Emmanuel-Philibert de Savoie

EMMANUEL-PHILIBERT Duc de SAVOIE dit « Tête de fer » (1528-1580) 

Charles II duc de Savoie

UN DUC BIEN MALCHANCEUX
Succédant à son demi-frère Philibert II le Beau, Charles II le Bon est le 9ème duc de Savoie pendant 49 ans (1504-1553). Son épouse Béatrice de Portugal, fille du roi Manuel ou Emmanuel de Portugal, est sœur d’Isabelle femme de Charles-Quint Empereur et roi d’Espagne.
Emmanuel-Philibert de Savoie, né à Chambéry en 1528, est leur deuxième fils ; il est donc le neveu par alliance de Charles-Quint.
En 1536 le Roi de France François Ier fait occuper la Bresse, le Bugey, la Savoie et le Piémont. Il ne reste plus à Charles II que Vercelli (Verceil) où il réside et Nice. Fin 1536 la mort de son frère aîné fait d’Emmanuel-Philibert l’héritier d’un duché amputé de la majeure partie de son territoire. Il grandit à Nice de 1536 à 1543. Le Piémont occupé par les troupes françaises est le théâtre de luttes continuelles contre les troupes impériales : 1541-1544 victoire de Cérisoles 1544 et 1551-1559 campagnes du maréchal de Brissac.

Situation en 1553: hachures horizontales territoire occupé par la France; hachures verticales ce qui reste au duc de Savoie

L’HÉRITIER HOMME de GUERRE
Emmanuel-Philibert adopte une devise latine qui peut se traduire par : « aux spoliés, il reste les armes » ; il quitte Vercelli en 1545 et va naturellement mettre son épée au service de Charles-Quint, adversaire de François Ier. Dès 1546 – il n’a pas 20 ans – il combat avec les nobles de la maison de l’empereur : batailles de Nordlingen 1546 et de Muhlberg 1547 contre les Protestants d’Allemagne. En 1551 il accompagne en Espagne le fils de Charles-Quint et s’illustre dans la défense de Barcelone, c’est là qu’on lui donne le surnom de « Tête de fer« , puis en 1552 il est dans la cavalerie de Charles-Quint qui assiège Metz en vain.

le chef de guerre

Le DUC VICTORIEUX
En 1553 Emmanuel-Philibert reçoit le commandement des troupes impériales aux Pays-Bas ; au cours de la campagne il prend Hesdin et Doullens en Artois. A la fin de l’année, il devient Duc de Savoie à la mort de son père, mais ne possède plus que le comté de Nice.
Après l’abdication de Charles-Quint (1555), il est nommé gouverneur des Pays-Bas espagnols, en remplacement de Marie de Hongrie sœur de l’Empereur. Le duc remporte en 1557 pour son cousin Philippe II d’Espagne la brillante victoire de Saint-Quentin sur l’armée du connétable de Montmorency.


1559 est une année faste pour lui : la France lui restitue enfin ses états au traité de paix de Cateau-Cambrésis et il épouse en juin à Paris Marguerite de France, née en 1523, sœur du Roi Henri II, alors que ce dernier est mourant, ayant été mortellement blessé au cours d’un tournoi. Le duc va à Bruxelles se démettre de son gouvernement des Pays-Bas, puis assiste à Reims au sacre du roi François II, avant de rejoindre enfin ses états.

Monnaie d’Emmanuel-Philibert

Le SOUVERAIN
La récupération de ses états est progressive : la France garde le droit d’occuper 3 ans cinq garnisons piémontaises, dont Turin et doit démanteler 19 places fortes… Emmanuel-Philibert retrouve ses terres en novembre 1559 à Nice, où il séjourne un an, puis il rejoint Vercelli et fait enfin son entrée à Turin, Chambéry et Annecy en 1563. En 1574 il va accueillir à Venise à son retour de Pologne, le roi Henri III qui vient de succéder à Charles IX; il le reçoit ensuite à Turin et obtient l’évacuation de Pignerol. Après plus de 20 ans d’occupation française, il réorganise ses états, restaure les finances et améliore les communications avec Nice. Emmanuel-Philibert gouverne sagement, assurant 20 ans de paix à ses sujets.

Le Duc

Il fait construire ou adapter des forteresses : d’abord la citadelle de Turin et côté Savoie Saint-Maurice à Bourg-en-Bresse, l’Annonciade près de Rumilly et le fort nouveau de Montmélian et des fortifications (Nice et Villefranche sur Mer). Il renforce son armée et crée une petite marine : trois galères savoyardes participent à la bataille de Lépante contre les Turcs (1571).


Malheureusement pour la Savoie, jugeant Chambéry trop près de la frontière, il transfère sa capitale, son administration et ses trésors (dont le Saint-Suaire) à Turin : désormais la maison de Savoie sera préférentiellement tournée vers l’Italie…

Avec Emmanuel-Philibert, la maison de Savoie a de nouveau bénéficié d’un grand homme d’état et d’un grand stratège. Sa statue équestre en bronze orne la place centrale de Turin.


Son fils unique et successeur Charles-Emmanuel Ier mènera une politique plus hasardeuse envers la France, qui lui fera perdre la Bresse et le Bugey au traité de Lyon (1601).

Signature d’Emmanuel-Philibert

Article de 2010dernière modification 02/2024

Le 159° RIA de Briançon

Le 159° RÉGIMENT D’INFANTERIE ALPINE (RIA) de BRIANÇON

En 1887 l’Armée Française compte 144 régiments d’Infanterie (RI) : une loi de juillet 1887 crée 18 régiments d’Infanterie supplémentaires, numérotés de 145 à 162, formés de bataillons prélevés sur 54 autres régiments, soit 18 nouveaux régiments à 3 bataillons. Le recrutement de ces unités devait se faire sur leur région d’implantation, d’où leur nom de « régiments régionaux« .

1896 un soldat du 159

Le RÉGIMENT de BRIANÇON
Ainsi le 159° RI est créé en octobre 1887 dans la région de Nice, composé de 3 bataillons issus des 40°, 55° et 111°RI ; le colonel Caze en est le premier chef de corps. Le drapeau du régiment lui est remis en février 1888.

Dès juillet 1890, il permute avec le 161° RI et vient s’installer à Briançon dans les casernes Ste-Catherine construites en 1882/1885 dans la plaine en contrebas de la citadelle Vauban, de part et d’autre d’une avenue (général Barbot). Les 2 demi-casernes ont porté les noms de quartier Berwick côté est et quartier Colaud en face.

Le site de Briançon avec les casernes Ste-Catherine au premier plan

Le régiment est renforcé en 1891 avec un 4ème bataillon. L’année suivante un bataillon est délocalisé à Château-Queyras et Mont-Dauphin. Mais le « 15-9 » va devenir par excellence le régiment de Briançon, y stationnant toute l’année et devant s’adapter aux conditions hivernales. L’infanterie alpine garde la tenue d’infanterie avec le pantalon rouge, mais adopte le grand béret et les bandes molletières. Le régiment participe aux travaux des routes stratégiques des Alpes (Isoard, Vars…). Pendant une dizaine d’années les marches dans la neige se font sur des raquettes, qui vont ensuite être remplacées par des skis.

Le capitaine Clerc et les pionniers du ski

Instruction des Skieurs

L’atelier de fabrication des skis en 1906

C’est à Briançon que va apparaître et se développer le ski militaire. En 1900 par l’initiative personnelle du capitaine Clerc sont formés les premiers skieurs militaires. Dès 1904 il est créé une École de Ski à Briançon, où les unités alpines enverront des élèves. D’où le surnom du « Régiment de la Neige ». Cette école fonctionnera jusqu’à la Grande Guerre commandée depuis 1910 par le capitaine Lardant.

L’état-major du 159 autour du colonel Fort en 1906

Août 1914 : à la mobilisation le 159 donne naissance à un régiment de réserve le 359° RI qui rejoindra les Vosges en septembre.

buste du général Barbot

La GRANDE GUERRE
Le 159 commandé par le colonel Barbot part immédiatement se battre sur la crête des Vosges. Fin septembre il est envoyé défendre Arras : les allemands ne peuvent prendre la ville. C’est ensuite le statu-quo dans les tranchées boueuses au nord d’Arras. Le 9 mai 1915 c’est l’offensive en Artois : le 159 perce les lignes ennemies pour une couteuse victoire sans lendemain, dans laquelle Barbot devenu général de division est tué. Les combats continuent les mois suivants au cours des batailles d’Artois : première citation pour sa conduite héroïque .


