte l’annulation de son mariage et se met à son service. En janvier 1499 Louis XII épouse Anne de Bretagne à Nantes.

médaille frappée à Lyon en 1500

Le RÊVE ITALIEN
Louis XII va lui aussi tourner ses regards vers l’Italie, ses passages à Lyon vont être fréquents, certains prolongés. Sa priorité en Italie est le duché de Milan. Pourquoi Milan ? parce que sa grand-mère Valentine Visconti, épouse de Louis Ier d’Orléans (+1407) était une princesse milanaise et que les Visconti ont été remplacés à Milan par les Sforza. Déjà en 1495 pendant l’expédition à Naples de Charles VIII, il avait guerroyé pour son compte sur les frontières du Milanais.
Pendant le premier semestre 1499, le roi engage d’intenses tractations diplomatiques, trouve des ressources financières, réorganise l’armée et engage des mercenaires dont 5000 suisses. Une armée de 40000 hommes est prête à conquérir le Milanais.

Le château des Sforza à Milan

1499-1500 : 2 SÉJOURS À LYON POUR LA CONQUÊTE DE MILAN

Blason des Sforza

Début juillet la guerre est déclarée. Le 10 Louis XII fait son entrée à Lyon et y demeure, alors que l’armée conduite par Trivulce conquiert brutalement le Milanais. Le duc Ludovic Sforza dit « le More » s’enfuit en Autriche et Milan tombe en septembre. De plus Gènes se donne au roi de France. Le roi quitte Lyon début septembre pour l’Italie et entre à Milan le 6 octobre ; il y reste 2 mois la temps d’organiser sa conquête. Le roi vainqueur rentre par Lyon en novembre, pour être à Blois pour Noël.

Teston de Ludovic Sforza

Dès janvier 1500 Ludovic Sforza part à la reconquête de son duché et bouscule les garnisons françaises. Une armée de secours est constituée. Le roi et la reine font une entrée solennelle à Lyon le 19 mars. L’armée de secours conduite par la Trémoille fait face en avril à celle du duc, dont les mercenaires désertent. Ludovic Sforza est fait prisonnier et envoyé en France : le 29 avril il est à Grenoble et le 1er mai une grande foule le regarde passer monté sur une mule dans les rues de Lyon ; le roi refuse de le rencontrer. Il est détenu au château Pierre-Scize quelques jours et emprisonné ensuite dans le donjon de Loches, où il meurt en 1508. Le couple royal séjourne 4 mois jusqu’au 21 juillet à Lyon, dans une atmosphère de fête, avec un tournoi organisé en mai à Ainay, au grand profit des commerçants lyonnais.

1501-1502 AU TOUR DE NAPLES

Le duché de Milan conquis, Louis XII reprend à son compte les ambitions de Charles VIII sur Naples. La préparation diplomatique occupe le reste de l’année. L’armée reformée part en campagne le 1er juin 1501 : elle entre à Naples le 28 juillet. Le roi Frédéric de Naples est fait prisonnier ; lui aussi passe à Lyon en novembre.
Louis XII et Anne sont de retour à Lyon le 25 juin et y demeurent jusqu’à la fin d’octobre. Les souverains sont en général logés au palais de l’Archevêché à St-Jean.
Un accord avait partagé le royaume de Naples avec le roi d’Aragon Ferdinand qui possédait déjà la Sicile ; les aragonais qui occupent les régions au sud vont très vite se heurter aux troupes françaises. À l’été 1502 Louis XII va faire une tournée en Italie en faisant naturellement étape à Lyon.

1503-1504 NAPLES PERDUE
Au début de l’année la situation se dégrade à Naples : les français reculent devant les aragonais. En mars 1503 Louis XII est à nouveau à Lyon, où il abolit les péages sur le Rhône et la Saône. Le 29 mars il accueille l’archiduc Philippe d’Autriche dit le Beau, souverain des Pays-Bas et de Franche-comté, gendre du roi d’Aragon et son médiateur. Il vient de Franche-Comté par Bourg-en-Bresse, où il a vu sa sœur Marguerite épouse de Philibert II duc de Savoie (c’est le couple enterré à Brou). Les 2 hommes s’entendent et signent un accord. L’archiduc repart sur Bourg. En avril les aragonais reprennent l’offensive en violation du traité et prennent Naples le 6 mai. L’archiduc bien que malade revient à Lyon pour protester de sa bonne foi devant le roi furieux. Son beau-père l’avait trahi… Logé à Ainay, il est sérieusement malade avant de pouvoir repartir en Bresse. Louis XII tente de réagir en se battant sur tous les fronts, mais à la fin de l’année les français sont battus devant Gaète. Le roi admet la perte de Naples devenue espagnole pour 2 siècles et signe la paix avec Ferdinand d’Aragon (mars 1504).

monnaies de Louis XII frappées à Lyon

1506-1507 ÉPISODE GÈNES
En l’été 1506 la ville de Gènes se révolte et rompt avec la France en mars 1507. Louis réunit une nouvelle armée ; il quitte Grenoble le 3 avril 1507. Dès le 25 avril la révolte de Gènes est vaincue. Le roi s’impose à Gènes, passe par Milan et rejoint Lyon le 15 juillet où une réception triomphale lui est réservée. Le maréchal de Trivulse est nommé gouverneur du Lyonnais (1507-1518).

Jean-Jacques de Trivulse

1508 -1509 GUERRE CONTRE VENISE
En 1508 des tractations diplomatiques entre le roi, le pape Jules II et l’empereur Maximilien aboutissent à une coalition contre Venise (ligue de Cambrai). En mars 1509 Louis XII est à nouveau à Lyon pour préparer son armée : 40000 hommes dont 6000 suisses passent les Alpes en avril. Le roi est à Milan le 1er mai. Le 14 l’armée française écrase l’armée vénitienne à Agnadel. Venise doit céder des territoires au pape, à l’empereur et au roi qui agrandit son duché de Milan. Le roi victorieux revient en France en juillet.

Louis XII au château de Blois

1510- 1513 La GUERRE du PAPE
En 1510 le pape Jules II s’allie avec Venise, les suisses et les espagnols contre Louis XII, qui repasse à Lyon et dans la région en mars 1511 accompagné par François d’Angoulème son héritier. Les choses sérieuses commencent fin 1511 : les français repoussent les suisses à Milan, les espagnols à Bologne, reprennent Brescia. Le choc décisif à lieu à Ravenne le 11 avril 1512, les troupes papales sont écrasées, mais Gaston de Foix chef de l’armée est tué, remplacé par la Palice. L’Empereur s’allie alors au pape ; les mercenaires allemands désertent l’armée française. À l’été 1512 la situation devient intenable pour l’armée française, qui doit abandonner le Milanais. Milan acclame Maximilien Sforza, fils de Ludovic…


En juin 1512 le roi ordonne la construction d’un rempart bastionné sur la colline de la Croix-Rousse pour protéger Lyon. Les travaux commencent l’année suivante supervisés par le gouverneur Trivulce, ils seront très longs. À l’automne 1512, Louis XII est à nouveau dans notre région à Grenoble pour accueillir les restes de l’armée d’Italie.
Une nouvelle tentative sur Milan en mai 1513 est un échec (défaite devant Novare) ; le roi n’insiste pas, car les suisses viennent assiéger Dijon et les anglais débarqués à Calais assiègent Thérouanne. L’armée royale y subit un échec (aout 1513). À la fin de l’année une trêve est signée. Louis XII ne repassera plus à Lyon, car malade à la fin de l’année 1514, il meurt le 1er janvier 1515. Son cousin François d’Angoulême devient le roi François Ier.