En mars 1916 le régiment est transféré à Verdun, où il tient une position pendant 2 semaines. Il est à nouveau en première ligne en septembre-octobre 1916 pour la bataille de la Somme. En 1917 ce sont les combats du Chemin des Dames qui le mettent à rude épreuve. En 1918 le 159 fait partie des unités qui doivent contenir les ultimes offensives allemandes en mars en Picardie (citation) et en juillet sur la Marne. Enfin en octobre il refoule les allemands sur la Lys (citation) et pénètre en Belgique.Retour ligne manuel
Après l’armistice le 159 traverse la Belgique et passe en Allemagne (Aix-la-Chapelle) pour une année d’occupation.

Le RETOUR À BRIANÇON – L’ENTRE-DEUX-GUERRES
C’est un régiment bien diminué qui rentre à Briançon en décembre 1919. Il doit se réapproprier la montagne et former de nouveaux montagnards. Fin 1920 le général Marjoulet gouverneur militaire de Lyon crée le Brevet de Skieur et Lardant devenu colonel, retrouve le 159 comme chef de corps du régiment et du Centre d’Études de la Montagne créé à Briançon, pour une durée exceptionnelle de 7 ans (1920-28). Les premiers brevets d’Éclaireur-Skieur sont délivrés en 1922, année où le 159 envoie un important effectif dans la Ruhr (1922-24).
En 1924 le 159 est inclus dans la 27° division d’Infanterie Alpine de Grenoble et délocalise un bataillon à Embrun. En 1925 pendant 3 mois Lardant commande un régiment de marche formé de 2 bataillons du 159 et d’un bataillon de Montluçon envoyé en renfort au Maroc pour la guerre du Rif. En 1928-30 le chef de corps est le colonel Touchon, alpin de légende et héroïque combattant de 14/18, futur gouverneur militaire de Lyon. À l’instigation du général Dosse commandant la 27° DIA sont créées en 1932 les sections d’Éclaireurs-Skieurs (SES) dans chaque unité alpine.

1939 exercice en montagne

La CAMPAGNE 1939-1940 et l’ARMÉE D’ARMISTICE
À la déclaration de guerre de septembre 1939, le régiment demeure 3 mois aux avant-postes des Alpes. En décembre il est envoyé dans le secteur de Bitche en Moselle. Le 10 mai 1940 lors de l’attaque allemande, en réserve à Ferrette (68) le 159 est déplacé en hâte sur l’Aisne. Il doit se replier sur l’Ourcq, où vers le 9 juin il tente de contenir l’assaut allemand. 750 hommes manquent à l’appel, dont le colonel Gruyer fait prisonnier. Le reste du régiment soutient encore une dure bataille à Artonges le 12 juin. Les débris du 159 se replient ensuite jusque dans la Creuse. Il ne reste que 477 hommes sur 3430.


Entre temps les 3 SES du 159 restées pour la défense de Briançon sont très efficaces pour arrêter l’offensive italienne et renseigner l’artillerie (destruction du fort du Chaberton).
Après l’Armistice Briançon est occupée par l’armée italienne, le 159°RIA est dissous en aout 1940, puis reformé dans le cadre de la 14° division de l’armée d’Armistice et localisé à Grenoble (2 bataillons) et Gap (un bataillon). Les allemands occupent la zone sud en novembre 1942 et le 28 le 159 est dissous : beaucoup d’hommes rejoindront la Résistance.

Le 159° RIA à Grenoble

La RENAISSANCE EN 1944
Après la Libération de la région le colonel Descour, gouverneur militaire de Lyon, travaille à la reconstitution d’une division alpine à partir des bataillons FFI. En décembre le 159° RIA va être reformé à 3 bataillons avec les bataillons FFI du Jura, de l’Ardèche et de la Drôme. Dès janvier 1945 il est envoyé sur le front d’Alsace. Rappelé dans les Alpes fin mars, il participe à l’assaut sur la frontière italienne, les 2 premiers bataillons en Maurienne et le « 3 » en Ubaye (Campagne de Alpes 1945).

L’APRÈS-GUERRE
Après la capitulation, le 159 passe deux mois côté italien à Suse, puis il est envoyé un an en force d’occupation en Autriche au Tirol et à Vienne. L’année suivante c’est l’Allemagne : Berlin et la Forêt Noire. Septembre 1947 c’est le retour en France sur la côte d’Azur pour une période instable de changements d’appellation et de format. Ce n’est qu’en juillet 1951 que le 159° réduit à un bataillon est reconstitué à Briançon. Il retrouve ainsi sa vocation montagnarde.

les casernes Sainte-Catherine

La GUERRE D’ALGÉRIE
En septembre 1955 la 27° DIA embarque pour l’Algérie, dont le 159° BIA, ne laissant à Briançon que le centre d’instruction. Pendant plus de 5 ans il va stationner dans différentes localités de Grande Kabylie au sud de Tizi-Ouzou menant de multiples combats contre les forces rebelles. 80 hommes du bataillon sont tombés dans cette guerre. Après l’indépendance en 1962 le bataillon fait partie de la « Force locale de l’ordre » algérien. Le retour à Briançon a lieu en juin 1964.

Insigne du 159

1964-1994
Le 159° RIA est recréé le 1er juillet 1964 comme régiment des forces du territoire. L’entraînement alpin est repris ; des ascensions et des raids en haute montagne sont organisés, parfois transfrontaliers.
En 1981 le quartier Berwick doit être rénové, la compagnie d’éclairage et d’appui (CEA) vient loger à Embrun (caserne Delaroche).


Trente ans après le retour d’Algérie, comme tant d’autres le « Régiment de la Neige  » va être dissous en juillet 1994.

Le CNAM
Le 159°RIA est remplacé à Briançon par le Centre National d’Aguerrissement en Montagne (CNAM), qui conserve le drapeau et les traditions du 159. Le CNAM formera des stagiaires au combat en montagne pendant 15 ans jusqu’à sa propre dissolution en 2009.

Insigne du CNAM

Il n’y a alors plus d’implantation militaire à Briançon. L’ensemble de la caserne Ste-Catherine fait actuellement l’objet d’une rénovation urbaine et immobilière.

Sources : documents Bibliothèque Militaire de Lyon /

Article de 2019

1690 La Guerre de la Ligue d’Augsbourg

Le FRONT des ALPES pendant la GUERRE de la LIGUE D’AUGSBURG 1690-1696

Dans les années 1680 la politique agressive de Louis XIV amène l’Empereur, le roi d’Espagne et les princes allemands du sud à conclure une alliance défensive contre la France, la « Ligue d’Augsburg » (1686).
En 1689 Louis XIV envoie ses armées ravager le Palatinat. Cette agression soulève l’indignation et entraîne la guerre générale des puissances européennes contre la France, qui n’a pas un seul allié. Même le duc de Savoie fait acte d’hostilité.
La guerre va se dérouler sur mer (batailles de Bévéziers, Barfleur et la Hougue), sur le front des Pays-Bas (batailles de Fleurus, Steinkerque et Neerwinden) et sur le front des Alpes.

Le maréchal Catinat

Le FRONT des ALPES
Le lieutenant-général Catinat est chargé de punir le duc de Savoie Victor-Amédée II de sa défection. C’est un front secondaire pour Louis XIV et les moyens en hommes, en munitions et en crédits lui seront toujours limités. Catinat est bien secondé par l’intendant du Dauphiné Bouchu qui doit assurer la logistique de la campagne malgré le manque de crédits.
En juin 1690 Catinat fait immédiatement occuper la Savoie, sauf Montmélian assiégée, passe les montagnes et remporte en Piémont la victoire de Staffarda près de Saluzzo sur le duc de Savoie (08/1690). Suse et les cols du Mont-Cenis et du Mont-Genèvre sont ensuite occupés.
L’année suivante (1691) Catinat vient assiéger Nice, qui doit se rendre. Tout le comté de Nice est ensuite occupé et Louis XIV se proclame comte de Nice. En fin de l’année (12/1691) la place de Montmélian se rend après un long siège ; le duc ne possède alors plus de territoire à l’ouest des Alpes. En Savoie l’occupation française pèse lourdement sur les paysans par les réquisitions et le logement des « gens de guerre ».