En 16 ans de règne Louis XII aura séjourné 5 fois à Lyon pendant quelques semaines (4 mois en 1501) et aura été de passage à plusieurs reprises sur le chemin de l’Italie.

Sources : Didier Le Fur- Louis XII un autre César – Perrin 2001/ André Steyert – Nouvelle Histoire de Lyon, tome 3 – Bernoux & Cumin 1899 / Séjours de Charles VIII & Loys XII à Lyon sur le Rosne – P.M.Gonon 1841 – doc BNF

Article de 2020 

Philippe de Bresse

PHILIPPE de BRESSE, DUC de SAVOIE PHILIPPE II 1438-1497

ou le DUCHÉ de SAVOIE dans la 2ème MOITIÉ du XV° SIÈCLE

Ce prince féodal a été un acteur de l’histoire régionale dans la 2ème moitié du XV° siècle dans les différents rôles de proscrit, prisonnier, comte, régent, gouverneur, duc… Il est aussi le grand-père du roi François Ier et l’ascendant de la maison de Savoie.

PHILIPPE SANS TERRE
Philippe de Savoie est né à Chambéry, fils cadet de Louis Ier deuxième duc de Savoie et d’Anne de Lusignan-Chypre.

Louis Ier et Anne de Chypre (vitrail de Brou)

Il est le beau-frère du futur Louis XI qui a épousé sa sœur Charlotte. Ce cadet est turbulent, il n’aime pas l’entourage de sa mère et se révolte ; il est éloigné de la cour et n’est pas doté. Il est alors connu sous le nom de Philippe sans terre.
En 1462 il monte une conspiration, il assassine le chancelier de Savoie et enlève des favoris de la duchesse qu’il estime corrompus. Il se réfugie en France et sur demande de son père, il est arrêté en 1464 à Vierzon par Louis XI, qui l’enferme au donjon de Loches.
Entre temps son père meurt (1465), son frère aîné devient le duc Amédée IX. Il est très pieux et maladif, gouverné par sa femme Yolande de France sœur de Louis XI.

PHILIPPE DE BRESSE
Après plus de 2 ans de détention, Louis XI s’entend avec Philippe qui est son beau-frère et le libère. Pour l’apaiser Amédée IX lui cède le comté de Bresse en apanage ; il résidera à Bourg-en-Bresse et surtout à Pont-d’Ain pour la chasse. En 1468 il s’affiche avec le duc de Bourgogne à l’entrevue de Péronne. Pour le punir Louis XI envoie les dauphinois ravager les bourgades de la plaine de L’Ain : Seule Pérouges résistera et ne sera pas prise – une plaque y commémore encore cet épisode.

Pérouges : la place centrale

En 1471 excédé par la faiblesse de son frère, il fait une incursion à Chambéry, capture le prince héritier Philibert, chasse l’entourage de la duchesse qui s’enfuit à Grenoble. Louis XI doit le ramener à la raison. Amédée IX le bienheureux meurt en 1472, la duchesse Yolande devient régente pour le nouveau duc Philibert Ier trop jeune ; elle meurt en 1478. Philippe de Bresse devient alors régent de Savoie. En 1480 il a un accident de chasse près de Pont-d’Ain qui fait craindre pour sa vie. Sa femme Marguerite de Bourbon fait le vœu, s’il survit, de créer un prieuré à Bourg en Bresse. Il s’en sort, mais le vœu est oublié, car sa femme décède peu après. Elle lui a donné 2 enfants : Philibert et Louise. Louise de Savoie, élevée à la cour de Bourbon, deviendra la mère du roi François Ier et aura un rôle politique majeur… Philippe s’est ensuite remarié avec Claudine de Brosse-Penthièvre (+1513) : elle est l’ascendante de toute la maison de Savoie jusqu’à nos jours. Il a par ailleurs un fils illégitime en 1473 René de Savoie dit le « Grand Bâtard de Savoie », devenu comte de Tende par mariage, il sera gouverneur de Provence sous François Ier.

blasons de Philippe de Bresse et Marguerite de Bourbon (vitrail de Brou)
Charles Ier de Savoie

Un PERSONNAGE IMPORTANT
Entre temps le jeune duc Philibert est tué dans un accident de chasse, lui succède son frère Charles Ier que le sénat de Savoie émancipe à 14 ans (1482). Louis XI est mort en 1483 ; sa fille Anne de Beaujeu régente au nom de Charles VIII nomme Philippe qui s’est beaucoup assagi gouverneur du Dauphiné en 1485 et l’année suivante lieutenant-général à Lyon. Cas unique où un membre de la maison de Savoie a été gouverneur en Dauphiné. Philippe sert de tampon entre ses 2 neveux Charles Ier de Savoie et VIII de France pour une querelle sur le marquisat de Saluces.

Charles Ier de Savoie meurt prématurément en 1490, son successeur est son fils de 2 ans Charles-Jean-Amédée sous la régence de sa mère Blanche de Montferrat avec laquelle Philippe s’entend bien. Il est remplacé dans sa charge de gouverneur en 1491. En 1492 un soulèvement a lieu en Faucigny ; Philippe réduit la rébellion sans trop de brutalité. En septembre 1493 il est à Turin avec la duchesse pour le passage de Charles VIII, qu’il accompagne jusqu’à la conquête de Naples. Sur le chemin du retour après la bataille de Fornoue (juillet 1495), le roi confie à Philippe le commandement d’une petite armée pour soutenir les génois en révolte contre Milan, mais l’opération échoue sur le front maritime et Philippe doit rejoindre Asti après une retraite difficile.

Philippe II duc de Savoie

Le DUC de SAVOIE PHILIPPE II
En avril 1496 le petit duc meurt à 6 ans, la descendance d’Amédée IX est éteinte. Philippe, grand-oncle du défunt, devient (enfin) duc de Savoie sous le nom de Philippe II. Il a 58 ans, pour lui c’est trop tard pour jouer un grand rôle ; il meurt l’année suivante en novembre.

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Sa SUCCESSION

Philibert II le Beau

Son fils aîné devient Philibert II le Beau, 8ème duc de Savoie. Il fait un très grand mariage en épousant en 1501 Marguerite d’Autriche fille de l’empereur Maximilien et petite-fille de Charles le Téméraire, mais lui aussi va mourir prématurément en 1504 sans descendance.

Philibert et Marguerite – vitrail de l’église de Brou

Marguerite d’Autriche, veuve inconsolable, devenue régente et gouvernante des Pays-Bas pour son neveu Charles-Quint et disposant de gros moyens financiers, va réaliser le vœu de Marguerite de Bourbon en faisant édifier à Bourg le monastère de Brou et son église mausolée pour son mari, pour Marguerite de Bourbon sa belle-mère et pour elle-même.

Gisant de Philibert II – Eglise de Brou

À Philibert II succède son demi-frère Charles II le bon ; il va régner 49 ans, mettant ainsi fin à l’improbable série de règnes courts qu’a connue la Savoie dans la deuxième moitié du XV° siècle. Philippe, frère cadet de Charles, est apanagé du comté de Genève ; ses descendants de la branche des Savoie-Nemours compteront 2 gouverneurs du Lyonnais au XVI° siècle.