L’INVASION du DAUPHINÉ en 1692
Le duc de Savoie réagit ; il a réuni une armée de 45000 hommes composée de piémontais, espagnols, bavarois et protestants français émigrés commandés par Schomberg. Catinat est à Pignerol (Pinerolo) coté Piémont, quand l’armée de Victor-Amédée passant par le col de Larche et le col de Vars, pénètre en Dauphiné. Le 30 juillet Guillestre est prise et soumise à un pillage systématique. Schomberg passe par le col de Lacroix, vient assiéger Château-Queyras, mais apprenant l’arrivée de 4000 hommes de Catinat qui ont passé le col du Mont-Genèvre abandonne le siège et rejoint l’armée ducale.

Les mouvements des armées en présence

Celui-ci par la vallée de la Durance vient mettre le siège le 5 août devant Embrun, défendue par 3000 hommes commandés par Larrey. La garnison d’Embrun résiste 10 jours avec acharnement jusqu’à épuisement de ses munitions, infligeant de lourdes pertes à l’armée ducale.
Des troupes françaises gardent la route vers la Provence. L’armée ducale qui reprend sa marche le 28 bifurque à droite et le 29 entre à Gap, désertée par ses habitants. Le duc de Savoie fiévreux doit être ramené sur Embrun, où il déclare une petite vérole, qui fait craindre pour sa vie… Son second Caprara le remplace et sous son commandement Gap, le Gapençais et le Champsaur vont être pillés et saccagés systématiquement, surtout par les allemands et les protestants.

Le siège d’Embrun 1692

Pendant le siège d’Embrun, Catinat stationnait au camp de Pallon au sud de Briançon, barrant la route aux ennemis. Il prélève 10 bataillons sur son effectif et leur fait contourner le massif de l’Oisans par les cols du Lautaret et de l’Ornon pour venir barrer la route au duc en Champsaur (camp d’Aspres et St-Julien en Champsaur). Ce solide barrage et la maladie du Duc dissuade les troupes ducales de continuer. Le 12 septembre les piémontais rebroussent chemin, non sans incendier les villes de Gap et Veynes, en grande partie détruites. Victor-Amédée rétabli empêche l’incendie d’Embrun, qu’il quitte le 18. L’armée va repasser les cols, non avoir fait sauter tous les ponts de la Durance.
Catinat avait fait contourner en sens inverse l’Oisans par une partie de ses troupes pour renforcer celles qui interdisaient tout passage vers Briançon. Toute une région est ravagée, mais l’invasion a été contenue. Ce même mois de septembre, le roi envoie Vauban évaluer les fortifications des Alpes : il en résultera la construction de Mont-Dauphin.

Victor-Amédée II duc de Savoie prince de Piémont

SUITE et FIN de CETTE CAMPAGNE
L’année suivante 1693, le duc de Savoie bloque Pignerol et assiège Casale en août. Catinat passe à l’attaque et est vainqueur à la bataille de la Marsaille (Marsaglia) en Piémont (10/1693). Même si faute de crédits Catinat ne peut aller assiéger Turin, il gagne en cette campagne son bâton de maréchal.

Champ de bataille de la Marsaille

La guerre marque ensuite le pas, car Louis XIV souhaite négocier pour détacher le duc de ses alliés. C’est chose faite au traité de Turin en 1696 : pour amener le duc de Savoie à signer une paix séparée, le roi lui restitue la Savoie et Nice et lui cède les places de Pignerol et Casale. Pignerol était française depuis 1631. Une fille du duc de Savoie, Marie-Adélaïde, viendra épouser l’aîné des petit-fils de Louis XIV, elle sera la mère de Louis XV


Cette guerre de la Ligue d’Augsbourg de la France contre les autres coalisés se terminera l’année suivante 1697 par le traité de Ryswick. Trois ans de paix suivront avant que ne se déclenche la guerre de Succession d’Espagne pendant laquelle la Savoie sera à nouveau occupée (1703-1713).

Tombeau du Maréchal Catinat à Saint-Gratien (95)

Article de 2016 – Dernière modification 10/2021

Sources : P.Thomé de Maisonneufve – L’invasion du Dauphiné en 1692 – Didier & Richard ca1925 / Joseph Perreau – Catinat et l’invasion du Dauphiné – L.Baudoin 1892 / A.Doumenc – Mémorial de la terre de France – contribution à l’histoire militaire de nos provinces -Arthaud 1944

La Garnison de Vienne

110 ANS de GARNISON À VIENNE (ISÈRE) 1880-1990

Pendant ces 110 ans Vienne a été une ville de garnison, avec 3 implantations militaires distinctes.

La CASERNE D’INFANTERIE ou CASERNE RAMBAUD 
Aujourd’hui démolie, elle est construite entre 1710 et 1716 sur l’initiative d’un archevêque pour loger les troupes. La construction forme un quadrilatère de bâtiments à deux étages, entourant une cour presque carrée. Elle était située au sud du centre-ville, cours Brillier, séparée du bord du Rhône par une esplanade le « Champ de Mars ». La caserne accueille principalement divers régiments de cavalerie jusqu’en 1875.

En août 1870 sont convoqués à Vienne les réservistes de l’arrondissement pour former le 4ème bataillon de Mobiles de l’Isère. Ce bataillon rejoint l’armée de la Loire et participe aux combats dans le Loiret, le Loir & Cher puis la Sarthe pour arriver à Laval.

Cette guerre perdue est suivie d’une période de grande réorganisation militaire. l’État passe une convention avec la ville, qui y prévoit la présence d’un bataillon d’Infanterie. La caserne devient alors une caserne d’infanterie adaptée à l’accueil d’un bataillon (600-800 hommes), détaché d’un régiment, dont la partie principale est à Lyon. En 1887 elle est baptisée caserne Rambaud.

La Caserne Rambaud

La succession des unités peut être reconstituée comme suit (certaines dates sont à confirmer) :
- 1875-1885 le 99° RI
- 1885-1889 le 22° RI
- 1889-1893 le 99° RI
- 1893-1896 le 52° RI
- 1896-1905 le 96° RI
- novembre 1905-août 1914 : à nouveau le 99° RI par son 2ème bataillon (les 3 autres sont à Lyon au fort Lamotte).

1906 Une compagnie du 99° RI

Ce bataillon quitte Vienne le 6 août 1914 aux ordres du commandant Arbey, qui sera tué en septembre.
Le 299° régiment de réserve régiment dérivé commence sa mobilisation le 3 à Sainte Colombe et quitte Vienne le 7 août pour la Grande Guerre. Un hommage lui a été rendu le 28 septembre 2014 à Ste-Colombe.

Août 1919 : un bataillon du 99° de retour de la guerre retrouve la caserne Rambaud, mais dès janvier 1920 le régiment est regroupé à Lyon. La caserne héberge encore un bataillon du 31° Régiment de Tirailleurs Algériens de 1921 à 1923. Ensuite elle n’accueille plus d’unité d’active et la ville fait des démarches pour récupérer les bâtiments et le terrain. Ces démarches n’aboutiront qu’en 1952 : la caserne est démolie et l’office des HLM occupe une grande partie du terrain.

La CASERNE de CAVALERIE – QUARTIER SAINT-GERMAIN 
La convention de 1875 prévoyait aussi la présence à Vienne d’un régiment de cavalerie, mais pour cela il faut construire une nouvelle caserne. Un terrain de 7 hectares est choisi au sud de la ville entre la route d’Avignon et le chemin de Vilmaine proche du Rhône. Les bâtiments sont édifiés de 1882 à 1886 : ensemble classique de constructions symétriques autour d’une cour d’honneur, avec manège, écuries, service vétérinaire…Le quartier est baptisé en 1887 du nom de quartier Saint-Germain.

Le quartier Saint-Germain

Divers régiments de cavalerie vont s’y succéder :
- le 3° Hussards 1883-1886
- le 8° Hussards 1886-1892
- le 14° Chasseurs à cheval 1892-1895
- le 19° Dragons 1895 à Vienne pendant 12 ans jusqu’en 1907 où il est envoyé en Languedoc lors de la crise viticole et remplacé par :
- le 17° Dragons 1907 – avril 1914
- le 13° Chasseurs à cheval en avril 1914. Il part pour la Grande Guerre dès le 1er août suivant… Pendant la guerre le quartier est utilisé pour l’instruction des recrues.

Les officiers du 19° Dragons


- le 13° Chasseurs de retour après la guerre 1919-1922
- le 9° Spahis Algérien 11/1922 qui participe à la guerre du Rif au Maroc et séjourne à Vienne jusqu’en août 1939 et le départ pour une nouvelle guerre…

le 9ème Spahis Algériens

 le 1° Chasseurs à cheval en 1940-1942 dans le cadre de l’Armée d’Armistice.

Le 1er Chasseurs à Cheval en 1941


- le 4° Spahis motorisé 11/1945-01/1946
- le 11° Cuirassiers 1946-1951
Pour les dernières décennies, le quartier accueille des unités du Train.
- la 104° compagnie de Transports

Insigne du GT505


- le Groupe de Transport 505 (GT 505) arrivé en janvier 1957. En 1975 il devient le 505° GTL (Groupe de Transport Lourd), enfin transformé en régiment en juillet 1978, le 505° Régiment du Train. Le 505° RT est pendant encore plus d’une décennie la seule unité militaire restant à Vienne jusqu’à sa dissolution le 30 juin 1990.
Le quartier Saint-Germain est alors reconverti en Espace saint-Germain hébergeant Centre d’affaires, médiathèque, IUT… Certains bâtiments ont été conservés, comme le manège de cavalerie devenu salle de spectacles et réhabilité en 2018.

Le manège réhabilité 01/2018

L’ARSENAL D’ESTRESSIN 
La même convention de 1875 prévoyait l’installation à Vienne d’un établissement du 14° corps d’Armée. Une emprise militaire est établie à Estressin au nord de la ville, avec principalement des hangars et un bâtiment administratif. L’ensemble appelé « Arsenal d’Estressin » est utilisé par le service du Génie pour entreposer le matériel de franchissement de rivière et accueillir les pontonniers du Génie pour leurs manœuvres sur le Rhône. A tour de rôle des détachements du 4° Génie de Grenoble ou du 6° Génie d’Angers viennent y effectuer leur entraînement. Un des hangars sert de chambrée aux hommes. Différentes techniques et types de matériels sont employés pour le franchissement du Rhône de 1890 à 1914. De nombreuses cartes postales illustrent cette activité spectaculaire.

Pont sur barques

L’établissement d’Estressin s’est appelé successivement « Arsenal », quartier du génie, puis après la deuxième Guerre Mondiale quartier Garigliano.
En 1973 le 2° escadron de transport du GT 505 occupe le quartier Garigliano.

Les HÔPITAUX TEMPORAIRES À VIENNE en 1914/1918 
Vienne va participer à l’effort sanitaire pour soigner blessés et malades militaires. L’Hôpital mixte de la Charité augmente le nombre de lits militaires de 60 à 140, mais c’est insuffisant et très vite des hôpitaux temporaires sont institués. Dès août 1914 le collège Ponsard devient un hôpital complémentaire (HC 2) avec 3 annexes (Ecole supérieure de jeunes filles, institution Robin pour la physiothérapie, Cercle Démocratique). Le couvent Bon-Accueil devient un hôpital auxiliaire (HA 43). Viennent ensuite des hôpitaux bénévoles : l’hospice de vieillards d’Estressin pour les contagieux (H108bis), l’hôpital de Pont-Evêque (H111bis)

Un site internet : www.amisdevienne.fr

Article de 2013 Dernière modification 01/2024 – Sources : Gérard Gouilly – Soldats à Vienne vers 1900 – plaquette 2007 / Jean-Claude Finand – La garnison de Vienne – Bul. Soc. Amis de Vienne n°100, 2005

Le Bastion St-Laurent

Le BASTION SAINT-LAURENT de L’ENCEINTE de LA CROIX-ROUSSE À LYON 

Les fortifications de la Croix-Rousse construites dans la première moitié du XVI° siècle formaient un rempart continu de la Saône (fort St-Jean) au Rhône (bastion St-Clair) sur l’emplacement de l’actuel boulevard de la Croix-Rousse.
Cette enceinte comptait 9 bastions. Le bastion St-Laurent, appelé de la Fontaine au début du XVII° siècle, est le 8ème et avant-dernier côté Rhône, en contrebas dans la pente par rapport au bastion d’Orléans (au niveau du Gros Caillou). C’est un petit bastion peu saillant à deux oreillons.

1703 rapport sur l’état du bastion


Le COUVENT DES COLLINETTES
En 1665 un couvent de religieuses de Sainte-Elisabeth s’était établi à l’intérieur des remparts entre la montée St-Sébastien et la rue des Fantasques : cette fondation va rapidement prospérer. En 1703 un acte royal leur permet d’agrandir leur propriété en y incluant les bastions d’Orléans et St-Laurent à condition « de ne pas endommager lesdits murs de courtine, ni ceux des enceintes desdits bastions et qu’au cas qu’il fût par la suite nécessaire pour nostre service d’avoir la liberté dudit chemin, elles seront tenues d’en ouvrir le passage… ». Les bastions sont à cette époque complètement à l’abandon et en ruines selon un rapport d’expert ci-dessus.
Ces religieuses, appelées familièrement « Collinettes« , vont faire construire à partir de 1762 un nouveau couvent (actuelle résidence Villemanzy), dont elles ne profiteront que 20 ans, avant d’être chassées par la Révolution.

Plan de 1789 : partie ouest du rempart de la Croix-Rousse


Le SIEGE DE LYON
Au cours du Siège de Lyon en 1793, le bastion est un poste d’artillerie qui tire sur les positions adverses de la plaine des Brotteaux et deux ans plus tard le terrain et les 2 bastions sont vendus comme bien national à un acquéreur privé, le citoyen Villermoz.

RENOVATION et CONSTRUTION D’UNE CASERNE
En 1819 le sieur Villermoz revend le bastion n° 8 à la ville de Lyon (maire baron Rambaud). En 1826 tout l’ancien clos des Collinettes est urbanisé : des rues sont tracées et des immeubles pour les canuts rapidement construits. Sur le plan ci-dessous figure le bastion St-Laurent devenu asymétrique avec un seul oreillon tourné vers l’est.

1826 plan de lotissement du quartier

En 1831 le général baron Rohault de Fleury est chargé des travaux défensifs de Lyon. L’année suivante, la ville de Lyon (maire Prunelle) concède à l’armée l’autorisation de faire tous les travaux nécessaires sur l’enceinte de la Croix-Rousse.

1832 Concession de la ville

Pour le bastion St-Laurent, le projet prévoit sur le partie ouest la construction d’une caserne pour 400 hommes et d’une porte de la ville flanquée de 2 pavillons (corps de garde et bureau d’octroi).
De 1834 à 1837 la caserne Saint-Laurent et la porte de la ville attenante sont construites en pierre jaune de Couzon. Le bâtiment compte 2 étages sur sa façade sud ouverte sur la cour, 7 lucarnes sur le toit servent à éclairer les combles. La façade nord est beaucoup plus haute, car elle inclut la hauteur du bastion. Des meurtrières sont aménagées sur toutes les façades. L’oreillon est réaménagé : le parapet est percé de 3 embrasures de canons et au nord coupé par 3 bretèches de flanquement avec créneau de pied. Une échauguette forme l’angle du parapet avec la caserne. Au milieu de la plateforme une soute à munitions recouverte de terre date de 1841. Un escalier en pierre dispose de part et d’autre des marches d’une bande roulement pour descendre les canons sur la plateforme d’artillerie.

La plateforme d’artillerie avec la soute à munitions en 2006

Un dessin de 1853 représente le bastion avec son oreillon, dominé par la caserne, avec sur sa gauche la porte et ses deux pavillons, insérée dans le mur d’enceinte et surplombée par le bastion d’Orléans.