Les 10 premiers Ducs de Savoie
Amédée VIII 1391-1439 duc en 1416Louis Ier 1439-1465
Amédée IX 1465-1472Philibert Ier 1472-1482
Charles Ier 1482- 1490Charles-Jean-Amédée 1490-1496
Philippe II 1496-1497Philibert II 1497-1504
Charles II 1504-1553Emmanuel-Philibert 1553-1580

Article de 2017 – Sources : Alain Larcher – la Dame de Pérouges (roman) – Horvath 1993

Le Maréchal Suchet

Le MARÉCHAL SUCHET, Duc d’ALBUFERA (1770-1826)

La JEUNESSE
Louis Gabriel Suchet est natif de Lyon rue Pizay, baptisé en la paroisse St-Pierre-St-Saturnin, fils d’un négociant fabricant en soieries, originaire de l’Ardèche. Son père mort début 1789, Suchet reprend très jeune l’entreprise familiale. Mais les troubles révolutionnaires arrêtent l’activité et se sentant menacés, Suchet et son frère quittent Lyon au printemps 1793 pour se réfugier en Ardèche, échappant au siège de Lyon.

Acte de baptême de Louis Gabriel Suchet / Ville de Lyon – Archives Municipales 1GG634

De la RÉVOLUTION au CONSULAT
À la « levée en masse » en septembre 1793, Louis-Gabriel s’engage au 4° bataillon de volontaires de l’Ardèche, dont il est élu lieutenant-colonel : il rejoint le siège de Toulon. En 1794 son bataillon participe à une répression sanglante sur les habitants de Bédoin (84) jugés contre-révolutionnaires. En 1795, il fait partie de l’armée d’Italie et il est rétrogradé chef de bataillon. Tout va changer avec l’arrivée de Bonaparte à la tête de l’armée d’Italie. Suchet participe aux batailles de Lodi, Castiglione, Arcole et Rivoli. Fin 1797 nommé colonel il passe à l’Etat-major de Brune et participe à la campagne d’Helvétie début 1798. Suchet est promu général de brigade, puis général de division (1799) En 1799 il est à Novi ; pendant le siège de Gènes, (1800) il doit reculer sur Nice, puis contre-attaque, repousse les autrichiens, puis après Marengo poursuit les Autrichiens et les bat au combat de Pozzolo (12/1800).

De 1801 À 1808
En 1801 Suchet est nommé inspecteur de l’infanterie ; en janvier 1802 il accompagne Bonaparte à Lyon et poursuit par des tournées d’inspection. En 1805 il appartient au 5° corps (Lannes) de la Grande Armée : il est à Ulm et Austerlitz, stationne en Allemagne en 1806. Puis c’est la campagne contre la Prusse et la Russie, il est à Saalfeld, Iéna, Pultusk ; il stationne ensuite à Breslau (1807-1808).

Suchet revient en France en 1808 et se marie. Il épouse Honorine file d’Antoine-Ignace Anthoine baron de St-joseph, 1er maire de Marseille et de Rose Clary, celle-ci soeur de Julie Clary femme de Joseph Bonaparte et de Désirée femme de Bernadotte.

Le Maréchal SUCHET

La GUERRE D’ESPAGNE
C’est en Espagne, où il part fin 1808, qu’il va donner toute sa mesure. Il s’empare de Jaca et participe au siège de Saragosse. Suchet est nommé commandant du 3° corps en Aragon. Il se consacre avec discernement au gouvernement de l’Aragon et condamne les abus de ses troupes tout en luttant contre la guerilla : on le surnomme « El hombre justo ». Il est le seul responsable qui ait réussi à faire tolérer la présence française en Espagne. Il peut même faire venir sa femme à Saragosse.
Il repousse le général Blake à Belchite (1809) et poursuit par la conquête de la Catalogne. Ce sont les sièges de Lerida, Tortosa, Tarragone et Montserrat (1810-1811). Après la prise de Tarragone, Suchet est enfin promu Maréchal d’Empire. Il bat à nouveau Blake à Albufera et conquiert Valence (01/1812). Suchet est alors titré Duc d’Albufera et gouverneur de Valence.

Prise de Valence


En juin 1813 il repousse encore une tentative anglo-espagnole sur Valence, mais ce même mois la défaite de Joseph Bonaparte à Vitoria, oblige Suchet à faire retraite en défendant pied à pied la Catalogne (1813-1814). Début février 1814 il envoie une partie de ses troupes à Augereau pour l’armée de Lyon. Suchet est à Perpignan et défend la frontière, quand Napoléon abdique. Il se rallie alors à Louis XVIII et passe ensuite en poste à Toulouse, Caen et Strasbourg.

Les CENT-JOURS 
En 1815 pendant les Cent-Jours, Suchet revient à Napoléon et est placé à la tête de l’Armée des Alpes. Il entre en campagne pour barrer la route aux piémontais et autrichiens. Malgré un brillant combat à l’Hôpital (Albertville), où s’illustre le colonel Bugeaud, la défaite de Waterloo et l’abdication de Napoléon rend la résistance inutile. Suchet suspend les opérations et Lyon va être à nouveau occupée par les Autrichiens. La carrière militaire de Suchet est terminée et il rédige ses mémoires sur sa campagne d’Espagne. Il est nommé pair de France en 1819 et meurt en 1826 à Marseille à 56 ans. Sa veuve lui survivra jusqu’en 1884…

Statue de Suchet place Tholozan

Aux dires de Napoléon, Suchet fut l’un de ses meilleurs maréchaux. La ville de Lyon lui a dédié une artère de la presqu’île, le « cours Suchet » et une statue en bronze inaugurée en 1858 par le maréchal de Castellane a orné la place Tholozan jusqu’en 1942.

Article de 2010 – dernière modification 01/2025 
Source : Frédéric Hulot – Le Maréchal Suchet – Pygmalion 2009

Charles VIII dans la Région

La REGION et les GUERRES D’ITALIE / 1- CHARLES VIII

Les PASSAGES de CHARLES VIII dans la RÉGION

PREMIÈRE VISITE À LYON mars 1490
En 1490 Charles VIII (1483-1498) a 20 ans ; il a maté la révolte des ducs de Bretagne et d’Orléans, qui est son futur successeur… Il bénéficie d’un répit pour visiter son royaume. En janvier 1490 il séjourne à Moulins chez le duc Pierre II de Bourbon, son beau-frère, puis se dirige sur Lyon. Il couche au château de Sain-Bel, puis fait son entrée à Lyon le 7 mars 1490 par la rive droite de la Saône. La ville lui offre une réception exceptionnelle : rues décorées, représentations allégoriques, compliments… Un ciel de toile aux couleurs de France est tendu au-dessus des rues du Vieux-Lyon. Son séjour à Lyon dure plusieurs semaines ; il accorde à nouveau à la ville les deux foires dont elle avait été privée depuis 1484.

Charles VIII

L’ORIGINE des GUERRES D’ITALIE
Louis XI avait hérité en 1481 des possessions de René d’Anjou, le « roi René » (Anjou, Maine, Provence) et de ses droits revendiqués sur le royaume de Naples. Ce royaume lointain fait rêver le jeune roi Charles VIII.
La route de l’Italie passe par Lyon. Pendant une cinquantaine d’années la ville et sa région vont prospérer en servant de base logistique à tous les épisodes des guerres d’ Italie conduits successivement par Charles VIII, Louis XII, François Ier et Henri II.

CHARLES VIII EN ROUTE POUR L’ITALIE
En janvier 1494 le roi de Naples Ferrante (1458-1494) meurt. Le roi décide de partir à la conquête de ce royaume. Dès le 14 février il quitte Amboise et gagne Moulins par bateau sur la Loire. Le 3 mars il est à Lyon, il est reçu officiellement le 6. La ville reçoit ensuite officiellement la reine Anne de Bretagne. Avec elle Charles fonde à Lyon le couvent de l’Observance en mars 1494.
Le roi va parcourir d’avril à juin la Bourgogne, avant de revenir sur Lyon. Ce sont des mois d’intense activité diplomatique. Le cardinal della Rovere (futur pape Jules II) légat d’Avignon vient à Lyon voir le roi. La ville de Lyon donne 10000 livres pour la mobilisation militaire et financière : chaque jour convergent sur Lyon hommes, montures, attelages et armement. L’artillerie qui se modernise prend une importance grandissante. Une grande partie de l’armée partira par voie maritime.

A Vienne le roi confie le pouvoir au duc et à la duchesse de Bourbon (à gauche)

Le 29 juillet 1494 le couple royal quitte Lyon pour Vienne ; le roi y nomme le duc de Bourbon lieutenant-général du royaume pour gouverner en son absence. Le 22/08 le roi et la reine font étape à la Côte-St-André ; le 23 ils sont à Grenoble, où ils sont triomphalement reçus. Le roi en repart le 29 laissant la reine et son entourage ; le 30 il est à Gap où il loge en l’hôtel de l’évêque et de même le 31 à Embrun. Le 1er septembre il est accueilli à Briançon ; le lendemain il passe le col du Montgenèvre et est accueilli le 3 à Suze par la duchesse de Savoie. Le 5 il est reçu au château de Turin par la duchesse et Philippe de Bresse.

LE ROI EN ITALIE
De Turin il continue sa marche vers Naples avec des étapes diplomatiques (Florence, Rome). Le 22 février 1495 Charles VIII entre à Naples presque sans opposition et est proclamé roi de Naples. Il y fait une seconde entrée solennelle avec les attributs royaux en mai. Il prend la route du retour le 21 mai, en laissant comme vice-roi de Naples Gilbert de Montpensier.
Mais entre temps une coalition italienne s’est liguée contre lui et lui barre la route à l’entrée du duché de Milan. L’armée royale s’ouvre le passage par la victoire de Fornoue (Fornove) le 6 juillet 1595. L’été se passe à Vercelli en tractations diplomatiques qui aboutissent à un traité de paix avec le duc de Milan Ludovic Sforza.

CHARLES VIII DE RETOUR D’ITALIE
Charles peut alors rentrer en son royaume. Le 18 octobre il est à Turin d’où il prévient la ville de Lyon de son retour. Le 22 au soir il est à Suze, le 23 à Briançon, le 24 à Embrun, le 25 à Gap et le 26 il est accueilli avec faste à Grenoble, où il se repose 8 jours. Il repart le 4 novembre par Moirans, la Côte-Saint-André ; il arrive « près de Lyon » (à Vénissieux selon certains) le 6. Le lendemain il est accueilli à la « porte du pont du Rhône » par les lyonnais, habitants, bourgeois, gens d’église, nobles et échevins. Il fait une entrée triomphale à Lyon décorée et pavoisée. Au palais de l’Archevêché il retrouve la reine et sa sœur, la duchesse de Bourbon.
Le roi séjourne à Lyon jusqu’en juin 1496 avec un aller-retour en mars à Paris et St-Denis. La situation à Naples est préoccupante, Charles envisage une nouvelle expédition, mais l’argent manque…
Cela n’empêche pas en mai l’organisation à Lyon de « joutes et tournois » auxquels le roi participe, en « la Grenette devant les Cordeliers » et en la rue Juiverie dans le quartier Saint-Paul. Fin juin Charles retourne à Amboise en passant par Moulins.

En 1495 le roi accorde le privilège de la noblesse à tous les conseillers échevins de Lyon et à leur descendance.
En novembre 1496 il est de retour à Lyon, d’où il effectue en décembre un pèlerinage en Provence à la Sainte-Baume pour affirmer sa filiation avec la maison d’Anjou.

Charles VIII et Anne de Bretagne /chapelle St-Hubert d’Amboise

Charles VIII ne pourra réaliser ses rêves ; il meurt accidentellement à 27 ans à Amboise le 7 avril 1498. Sans héritier direct, car ses enfants sont morts en bas-âge, son cousin le duc d’Orléans devient le roi Louis XII.

Article de 03/2020Source : Didier Le Fur – Charles VIII – Perrin 2006 / séjours de Charles VIII & Loys XII à Lyon sur le Rosne – P.M.Gonon 1841 – doc BNF

La Garnison de Lyon en 1939

La GARNISON DE LYON et ENVIRONS en 1939

En 1939 à la veille de la guerre, Lyon est le siège de l’état-major de la 14ème Région Militaire ; le Gouverneur militaire de Lyon est depuis 1938 le général Robert Touchon, remplacé à Lyon en février 1940 par le général Hartung. Toutes les directions régionales des services (Intendance, Santé, Génie…) sont présentes.

ARMÉE DE TERRE
Unités Combattantes
99° RIA (Régiment d’infanterie Alpine) au fort Lamotte avec un détachement à Sathonay.

Le 5° RTM place des Terreaux

 – 5° RTM (Régiment de Tirailleurs Marocains) détachements à Lyon et à la Valbonne (la partie principale est à Bourg et Belley).
28° RTT (Tirailleurs Tunisiens) un détachement à Sathonay (la partie principale est à Montélimar).

09/1939 le 9° RC à la Part-Dieu


- 9° régiment de Cuirassiers à la Part-Dieu. À la mobilisation de septembre 1939, le 9° RC éclate en 4 Groupes de Reconnaissance de Corps d’Armée (GRCA) ou de Division d’Infanterie (GRDI) :
- Le 20° GRDI rattaché à la 27° Division Alpine
- Le 22° GRDI rattaché à la 28° Division Alpine
- le 91° GRDI rattaché à la 1° DI Nord-africaine (1° DINA)
- le 20° GRCA dépendant du 14° Corps d’Armée.
5° bataillon de Dragons portés à la Part-Dieu.
9° Spahis Algériens à Vienne.

14/07/1935 automitrailleuse AMR 35 des automitrailleuses de cavalerie


- 14° compagnie Régionale du Train (la Part-Dieu)
54° RANA (Régiment d’Artillerie Nord-Africaine) à la Vitriolerie.
-6° RANA à la caserne de la Doua ? : dissous le 1/09/1939 au profit du 44°RALD et du 51°RA.
405° RA-DCA (Défense contre avions) à Sathonay.

11/11/1937 artillerie tractée par chenillette Renault UE

Unités non Combattantes
14° Bataillon d’Ouvriers d’Artillerie
14° section de Commis et Ouvriers
Centre Principal de Mobilisation d’Infanterie 142 (fort Lamotte)
Centres n°14 de Mobilisation de cavalerie et du Train (Part-Dieu), d’Artillerie (Vitriolerie)

Service de Santé
14° SIM (Section d’Infirmiers Militaires)
Hôpital Militaire Desgenettes et annexe Villemanzy.
École du Service de Santé Militaire.
Pharmacie d’Approvisionnement et Dépôt de matériel Santé (au fort Saint-Jean).

UNITÉS MISES EN ACTIVITÉ À LA MOBILISATION
La Région met en place les état-majors des grandes unités :
- XIV° Corps d’Armée – général Touchon
-28° Division d’Infanterie Alpine (active) -général Lestien
-64° Division d’Infanterie Alpine (réserve) général Cartier
-1ère Division d’Infanterie Nord-Africaine (active)
-5° Division d’Infanterie Nord-Africaine (réserve)
-2° brigade de Spahis Algériens (active).