Le bastion st-Laurent et le bastion d’Orléans

La FIN DES FORTIFICATIONS
En 1865 les fortifications sont déclassées et le rempart démoli pour faire place au boulevard de la Croix-Rousse : il n’en subsiste que le fort St-Jean et le bastion St-Laurent et en 1868 l’Armée accepte la démolition de la porte St-Laurent. En compensation du pavillon servant de poste de garde à la caserne, la ville fait construire un bâtiment sans étage perpendiculaire à la caserne pour servir de nouveau corps de garde, à gauche dans la cour actuelle.

la porte St-Laurent avant sa démolition

Une PETITE CASERNE
Après son déclassement le bastion St-Laurent n’a d’autre utilité que celle d’une caserne secondaire dans la garnison de Lyon, qui en 1864 loge 325 hommes. Pour donner plus de lumière les fenêtres carrées et haut placées sont agrandies vers le bas ; d’autres fenêtres sont ouvertes sur les pignons. Seulement 31 soldats et 7 sous-officiers y sont recensés en 1886. Ensuite une compagnie d’infanterie y est logée, mais il est difficile d’identifier à quel régiment appartiennent les soldats figurant sur les cartes postales du début du XX° siècle.


Le bastion dans l’axe du pont Saint-Clair

Le TEMPS DU SERVICE DE SANTE
En 1936 l’État-Major offre à titre provisoire à la Direction Régionale du Service de Santé de s’installer à la caserne St-Laurent . Les grandes chambrées sont cloisonnées en bureaux administratifs. Ce provisoire va durer très longtemps, jusqu’en juin 2014, date à laquelle la DRSSA par souci d’économie rejoint l’Etat-major au Quartier Général Frère.

La Caserne en 2005

Un PATRIMOINE EN DEVENIR
Aujourd’hui le bastion Saint-Laurent avec sa caserne qui domine la ville demeure un témoin des fortifications et du passé de Lyon,
Il faut souhaiter que cet ensemble d’architecture militaire urbaine trouve une nouvelle destination qui respecte et mette en valeur son patrimoine. A l’hiver 2016 le bâtiment a été affecté à l’accueil temporaire de sans-abris.

Le bastion Saint-Laurent en 2016

En 2023 la caserne est en travaux pour réhabilitation et transformation en résidence hôtelière qui va s’appeler Hôtel & Spa Fort Saint-Laurent et dont l’ouverture a finalement eu lieu en août 2024…

Article de 2015 Dernière modification 09/2024
Source : M. Chevrier – le bastion st-Laurent, le quartier des Collinettes – plaquette 08/2006 (Bibliothèque Militaire Lyon)

L’Enceinte de Fourvière

L’ENCEINTE de FOURVIÈRE et les FORTIFICATIONS de la RIVE DROITE de laSAÔNE

Les CLOÎTRES FORTIFIÉS
Soucieuse de sa sécurité contre les menaces extérieures et les révoltes populaires, l’église de Lyon construit au XII° siècles deux ensembles fortifiés sur la rive droite de la Saône.

Le « Grand Cloître » ou Cloître Saint-Jean
L’ensemble cathédral de Lyon est saccagé par le comte de Forez en 1162. La reconstruction de la cathédrale St-Jean actuelle commence en 1175 et l’ensemble du quartier avec ses églises et son cloître (disparu) est enfermé dans une enceinte fortifiée dès 1187 percée de 5 portes fermées de nuit. Cette enceinte de la Saône à la rue Tramassac coupait la rive droite en trois quartiers. Elle n’empêcha pas l’occupation des lieux par les lyonnais en 1269. Les murs sont démolis dans la deuxième moitié du XVI° siècle.

Le cloître fortifié de St-Jean vers 1550

Le Cloître Saint-Just
Dès le XI° siècle l’abbaye Saint-Just, le village et l’église Saint-Irénée s’entourent d’une enceinte fortifiée sur un périmètre d’un kilomètre environ. La fortification a la forme d’un quadrilatère ; la muraille comporte un chemin de ronde crénelé avec une tour tous les 50 m. Un mur intérieur séparait l’abbaye du bourg. En 1269 l’ensemble résiste aux assauts des lyonnais. L’enceinte est remaniée au XIII° et XIV° siècles. Au XVI° siècle cette fortification est devenue obsolète : en 1562 les protestants maîtres de Lyon font raser l’église, l’abbaye et la fortification. Il ne reste que le mur ouest rasé en 1793.

Le mur de la Retraite face au Cloître Saint-Just

L’ENCEINTE DE LA RETRAITE 1378
Depuis 1312 la ville de Lyon est devenue une ville royale, mais elle est toujours une ville frontière. La guerre de Cent Ans pousse les lyonnais à renforcer leurs défenses. Après la défaite de Poitiers en 1356 le sénéchal Jean de Grolée ordonne la levée d’une taxe pour la remise en état des défenses (1358). Les murs sur les hauts de Fourvière sont en construction, quand la bataille de Brignais (1362) aux portes de Lyon confirme l’urgence. Le futur Charles V impose alors la réalisation d’une muraille entre le sommet de la colline et la Saône. Ce tracé laisse en dehors le Cloître St-Just, alors que le chapitre souhaitait logiquement que son cloître soit intégré dans l’enceinte de Lyon. Le litige opposant le sénéchal soutenu par les lyonnais au chapitre soutenu par l’archevêque se termine à l’avantage des premiers. La muraille est construite jusqu’en 1378 ; elle prend le nom de mur de la Retraite.
La fortification part de la Saône et encadre la porte Saint-Georges par des tours. Elle escalade la pente de la colline jusqu’à la porte de St-Just ou des Farges, qui fait face au pont-levis du cloître de St-Just. Le rempart était ensuite parallèle au mur du cloître jusqu’à la tour du Peyrolier, puis s’orientait vers le nord jusqu’à se raccorder au château Pierre-Scize.
L’enceinte est un simple mur de 10 m de haut et de 2 m d’épaisseur avec des tours intercalées de 20-25 m de hauteur.

L’EXTENSION de L’ENCEINTE ou BOULEVARD de L’OUEST
Sous François Ier la modernisation des remparts de Lyon débute par ceux de la Croix-Rousse, puis en 1525 c’est le tour de ceux de Fourvière. Le projet consiste à doubler la partie nord-ouest du rempart par une fortification bastionnée moderne. Elle se rattache à un angle du vieux rempart, suit le tour de l’actuel cimetière, passe à l’emplacement du futur fort de Loyasse, suit la ligne de rupture de pente au niveau de l’actuel fort de Vaise et atteint la Saône en face du fort Saint-Jean ; là s’ouvre la porte du Lion qui donne accès au faubourg de Vaise. Cette enceinte appelée « Boulevard de l’Ouest » ou « Enceinte de la Pye » est achevée en 1546 ; le plan scénographique de Lyon (vers 1550) la montre encore en travaux.

Le mur de la Retraite menant au château Pierre-Scize et le boulevard de l’Ouest se terminant en face du fort Saint-Jean vers 1630

De LA RÉVOLUTION À LA RESTAURATION
À la fin du XVIII° siècle, le vieux mur de Fourvière est depuis longtemps à l’abandon ; les murs et les tours sont délabrés, les fossés effondrés. La partie bastionnée ne vaut guère mieux. Il n’est d’aucune utilité au cours du Siège de Lyon en 1793. La ville est prise par l’armée de la Convention et le château Pierre-Scize est rasé en représailles.
En mars 1814 la ville est incapable de se défendre face aux Autrichiens et doit accepter leur occupation, de même en 1815.
Ces événements font apparaître la nécessité de fortifier Paris et Lyon : des études et projets sont établis sous la Restauration. Mais c’est sous Louis-Philippe que le maréchal de camp Rohault de Fleury va faire construire une nouvelle ceinture fortifiée.

L’enceinte de Rohault de Fleury surlignée en bleu avec les forts détachés proches 1845

L’ENCEINTE de ROHAULT DE FLEURY
Le projet du « commandant supérieur des travaux de défense de Lyon » prévoit la restauration des anciennes enceintes de la Croix-Rousse et de Fourvière, protégées par des forts détachés en avant des remparts ainsi que sur la rive gauche du Rhône.
La nouvelle enceinte de Fourvière commence sur la Saône un peu en aval de l’enceinte de la Retraite, par la porte de la Quarantaine, de manière à inclure dans le périmètre de défense le pont d’Ainay reconstruit en 1811. Le mur escalade la pente pour rejoindre un premier bastion dont il reste la guérite d’angle. Le bastion 2 suivant commande la porte de St-Just.