Autres unités de réserve mobilisées dans la région : le 299° RIA dérivé du 99° RIA, le 14° Zouaves…

ARMÉE DE L’AIR
La BA 105 est établie à Bron. Elle héberge la 35° Escadre d’Observation et la 55° Escadre de Reconnaissance/Observation qui rejoindront d’autres bases à la mobilisation.
La base entraîne également des réservistes : Groupe Aérien Régional GAR 562 équipé pour la chasse qui devient le Groupe de Chasse III/9 début 1940 restant sur place.

La 35° Escadre de Bron place Bellecour

GENDARMERIE
Sont implantés à Lyon la 14° Légion de Gendarmerie et la 3° Légion de Garde Républicaine Mobile (GMR) avec un escadron à cheval logé à la Part-Dieu et des compagnies dispersées dans les garnisons de la région.

Article de 2019dernière modification 03/2023

sources : Emplacement des Troupes de l’Armée Française -Lavauzelle 1939

Photos: documentation du musée

Les Garnisons de Bourg et Belley

Les GARNISONS DE L’AIN : BOURG-EN-BRESSE et BELLEY de 1873 à 1970

DE 1873 À 1923
En 1873 l’Armée française est complétement réorganisée. De nouvelles régions militaires correspondant chacune à un corps d’Armée (CA) sont définies.
Le 7ème CA a son état-major à Besançon (commandant le général de division Duc d’Aumale) et s’étend sur les départements de Franche-Comté, la Haute-Marne, le nord-ouest du Rhône (Neuville) et l’Ain. Comme tous les CA il comprend 2 divisions d’infanterie (DI) la 13° (Langres) et la 14° (Besançon).

Bourg, le Champ de Mars

Deux régiments d’infanterie (RI) de la 14°DI sont affectés au département de l’Ain : à Bourg-en-Bresse le 23° RI et à Belley le 133° RI nouvellement créé. Dans ces 2 villes il faut construire des casernes : ces 2 régiments vont loger provisoirement leur partie principale à Lyon.
Les casernes sont construites dans les années 1875-1876, à Bourg la caserne Aubry et à Belley la caserne Sibuet. De 1875-1880 le chef de corps du 133° est le colonel Boulanger futur ministre de la défense.

La caserne Aubry

En 1893 les 2 régiments sont rattachés à la 13° DI dont l’état-major est à Chaumont ; le 133 envoie un bataillon à Pierre-Chatel et des détachements au fort L’Ecluse et au fort des Rousses.
En 1900 les 2 unités font à nouveau partie de la 14°DI dont l’état-major est à Belfort. Une caserne annexe le quartier Dallemagne formée de bâtiments bas est construite à Belley. La situation reste inchangée jusqu’en 1914.

133° RI quartier Dallemagne

Après la guerre de 1914-1918 le 23° et le 133° habillés en tenues « bleu-horizon » retrouvent leurs garnisons respectives, mais l’heure est à la réduction des forces : ils sont très vite dissous au 1er avril 1923.

1922 23°RI la compagnie des mitrailleuses

1922 23°RI les Officiers

L’ENTRE-DEUX-GUERRES : CHANGEMENT de RÉGION et TROUPES AFRICAINES
Ce même mois de 1923 un décret rattache le département de l’Ain ainsi que le Rhône au 14° CA de Lyon.
Cette même année le 39° Régiment de Tirailleurs Algériens (RTA) arrive de Mayence ; l’état-major (EM) et 2 bataillons remplacent à Bourg le 23° RI. Le 3ème bataillon va loger à Belley. Dès mai 1925 le 39° RTA part au Maroc pour la guerre du Rif, après laquelle il sera dissous.

Lui succède le 65° Régiment de Tirailleurs Marocains (RTM) bientôt rebaptisé 5° RTM en 1929 établi dans le même dispositif EM et 2 bataillons à Bourg et un bataillon à Belley avec entre 1935/39 un petit détachement à la Valbonne. Ce 5° RTM fait partie de la 1ère Division d’Infanterie Nord-Africaine (1° DINA) dont l’état-major est à Lyon. En septembre 1939 il sera dirigé sur le front des Alpes avant de rejoindre la frontière du nord-est.

Entre les deux guerres le Centre Mobilisateur d’infanterie 145 est établi à Bourg (centre principal) et Belley (centre secondaire).
La Gendarmerie occupe la caserne Dallemagne depuis 1927 : une compagnie de la Garde Républicaine Mobile.

APRÈS 1945
En 1956 après l’indépendance du Maroc le 1° RTM est rapatrié sur la France (2 bataillons) et vient s’installer à la caserne Aubry à Bourg avec une compagnie à Sathonay. Sa musique la « nouba » défile précédée de 2 ou 3 boucs. Le régiment est réduit en 1960 à un bataillon le 2/1°RTM qui sera dissous en 1963. la caserne Aubry accueille ensuite un centre mobilisateur numéroté 23 en souvenir du 23° RI.
La caserne de Belley est utilisée par différentes unités de Gendarmerie.

La musique du 1° RTM en 1961

Aujourd’hui la caserne Aubry est reconvertie en « Résidence Aubry Renaissance » parc de 350 logements avec conservation de la façade du bâtiment principal.

La caserne Aubry en 03/2025

Article de 2019 dernière modification 03/2023

Batailles en Savoie 1591-1598

BATAILLES en SAVOIE : PONTCHARRA-CHAMOUSSET-Les MOLLETTES et FORT BARRAUX 1591-1598

Après avoir récupéré ses états en 1559, le duc de Savoie Emmanuel-Philibert les gouverne sagement. Son fils et successeur Charles-Emmanuel Ier le Grand (1580-1630) va mener une politique plus hasardeuse qui lui vaudra bien des revers.

Charles-Emmanuel Ier duc de Savoie & prince de Piémont

PONTCHARRA 1591 
En France après l’assassinat d’Henri III en 1589, beaucoup refusent l’héritier légitime Henri de Navarre parce que protestant. Pour devenir Henri IV, celui-ci doit s’imposer à la « Ligue » catholique. A Lyon celle-ci est représentée par le gouverneur, le duc de Nemours, un autre Charles-Emmanuel, cousin du duc. Le duc de Savoie prétend au trône de France comme petit-fils de François Ier, mais la Ligue lui préfère le cardinal de Bourbon.
En 1590, profitant de la guerre civile en France, le duc de Savoie fait son entrée à Grenoble, puis investit la Provence. Fin 1590, le chef protestant du Dauphiné Lesdiguières, rallié à Henri IV, récupère Grenoble, dont il est nommé gouverneur et en 1591 il repousse les savoyards de la Provence vers le comté de Nice. En septembre 1591 à Pontcharra, ville natale de Bayard et porte d’entrée vers Grenoble, une nouvelle incursion savoyarde est vaincue.

Lesdiguières

La CAMPAGNE de 1597-1598 
Deuxième acte : En 1595 Henri IV devenu catholique, déclare la guerre à l’Espagne, alliée de la Ligue, transformant une guerre civile en guerre étrangère et faisant passer les ligueurs au statut de traitres. L’Espagne passe à l’offensive dans le nord (mars 1597). Une armée espagnole venant de Milan est en route vers la Picardie en transitant par le col du Petit-Saint-Bernard et la Savoie, puis la Franche-Comté. Le Roi qui participe à la défense de la frontière du nord, nomme Lesdiguières lieutenant-général du Dauphiné à la place de d’Ornano et lui confie les opérations dans les Alpes, avec mission d’entrer en Savoie et de couper la route aux espagnols.

La forteresse de Charbonnière

Lesdiguières entre en campagne à partir de Grenoble avec 6000 fantassins et 500 cavaliers. Par Allemont il leur fait traverser la chaîne de Belledonne. Ils arrivent en Savoie au col du Glandon, l’armée dévale sur St-Jean-de-Maurienne prise par surprise le 23 juin. Pour assurer ses arrières Lesdiguières repousse sans difficulté les savoyards en direction du Mont-Cenis en s’assurant de tous les points fortifiés ; mais cette opération le retarde d’une semaine pendant laquelle les espagnols arrivent à Chambéry. Il redescend alors sur Aiguebelle, y laisse son lieutenant Créqui assièger le château de Charbonnière. Ses troupes vivent au dépens du pays et se livrent volontiers au pillage et à l’incendie.

CHAMOUSSET 19 juillet 1597
Le duc de Savoie a franchi les Alpes avec 3000 hommes, mais il n’a pu retenir pour se défendre les 3000 espagnols en transit qui ont continué leur route vers le nord. Lesdiguières a donc échoué à leur couper la route. Les savoyards se concentrent à St-Pierre-d’Albigny et Miolans sur la rive nord de l’Isère. À l’époque, le cours de l’Isère en aval du confluent avec l’Arc n’était pas endigué et formait des entrelacs de bras et d’îles.

site de Chamousset : carte ancienne le nord est en bas

Charles-Emmanuel lance ses troupes dans la traversée risquée de l’Isère, appuyées par le château de Chamousset au sud de l’Isère, après avoir fait édifier un retranchement muni d’artillerie sur une île. Parti de Chamoux, Lesdiguières peut mettre rapidement en action 2 canons qui vont semer la panique parmi les savoyards en train de traverser la rivière. Le gros des troupes dont la cavalerie commandée par Créqui arrive s’empare du retranchement et parachève la déroute de l’armée ducale. Le château et le village de Chamousset sont pillés et incendiés.

De Fort-Barraux à St-Pierre d’Albigny

Les MOLLETTES 
Dans les jours qui suivent Lesdiguières et ses lieutenants obtiennent la capitulation du château de Charbonnière : toutes leurs troupes peuvent se regrouper dans la plaine des Mollettes au sud de l’Isère. Le Duc de Savoie a reçu des renforts ; son armée traverse l’Isère à Montmélian et prend position sur les hauteurs de Sainte-Hélène. Une première grosse escarmouche a lieu le 8 août ; une semaine se passe pendant laquelle Lesdiguières fait se retrancher ses troupes. La bataille des Mollettes a lieu le 14 août : les troupes ducales attaquent sans succès le front des troupes royales et une tentative de contournement par le flanc est balayée par une charge de cavalerie.

Bataille des Mollettes

FORT BARRAUX 
Les savoyards vaincus se replient au nord de l’Isère. Non découragés, ils occupent le village de Barraux en territoire français, où le duc décide de faire construire une forteresse, Fort Barraux, construite en quelques mois. Lesdiguières basé en face à Pontcharra laisse faire, alors que des escarmouches ont lieu en Maurienne. En février 1598, le château de Charbonnière est repris par les savoyards et Créqui est fait prisonnier. Mais en mars Lesdiguières s’empare de Fort Barraux par surprise.

Fort Barraux

LA PAIX PROVISOIRE
Peu après (mai 1598) la paix est signée à Vervins (02) entre la France et l’Espagne. Pour la Savoie, les frontières sont rétablies, de ce fait le fort Barraux redevient français : le duc l’avait fait construire pour le Roi de France… Il reste un contentieux en suspens : le sort du marquisat de Saluces (Saluzzo au sud de Turin), enclave française en Piémont, que le duc de Savoie avait occupé en 1588. Ce sera le prétexte du conflit de 1600, qui aboutira à l’annexion par la France de la Bresse et du Bugey…

Article de 2012 – Dernière modification 10/2021
Source : Jean-Pierre GOMANE – CHAMOUSSET Les MOLLETTES – Les Batailles oubliées Histori’cone Editions 2000

La Savoie de 1330 à 1450

Du Comté au Duché : La SAVOIE de Amédée VI à Amédée VIII

AMÉDÉE VI, Comte de SAVOIE, le « comte vert » (1334-1383)
Petit-fils d’Amédée V, fils d’Aymon le pacifique, Amédée VI devient comte en 1343 sous la tutelle de son cousin Louis II de Savoie sire de Vaud jusqu’en 1348. La couleur de sa livrée de tournois lui vaut le surnom de « Comte Vert ».

Amédée VI et Bonne de Bourbon, vitrail de l’abbatiale de Brou

Poussés par le dauphin de France, les Dauphinois attaquent à nouveau le comte de Savoie (1352). En avril 1354, Amédée VI emporte la victoire décisive des Abrets : c’est la fin de la « Guerre de septante ans » avec le Dauphiné. Le traité de Paris (1355) amène à un échange de possessions, où le comte de Savoie est gagnant : il abandonne le Nord-Viennois au Dauphiné, mais annexe le Faucigny, les pays de Beaufort, de Gex et de Valbonne (de Miribel à Meximieux) et obtient l’allégeance du comte de Genève (en bleu sur la carte) et du sire de Thoire-Villars (en vert). Sur la carte les territoires du comte de Savoie sont en jaune.

Les principautés vers 1300

Amédée VI se tourne ensuite vers le Piémont, pour contenir plusieurs tentatives d’empiétement de ses cousins de la branche Savoie-Piémont, soutenus par les Visconti de Milan (1363-1382).

Sceau d’Amédée VI

En 1366-1367, confiant le comté à son épouse Bonne de Bourbon, il entreprend une expédition militaire pour porter secours à Jean V, Empereur de Byzance, fils d’Anne de Savoie, menacé par les Turcs : il s’empare de Gallipoli sur les Turcs, délivre Jean V captif des Bulgares et poursuit de multiples opérations de dégagement de Constantinople dans les détroits. Cela offre un sursis à l’empire Byzantin. Chef de guerre avisé, Amédée VI a conduit la seule « arrière-croisade » réussie de cette époque. [un article complet sur cette opération figure dans la Gazette du Musée de janvier 2023 en ligne sur ce site (onglet Gazette du Musée)].

Amédée VI – dessin d’Yvan Gourdin

Enfin en 1382-1383, moyennant l’arrêt des prétentions des Angevins en Italie du nord (acquisition de Coni en 1382), il soutient Louis d’Anjou, partant à la conquête du Royaume de Naples : mais aux abords de Rome Amédée VI est emporté par la peste. C’est un modèle de chevalier, d’homme de guerre et de diplomate.

Amédée VII et Bonne de Berry, vitrail de l’abbatiale de Brou

AMÉDÉE VII, Comte de SAVOIE (1360-1391), le « Comte Rouge »
Fils d’Amédée VI et de Bonne de Bourbon, son père lui laisse la charge de la Bresse dès 1378, où il entre en conflit contre Edouard de Beaujeu.