La porte de Saint-Just

Ensuite le tracé suit l’enceinte du moyen-âge en alternant courtine et bastions : bastions 3 et 4 entre lesquels s’ouvre la porte de Fourvière. Après le bastion 5, l’enceinte contourne le cimetière de Loyasse (de 1808) au bout duquel est construit le bastion 6 et rejoint enfin le rocher de Pierre-Scize, où une batterie casematée est installée. Le terrain de manœuvres est à la Sarra.

La porte de Fourvière
La « lunette du fossoyeur »

Les forts détachés sont du sud au nord : le fort de Sainte-Foy aujourd’hui caserne de CRS et son annexe la lunette du petit Sainte-Foy, le fort de Saint-Irénée, poste de commandement avec une grande caserne, devenu cité universitaire. Ensuite en bas du cimetière de Loyasse une petite fortification édifiée pour pallier au contournement du cimetière par l’enceinte, la « lunette du Fossoyeur » est bien conservée.

Entrée du fort de Loyasse

On trouve ensuite le fort de Loyasse aujourd’hui à l’abandon, puis le fort de Vaise, propriété d’une fondation. Enfin au nord-ouest le fort de la Duchère (disparu) faisait face à la route de Bourgogne.

Fort de Vaise vers 1910 qui loge une compagnie du 158°RI.

Les RESTES DE L’ENCEINTE
Aujourd’hui si les forts sont encore bien présents, l’enceinte démantelée est plus discrète.
Depuis le quai de la Saône sont bien visibles le mur de la Retraite à droite et le mur du XIX° siècle escaladant la pente jusqu’au bastion 1. Plus haut, rue des Farges, la porte St-Just n’existe plus ; une portion de mur suit la montée du télégraphe. Au carrefour Radisson-Gerlier se situait la porte de Fourvière, dont il reste une partie du corps de garde dans l’angle de la montée. Plus loin le grand ensemble immobilier « le Bastion » épouse la forme du bastion 4. L’enceinte ensuite forme le mur du cimetière, puis dans l’angle Observance-Sarra se trouve un vestige du bastion 6. La montée de l’Observance suit le mur du fort de Loyasse. La montée Saint-Exupéry passe entre les forts de Loyasse et de Vaise.

A gauche l’enceinte du XIX° siècle, à droite le mur de la Retraite au dessus du quai Fulchiron

Article de 2017Dernière modification : 04/2026
Source : F.Dallemagne et col. – Les défenses de Lyon – ELAH 2006

Le Général Bourbaki

Le GÉNÉRAL BOURBAKI, GOUVERNEUR MILITAIRE de LYON 1871-1879

ALGÉRIE
D’ascendance grecque, fils d’officier de l’Empire, Charles Denis Sauter BOURBAKI est né à Pau en 1816. Orphelin à 12 ans, il est élève au Prytanée de la Flèche, puis à Saint-Cyr. Pendant vingt ans en Algérie, il participe à de nombreuses opérations avec les zouaves, les tirailleurs algériens (turcos) et monte en grade rapidement : capitaine en 1942, chef de bataillon en 1846, lieutenant-colonel en 1850, colonel chef de corps des zouaves en 1852.

Le général Bourbaki Aide de Camp de l’Empereur

CRIMÉE, ITALIE et FRANCE
En 1854 c’est la guerre de Crimée : Bourbaki est à la bataille de l’Alma avec les zouaves. Il est promu général de brigade et participe à la bataille d’Inkermann, au siège de Sébastopol et à l’attaque de Malakoff.


En 1857, il retrouve l’Algérie et le commandement d’une brigade en Kabylie. Il est rapidement promu général de division et va commander la division de Besançon. Pendant la campagne d’Italie de 1859, il commande une division, mais ne prend pas part aux batailles.
Pendant la décennie suivante, il est en France. En 1860 il commande la division de Grenoble, puis la division de Metz, la 1° division d’infanterie de la Garde Impériale ; il est aide de camp de l’Empereur en 1869 et commandant de la Garde Impériale en juillet 1870.

La GUERRE de 1870-1871
C’est la guerre franco-allemande de 1870. Bourbaki participe aux combats autour de Metz avec la Garde Impériale, sous les ordres du maréchal Bazaine, qui laisse enfermer son armée dans Metz. Bourbaki échappe à la capitulation, car Bazaine l’éloigne pour une mission auprès de l’impératrice en Angleterre.

Il réussit à quitter Metz et vient se mettre à la disposition du gouvernement de la Défense Nationale. Il est d’abord envoyé à Lille, puis en novembre 1870 à l’armée de la Loire, qui devient en décembre l’Armée de l’Est chargée d’attaquer en direction de Belfort assiégée. Par un froid intense, avec de grandes difficultés, le 9 janvier 1871 il s’empare de Villersexel, mais échoue le 16 à Héricourt. L’Armée reflue sur Besançon et Pontarlier et finira par passer en Suisse pour échapper à la capture. Entre temps Bourbaki, désespéré, tente de se suicider.

Le général Bourbaki

BOURBAKI À LYON
Cette dernière phase de sa vie active justifie sa présence sur ce site. En juillet 1871, le général Bourbaki, rétabli, est décoré grand-Croix de la Légion d’Honneur et nommé commandant d’un 6° Corps d’Armée (CA) créé par le gouvernement de Thiers. Ce CA comprend à l’origine la 8e division militaire (départements 71 69, 42, 07, 26) basée à Lyon. Le 6° CA est fort de 3 divisions d’infanterie et d’une division de cavalerie envoyée de Paris ; il est renforcé au début de 1872 par l’addition de la 22° Division (départements 01,74, 73, 38, 05).

En 1872 Bourbaki est à l’origine de la création du camp de la Valbonne, ouvert en mars 1873. Cette même année, avec la réorganisation militaire, le commandement de Lyon devient celui du XIV° Corps d’Armée assorti du titre officiel de Gouverneur militaire, vu l’importance de la place de Lyon. Le général Bourbaki est donc le premier à porter officiellement ce titre. Il exerce ses fonctions pendant 7 ans et demi à Lyon. En 1878 il accepte la proposition d’envoyer un bataillon de Chasseurs manœuvrer en montagne : cela aboutira 10 ans plus tard à la création des troupes alpines. En janvier 1879 le gouvernement souhaite le mettre en disponibilité avec plusieurs autres généraux. Le président de la République, le maréchal de Mac-Mahon refuse de signer ces destitutions et démissionne. Bourbaki est mis en disponibilité en février.

Le général Boubaki se retire à Bayonne, où il vit une retraite active, jusqu’à sa mort en 1897.

Article de 2013 – Dernière modification 04/2018
Sources : Cdt Grandin – le général Bourbaki – Berger-Levrault 1898 / B.Demotz & col. – Les Gouverneurs de Lyon – ELAH 2011

Le Château Pierre-Scize

Le CHÂTEAU PIERRE-SCIZE à LYON

Ce château, démoli en 1793, s’élevait sur un éperon rocheux dominant la rive droite de la Saône. Agrippa gouverneur de la Gaule aurait fait tailler les contreforts du rocher qui gênaient la circulation terrestre, d’où le nom de Pierre-Encise ou Pierre-Scize.

Ce site à l’entrée de la ville a un intérêt stratégique évident et dès la première moitié du XI° siècle un donjon y aurait été construit selon F.Cuaz. Une construction existe de manière certaine en 1099, car l’archevêque Hugues y réunit un concile régional. Au XII° siècle Lyon est en litige entre le comte de Forez et l’archevêque ; le pape décide en 1173 que la ville et le comté reviennent à l’archevêque Jean de Bellesmains. Celui-ci commence à élever ou à compléter le château Pierre-Scize, que son successeur Renaud de Forez termine en 1208 : il semble en avoir fait sa résidence dès 1197 : c’est le signe de la puissance féodale de l’archevêque-comte.

Les bourgeois lyonnais aspirent à l’autonomie communale et se tournent vers le Roi de France qui s’intéresse à Lyon. En 1307 l’archevêque Louis de Villars fait allégeance au Roi, mais son successeur Pierre de Savoie refuse tout hommage au Roi. En 1310 Philippe IV le Bel envoie son fils aîné Louis le Hutin s’emparer de Lyon ; l’archevêque se réfugie au château Pierre-Scize et capitule quelques jours après en l’absence de réaction du comte de Savoie ou de l’Empereur. En 1312 il perd sa puissance comtale et la ville entre dans le royaume de France. L’archevêque accorde le consulat aux bourgeois de Lyon (1320).