Devenu le comte Amédée VII en 1383, il soumet la haute vallée de l’Ubaye (Barcelonnette) en 1385. Puis en direction du sud, il amène des seigneurs locaux du comté de Nice hostiles à Louis II d’Anjou en Provence, comme les Grimaldi, à lui faire allégeance en les nommant sénéchaux et ainsi à séparer le comté de Nice de la Provence à son profit.
C’est chose faite en 1388, Amédée VII ajoute les « Terres neuves de Provence » à ses possessions qui atteignent la côte méditerranéenne. Remarquons que les comtes de Savoie ont ainsi possédé Nice avant Annecy…

Malheureusement Amédée VII meurt prématurément d’un accident de chasse en 1391.

Sceau d’Amédée VII

AMÉDÉE VIII Comte puis PREMIER DUC de SAVOIE 1391-1440
Fils d’Amédée VII et de Bonne de Berry il devient comte à 8 ans. Sa grand-mère Bonne de Bourbon devient régente sous l’influence du duc de Bourgogne Philippe le Hardi, dont Amédée VIII épouse la fille Marie de Bourgogne.
L’achat du comté de Genève en 1402 lui permet d’annexer enfin la région d’Annecy et celui de la seigneurie de Thoire-Villars d’unifier la Bresse : la Maison de Savoie tient alors toute la chaîne des Alpes de Lyon à Neuchâtel et du Piémont à Nice. Cette étendue territoriale justifie le titre ducal octroyé en 1416 par l’empereur Sigismond de passage à Chambéry. Amédée VIII devenu le premier duc de Savoie fait construire le Sainte Chapelle du château de Chambéry.

Duché de Savoie en 1416

En 1434 Amédée VIII délègue ses pouvoirs à son héritier Louis créé lieutenant général du Duché. Il réside souvent au château de Ripaille près de Thonon.
En 1439 le concile de Bâle en conflit avec le pape Eugène IV décide de le déposer et élit Amédée VIII pape à sa place. Amédée abdique de son titre ducal et prend le nom de Félix V. Considéré comme un antipape, Amédée / Félix renoncera à son titre en 1449 après l’élection à Rome d’un successeur à Eugène IV et mourra en 1451.

Acte d’Amédée VIII en 1419

La suite de l’histoire du Duché de Savoie au XV° siècle est relatée à travers la biographie de Philippe de Bresse ou Philippe sans Terre, 2ème fils du duc Louis.

Article de 2010 – Dernière modification 02/2024
Sources : Bernard Demotz – le Comté de Savoie du XI° au XV° siècle – Slatkine 2000 / le comté de Nice et la maison royale de Savoie – Silvana editoriale 2010

Les Comtés de Lyon & Forez

Les COMTÉS de LYON et de FOREZ AUX XI° et XII° SIÈCLES

Le terme de « Comté de Forez » apparait au cours du X° siècle comme une subdivision du grand Comté de Lyon, dont il forme la partie occidentale. Ce comté fait partie du royaume de Bourgogne-Provence (dynastie rodolphienne). La puissance royale s’affaiblit : cela conduit le roi (Conrad ou Rodolphe III) à installer des comtes pour tenir les différents régions de leur royaume, comtes qui vont devenir héréditaires, créant ainsi les principautés féodales.

PREMIÈRE DYNASTIE : Les « ARTHAUD » COMTES de LYON
Cette première période est très obscure et confuse par manque de documents. À une date indéterminée du X° siècle un comte Arthaud (+999) est institué à Lyon sur un comté qui comprend le futur Forez. Ce comte s’oppose très vite à l’archevêque de Lyon Burchard II (978-1031) frère de Rodolphe III. Arthaud parvient à transmettre le comté à ses descendants. Après Arthaud II (?), on trouve vers 1017 son second fils Girard qui étend son influence dans le Forez.
En 1032 le royaume de Bourgogne est légué à l’empereur germanique Conrad II. Humbert le premier comte de Savoie se rallie aussitôt, alors qu’à Lyon Girard semble hésiter : l’armée impériale conduite par Humbert le fait se rallier à l’Empire en 1036. À Girard succède Arthaud III, puis les 3 fils de ce dernier : Widelin (1076-1078), Arthaud IV (1078-1085) et Guillaume (1085-1097). Dans la 2ème moitié du siècle, ils sont contraints de laisser Lyon à l’autorité de l’archevêque et de se retirer à Yzeron, puis à Montbrison.

Guillaume le vieux est le fondateur de l’hôpital de Montbrison ; il meurt au siège de Nicée lors de la première croisade en 1097. Ses fils Guillaume le jeune et Eustache confirment cette fondation et donnent à l’hôpital la dîme du pain et du vin perçue dans les vigueries du comté, dont la liste est donnée : Lyon, Yzeron, Oingt, Chamelet en Lyonnais, Montbrison, Cléppé, Sury, St-Chamond, Goutances, St-Clément-les-Places ; Estivareilles, Usson, Aurec. Guillaume renonce assez vite au comté pour entrer chez les chartreux. Son frère Eustache lui succède. On sait qu’il cède Saint-Trivier (en Dombes) à Guichard II de Beaujeu ; il meurt vers 1120 sans postérité peut-être assassiné. Le comté revient à un cousin germain Gui d’Albon.

blason du Forez

DEUXIÈME DYNASTIE : LES ALBON
Gui Ier d’Albon est le fils d’Ida-Raymonde, fille d’Arthaud III (?) et de Guy-Raymond d’Albon, 2ème fils de Guigues Ier le vieux comte d’Albon en Viennois et fondateur de la principauté qui deviendra le Dauphiné. Gui et ses successeurs auront également un dauphin sur leur blason.


Le comte Gui Ier (+1138) doit faire face aux difficultés avec l’archevêque, mais surtout en Roannais et dans les monts du Lyonnais, où des seigneurs locaux font allégeance au sire de Beaujeu ; il reconquiert le nord du comté sur des vassaux rebelles.

Son successeur Gui II se proclame à nouveau comte de Lyon et Forez. Après 1150 le conflit avec l’archevêque de Lyon devient plus aigu. En 1152 Gui II bat, capture et met à rançon Guillaume comte de Mâcon proche parent de l’épouse de l’Empereur , puis il lui faut mettre à raison le comte Guillaume III de Nevers qui soutient l’archevêque de Lyon.


L’archevêque Heraclius de Montboissier se plaint à l’empereur Frédéric Barberousse, qui par sa bulle d ’or de 1157 à la diète de Besançon décide le transfert du comté de Lyon à l’évêque promu prince d’Empire.

Bulle d’or de Frédéric Barberousse

La BATAILLE D’YZERON ET SES SUITES
C’est dans ce contexte qu’a lieu la bataille d’Yzeron (1158). Fort du soutien impérial, l’évêque cherche à prendre Yzeron avec l’appui de Girard de Mâcon. Gui II soutenu par son cousin Guigues V dauphin de Viennois intervient et défait complètement sous les murs d’Yzeron les troupes de l’évêque et de son allié, qui s’enfuient en désordre. Le sire de Beaujeu Humbert III intervient en médiateur et obtient une trêve entre les adversaires.

Cela ne dure guère et en mars 1161, Gui II s’empare de Lyon et en chasse l’évêque Heraclius (+1163). Son successeur Guichard de Pontigny ne peut entrer à Lyon. Le légat Pierre de Tarentaise s’entremet et trouve un compromis : Gui II conserve le comté et l’archevêque Guichard peut prendre possession de son siège.
En 1167 (selon Steyert – date incertaine), alors que le Forez était terre d’Empire, Gui II fait hommage au roi de France.
Dans ce conflit le dernier mot revient au pape Alexandre III en 1173 : il attribue le comté de Lyon à l’archevêque Guichard. Cette décision est un acte d’autorité pontificale ; non pour conforter la décision de l’empereur avec lequel il est en conflit armé, car ce pape se prétend unique souverain, supérieur aux rois, princes et autres comtes.
Gui II doit renoncer au comté de Lyon, il ne conserve que le comté de Forez. Ce traité est suivi d’échanges de territoires entre les 2 comtés, dont les limites correspondent à peu près aux départements du Rhône et de la Loire.