Pierre-Scize sur le Plan Scénographique de Lyon de 1550

Avec la 2ème moitié du XIV° siècle, la guerre de Cent-Ans est commencée et la ville se dote de remparts sur la colline de Fourvière ; cette ceinture fortifiée s’appuie au nord sur le château Pierre-Scize. Au XV° siècle, le roi Louis XI affronte la ligue du Bien-Public. Il fait appel à son allié le Duc de Milan, qui envoie à Lyon son fils Galeas Sforza avec des troupes : il s’empare du château Pierre-Scize (1465) qu’il conserve en gage. Il faut ensuite se débarrasser de ces encombrants milanais en les payant ! Trois ans plus tard, sur ordre du roi, le sénéchal de Lyon chasse le gouverneur du château, officier de l’archevêque et prend possession de Pierre-Scize. L’archevêque Charles de Bourbon réside désormais à l’archevêché (1468) où il fait construire un bâtiment gothique flamboyant aujourd’hui disparu et le château devient une prison.

Maquette du château face sud

Le premier prisonnier de marque est Jacques d’Armagnac rebelle contre Louis XI en 1476 : la ville doit fabriquer pour lui un « cage de fer » avant qu’il soit transféré à Paris et exécuté. En 1500 sous Louis XII ce sont le duc de Milan déchu Ludovic le More (mort à Loches en 1508) et son frère le cardinal Ascagno Sforza. Deux humanistes bénéficient de l’hébergement au château Corneille Agrippa (1523) et Guillaume Postel (1561).

L’entrée d’Henri IV au pied du château en 1595


Puis ce sont les guerres de religion : après la prise de Lyon par les protestants de la ville, le baron des Adrets venu en renfort prend le château après un court siège en 1562 ; il enferme à Pierre-Scize quelques catholiques dont Claude Fenoyl sergent de ville. En 1570/71 situation inversée c’est Fenoyl qui tient des Adrets derrière les murs. Entre temps le gouverneur de la prison fait arrêter et assassiner sur ordre deux capitaines qu’il avait invités à déjeuner ! Pendant les troubles de la Ligue en 1593, le duc de Nemours gouverneur de Lyon pour la Ligue y est enfermé, mais s’en évade.

Pierre-Scize avec sur la rive droite l’église du couvent Ste-Marie-des-Chaînes

En 1625 Louis XIII décide que Pierre-Scize est une propriété royale ; Cinq-Mars et de Thou y sont détenus avant leur exécution (1642). En 1670 le château accueille une compagnie de 50 hommes détachée du Régiment de Lyonnais et chargée de la garde des portes de la ville. En 1705 de Manville, gouverneur du château, est tué par un captif, aidé par des complices. Le marquis de Sade y fait un séjour en 1768.

L’entrée de Lyon au XVIII° siècle : le château Pierre-Scize et à gauche le fort St-Jean


En août 1789, comme à la Bastille à Paris, le gouverneur rend les clefs au peuple et libère les prisonniers du château : ce ne sont pas des notables et ils ne sont que trois… D’après le document ci-dessous, qui est une allégorie fantaisiste, le château était « l’effroi du citoyen« .
Image fantaisiste de la "libération" du château.

Pierre-Scize rendu aux citoyens août 1789

Plus dramatique en 1792, une dizaine d’officiers du Royal-Pologne sont arrêtés et enfermés à Pierre-Scize : peu après, le 9 septembre la populace vient les en tirer pour les massacrer, un seul pourra s’échapper. Fin 1793 le château, symbole de l’Ancien Régime, fait partie des démolitions symboliques ordonnées après la prise de Lyon par l’armée conventionnelle (Siège de Lyon 1793).

Sous Louis-Philippe, Rohault de Fleury envisagera de reconstruire un fort sur son son emplacement, mais y renoncera.

Article de 2010 – Dernière modification 11/2015
Source : E. Cuaz – le Château Pierre-Scize et ses prisonniers – A.Rey, Lyon 1907. / Maquette : œuvre de Monsieur Maisonneuve.

1562 Lyon et les Protestants

La PRISE DE LYON PAR LES PROTESTANTS ET LA MUNICIPALITÉ PROTESTANTE 1562-1563

La MONTÉE DU PROTESTANTISME
Dans les années 1550 les idées protestantes, surtout calvinistes, se diffusent à Lyon. En 1560 les protestants ou réformés s’organisent ; ils font une tentative pour prendre la ville en septembre. C’est un échec ; la reprise du contrôle de la ville par le lieutenant-général Antoine d’Albon en l’absence du gouverneur Jacques d’Albon de Saint-André est suivie de quelques exécutions.
Fin 1561 d’Albon quitte Lyon ; il est remplacé par François d’Agoult comte de Sault plus conciliant, peut-être secrètement favorable aux protestants. Il essaye de maintenir la concorde, alors que les tensions montent.

La PRISE DE LYON
Le 29 avril 1562 au soir un millier de protestants en armes se réunit à la Guillotière ; dans la nuit ils investissent les points stratégiques de la ville. Seuls les chanoines de Saint-Jean résistent dans leur cloître avant de s’enfuir. Le 30 les protestants sont maîtres de la ville. Deux jours plus tard ils investissent le cloitre fortifié de Saint-Just livré au pillage. Pour conforter leur prise, ils font appel au baron des Adrets, qui accourt avec sa troupe le 5 mai. Il assiège le château Pierre Scize qui se rend le 7 mai. Il n’y a pas eu de massacre à Lyon.  


Dans les jours qui suivent, les réformés les plus fanatiques détruisent les statues de la façade de la cathédrale Saint-Jean à coups d’arquebuse, dégradent et saccagent l’intérieur. L’horloge astronomique est détériorée. Tous les églises et couvents sont pillés ; les objets précieux sont récupérés, car le baron des Adrets a besoin d’or pour payer ses troupes et repartir en campagne. Il repassera brièvement à Lyon à 2 reprises pendant l’été.

La sac de la cathédrale St-Jean par les protestants

L’INSTALLATION
Les protestants élisent 12 échevins réformés, qui s’ajoutent aux élus du consulat en place ; mais le pouvoir réel est détenu par le Consistoire des réformés. Le culte catholique est remplacé par le culte réformé. Le comte de Sault lieutenant-général est maintenu dans un premier temps pour préserver la fiction de la fidélité au roi.
En juillet le prince de Condé chef des protestants envoie à Lyon Jean de Parthenay seigneur de Soubise prendre le gouvernement de la ville et y rétablir l’ordre.

Le sac de Lyon /peinture musée de Gadagne

Les GRANDS TRAVAUX
Le consulat protestant entreprend des travaux d’urbanisme d’une ampleur inédite pour améliorer la défense et la circulation dans la ville. L’église et le cloître de Saint-Just sont complètement démolis et on ouvre la montée du Chemin-Neuf. Un terrain de manœuvre, la future place Bellecour, est dégagée, et on perce les actuelles rues Emile Zola et Chambonnet pour relier la place à la Saône et aux Jacobins. D’autres petites églises sont démolies pour élargir rues et places : Ste-Croix et St-Etienne accolées à St-Jean, le cloitre de St-Paul, St-Laurent et St-Eloi près de St-Paul, le cimetière St-Nizier, St-Saturnin près de St-Pierre, St-Cosme…

La RÉACTION ROYALE
Le duc de Nemours, qui fait campagne dans la vallée du Rhône pour le roi et le camp catholique est nommé Gouverneur du Lyonnais après la mort de Saint-André à la bataille de Dreux (19/12/1562).
Pendant l’hiver Soubise envoie un fort contingent de soldats piller des vivres dans la Dombes pour ravitailler Lyon.
Nemours en profite pour tenter de libérer Lyon : de Vienne il s’avance jusqu’à Saint-Genis-Laval, mais il échoue à prendre la ville. Son avant-garde qui avait réussi à entrer est piégée et massacrée.