André Pelletier, Jean Prost, Jean Delas -Histoire de Lyon en BD – Horvath 1979

Gui II (+1210) associe au comté en 1188 son fils aîné Gui III et alors qu’il a dû se résigner à la perte du comté de Lyon, c’est pour lui une revanche de voir son second fils Renaud de Forez devenir archevêque-comte de Lyon en 1193 : il se retire dans un monastère en 1198. Gui III mourra à la croisade à Acre en 1203.

Sceau de Gui III de Forez

Article de 04/2020 – Sources : A.Steyert – nouvelle histoire de Lyon tome 2 – Bernoux & Cumin 1897 / Image : André Pelletier, Jean Prost, Jean Delas -Histoire de Lyon en BD album 2 – Horvath 1979 / E. Moulin-Zinutti -le Forez – Généalogie & Histoire n°137 / A.Latreille & col. – histoire de Lyon et du Lyonnais – Privat 1975

Le Royaume Burgonde

Le ROYAUME des BURGONDES 450-536 :

Au début du 5ème siècle, le peuple germanique des Burgondes, forme un royaume sur le Rhin autour de Worms. Vers 436/437, ils sont presque anéantis par les Huns. Le reste du peuple burgonde est autorisé par le général romain Aetius à s’établir en Sapaudia autour du lac Léman (Suisse occidentale, Jura méridional et Savoie) vers 443 avec Genève pour capitale. Les nouveaux venus représentent environ 25000 personnes ; ils semblent s’être assez bien intégrés aux populations gallo-romaines. En 451 un contingent burgonde participe avec Aetius à la bataille décisive des Champs Catalauniques contre les Huns.

GONDIOC et CHILPÉRIC
Dans les années qui suivent, l’effacement de l’autorité romaine facilite l’extension pacifique du domaine burgonde ; en 457 des cités comme Besançon, Autun, Châlon-sur-Saône, Grenoble et Lyon leur ouvrent leurs portes.
Deux frères se partagent le pouvoir, Gondioc l’aîné (+ vers 463) et Chilpéric (+ vers 476). Ce dernier reste seul roi après la mort de son frère et s’installe à Lyon en 470. Par un accord avec les Wisigoths (475) il agrandir son territoire jusqu’à la Durance.

Expansion du royaume burgonde (d’après M.Rouche)

GODEGISÈLE et GONDEBAUD
A la mort de Chilpéric, parmi les 4 fils de Gondioc, deux sont déjà décédés ou ont été éliminés (les sources sont incertaines : Gondebaud aurait assassiné son frère Chilpéric le jeune). Il reste à se partager le pouvoir : Gondebaud à Lyon et Godegisèle à Genève. Ces 2 rois sont de confession arienne, alors que leurs épouses sont catholiques. L’épouse de Gondebaud, Carétène, élève dans la foi catholique la princesse Clotilde, fille de Chilpéric le jeune, future épouse du roi franc Clovis, et fondera l’église Saint-Michel (près d’Ainay). À cette période Lyon se réorganise autour de ses églises. L’évêque Patiens (451-491) installé à St-Jean donne un certain éclat à la capitale burgonde. En 491 les 2 rois burgondes font un raid en Italie sur Pavie : ils en ramènent 4000 esclaves, qui seront libérés sur l’intervention de l’évêque de Vienne Avit.

Mais bientôt vers 500/501 Godegisèle, craignant que Gondebaud cherche à l’éliminer, s’allie secrètement à Clovis roi des Francs. Le choc avec les Francs a lieu au sud de Dijon : Godegisèle trahit en se joignant à Clovis avec ses troupes. Gondebaud battu recule jusqu’à Avignon, Clovis ne peut s’emparer d’Avignon et abandonne. Alors Gondebaud aidé par un contingent wisigoth vient assiéger Godegisèle dans Vienne : la ville est prise et Godegisèle est massacré avec tous ceux qui le soutenaient (501). Seul roi jusqu’à sa mort en 516, Gondebaud veille à maintenir la concorde entre catholiques et ariens, entre burgondes et gallo-romains. Il fait établir un code de lois dit « Loi Gombette » de droit germanique influencé par le droit romain.

A.Pelletier, J.Prost, J.Delage – Histoire de Lyon en bande dessinée

SIGISMOND puis GONDOMAR
En 516 Sigismond, fils de Gondebaud déjà associé au trône lui succède, il est de confession catholique. Par certains actes, il s’aliène ses sujets et quand en 523 Sigismond est attaqué et battu par Clodomir, fils de Clovis, roi d’Orléans, qui annexe la partie nord du royaume burgonde. Sigismond est livré par ses sujets à Clodomir qui l’assassine (ainsi que toute sa famille) en vengeance de l’assassinat du père de sa mère Clotilde (+548).


Gondomar frère de Sigismond devient roi des Burgondes. L’année suivante les Francs, menés par les rois Clodomir, Childebert et Clotaire, attaquent à nouveau le royaume burgonde. La bataille a lieu à Vézeronce (près de Morestel en Isère) ; Gondomar repousse les francs et Clodomir est tué. Un casque richement orné a été trouvé sur les lieux ; peut-être est-il le casque de Clodomir ? Le royaume burgonde a gagné 10 ans de sursis.

En 534 Childebert, roi de Paris, et Clotaire, roi de Soissons, reprennent la guerre : Gondomar résiste un an dans Autun avant la chute de la ville. En 536 les 2 rois avec leur neveu Théodebert, roi de Metz, soumettent l’ensemble du royaume burgonde. Ils se partagent le territoire : Théodebert a la partie nord, Clotaire le sud et Childebert le centre avec Lyon, Vienne, Grenoble et Genève.

De la BURGONDIE À la BOURGOGNE :
Le royaume des Burgondes a eu une existence éphémère, mais cette région au sud-est du royaume des Francs va garder le nom de Burgondie, qui deviendra « Bourgogne ». Childebert (+558) en est le premier roi franc ; avec sa femme Ultrogothe, il fonde en 542 l’Hôtel-Dieu de Lyon. Au partage du royaume de 561 la Burgondie (avec en plus Orléans) échoit à Gontran roi de 561 à 593.

Par la suite sur le même territoire que l’ancien royaume des Burgondes, il existera de 926 à 1032 un royaume de Bourgogne, issu de la décadence des Caroligiens (dynastie rodolphienne), inclus ensuite dans l’Empire Romain Germanique.

Le nom de Bourgogne sera ensuite réservé à la partie nord de ce territoire, avec deux entités distinctes :
- le Duché de Bourgogne (Dijon), apanage du Royaume de France.
- la Comté de Bourgogne (aujourd’hui Franche-Comté), territoire d’Empire.
Ces 2 provinces seront un temps réunies de 1360 à 1477 sous les grands Ducs de Bourgogne et à nouveau depuis le 1er janvier 2016 par la dernière réforme territoriale…

Article de 2012 – Dernière modification 09/2019
Image : A.Pelletier, J.Prost, J.Delage – Histoire de Lyon en bande dessinée – Horvath 1979 / Michel Rouche – Clovis – Fayard 1996