Le temple du Paradis à Lyon

La REPRISE EN MAINS
L’Édit royal d’Amboise (18 mars 1563) impose la paix et la coexistence entre les 2 cultes. C’est une terrible déception pour les réformés lyonnais, qui vont devoir se soumettre et admettre le retour des autorités catholiques. Pour cela ils obtiennent que ce ne soit pas avec Nemours, c’est donc le maréchal de Vieilleville qui entre à Lyon au nom du roi le 15 juin 1563 et assure la remise en ordre. En juillet le comte de Sault retrouve son poste de lieutenant-général. Le culte catholique est rétabli, mais les réformés sont autorisés à ouvrir 3 lieux de culte. Les réformés continuent à administrer la cité jusqu’en décembre, où a lieu l’élection du consulat. Ils sont contraints par Vieilleville d’accepter la parité : un consulat à 6 catholiques et 6 protestants pour 1564.

Jacques de Savoie duc de Nemours

QUELQUES ANNÉES DE PAIX 1564-1567
La reprise en main de la ville entraine le déclin de l’influence des protestants. Antoine d’Albon revient à Lyon comme archevêque (1564-1574).
En 1564 Catherine de Médicis et le jeune roi Charles IX font le tour du royaume. Ils sont à Lyon du 9 juin au 9 juillet ; l’entrée solennelle a lieu le 13 juin 1564. Le roi décide la construction d’une citadelle en haut des pentes de la Croix-Rousse, pour maintenir la ville dans l’obéissance. Les lyonnais ne cesseront de demander sa démolition, effective en 1585. La parité disparait au consulat pour 1565 : 8 catholiques pour 4 protestants…
Le gouverneur Jacques de Savoie duc de Nemours ne fait son entrée dans la ville qu’en septembre 1565. Ses lieutenants-généraux sont Jean de Losses (1564-66), Birague (1566-68), puis Mandelot (1568-1571) qui remplacera Nemours comme gouverneur en 1571.
Entre temps la guerre civile aura repris en septembre 1567…

La tutelle des Réformés sur la ville de Lyon n’a duré que 13 mois ; mais cette courte période a été très marquante dans l’histoire de la ville… Vingt-sept ans plus tard la ville sera à nouveau en dissidence avec le pouvoir royal en adhérant à la « Ligue » ultra-catholique 1589-1593 sous le gouvernement de Charles-Emmanuel de Nemours

Article de 05/2021

source : Yves Krumenacker -Lyon 1562 capitale protestante – Olivétan 2009

L’Hôpital Villemanzy

L’HÔPITAL MILITAIRE VILLEMANZY À LYON

Au XIX° siècle, après la création en 1831 de l’hôpital militaire, qui deviendra l’hôpital Desgenettes, un deuxième hôpital est ouvert au moment de la guerre d’’Italie en 1859, dans un ancien couvent sur les pentes de la Croix-Rousse : ce sera l’hôpital Villemanzy.

Le COUVENT des COLLINETTES
En 1665 la marquise de Coligny fait une donation pour établir un couvent de religieuses de l’ordre de Sainte-Elisabeth dans une maison située sur les pentes de la colline entre la montée st-Sébastien et le chemin des Fantasques. C’est le 3ème couvent de cet ordre à Lyon. La maison est aménagée, une chapelle est construite et le couvent prospère.


Entre 1700 et 1715 les religieuses réalisent plusieurs agrandissements, qui les rendent propriétaires d’un vaste triangle entre la rue des Fantasques et la montée St-Sébastien allant jusqu’au rempart de la Croix-Rousse en y englobant les 2 bastions d’Orléans et St-Laurent en très mauvais état à l’époque.
Ces religieuses de Ste-Elisabeth sont appelées familièrement « Collinettes » ou « Colinettes » : ce nom viendrait de « Coligny » et non de « colline ». En 1761 elles font construire un nouveau bâtiment pour le couvent et une nouvelle église : ce sont les bâtiments actuels de grande qualité achevés en 1773. Les religieuses en profiteront moins de 20 ans.

plan de 1789 : le triangle des Collinettes avec les 2 bastions

La CASERNE des COLLINETTES 
À la Révolution en 1790, les ordres religieux sont dissous, les religieuses quittent leur couvent. Lors du Siège de Lyon en 1793, une batterie d’artillerie est installée sur la terrasse des Collinettes : elle canonne efficacement la plaine des Brotteaux. Après le siège les bâtiments sont réquisitionnés par l’autorité militaire. En 1796 des experts décident d’aliéner la construction ancienne et les parties non bâties et de ne garder que les bâtiments récents avec la chapelle après aménagements pour en faire une caserne : la caserne des Collinettes apte à héberger un bataillon d’infanterie. Cette vocation est confirmée par un décret impérial en 1810 qui confie à la ville la propriété de la caserne et son entretien…
Dans les années 1820 tout l’ancien terrain du couvent devient un lotissement : des rues sont tracées et des immeubles de rapport construits pour loger des canuts.

plan de lotissement 1826

La caserne accueille des bataillons de divers régiments qui se succèdent à un rythme rapide : c’était la règle dans la première moitié du XIX° siècle. En novembre 1831 lors de la révolte des canuts le régiment des Collinettes fait défection… La caserne est évidemment dans un endroit stratégique pendant la 2ème révolte des canuts d’avril 1834 et celle des « voraces » de juin 1849.

L’HÔPITAL des COLLINETTES 
Mai-juin 1859 Campagne d’Italie : l’hôpital militaire de Lyon est insuffisant pour accueillir les malades et blessés. Sur l’initiative du maréchal de Castellane, commandant militaire de Lyon, la caserne est reconvertie en hôpital, l’hôpital militaire des Collinettes. Le premier décès le 19 juillet 1859 est celui d’un fusilier du 102° régiment de ligne. Le maximum de décès a lieu en août (32). Par la suite son emplacement aéré le fait reconnaître apte à traiter les maladies infectieuses et il est conservé.
1870 : pendant les 7 premiers mois de l’année l’hôpital des Collinettes enregistre en moyenne 3 décès par mois. Début août la guerre est déclarée et de nombreux blessés et malades sont évacués, le maximum est atteint en décembre (61décès).

Dans les années 1870 l’hôpital est soutenu par la 13° Section d’Infirmiers militaires (SIM) du corps d’armée de Clermont-Ferrand. Le nombre de malades et de décès diminue de moitié en une décennie grâce aux progrès de l’hygiène. 1875: 1441 malades pour 49 décès – 1885: 798 malades pour 22 décès.

L’Hôpital Villemanzy

L’HÔPITAL VILLEMANZY 
En juin 1887 l’hôpital des Collinettes est rebaptisé hôpital Villemanzy, du nom de Joseph Villemanzy 1751-1830 intendant général sous l’Empire. Le personnel infirmier appartient à la 25°SIM. En 1889 les travaux de creusement du tunnel du funiculaire Croix-paquet provoquent des lézardes dans l’hôpital : la société du funiculaire doit payer les réparations. Menacé de fermeture en 1907, l’hôpital reprend son rôle d’hôpital militaire en 1914 avec 300 lits. Le premier décès le 30 août est celui d’un soldat allemand. Beaucoup de prisonniers allemands y seront soignés aux cotés de soldats français.
Après le conflit il est ouvert par intermittence selon les besoins : il reçoit en 1928 les typhiques de l’épidémie de la banlieue lyonnaise et au début de 1939 des blessés de la guerre d’Espagne. En août 1939 il redevient hôpital militaire jusqu’en juin 1940. En 1942 une division de santards délogés de leur école par les allemands vient y loger. En 1944-45 le bâtiment accueille des prisonniers allemands.

Plaque apposée sur le bâtiment

L’ »ANNEXE VILLEMANZY » 
Fin 1945 déclassé comme hôpital, il devient une annexe de l’Ecole du Service de Santé, enrichissant de souvenirs des générations de santards et d’élèves officiers de réserve (EOR) d’administration du Service de Santé. Des santards y sont logés jusqu’en 1981 avant de rejoindre la nouvelle école de Bron. Le petit bâtiment en angle de la rue des Fantasques et de la montée St-Sébastien, ancien logement du médecin-chef est dans les années 50 le logement d’un officier d’administration.

Façade orientale

Le « CERCLE VILLEMANZY » 
Dans les années 1980 le bâtiment est cédé à la ville de Lyon. Après plusieurs projets, l’ensemble est converti en Cercle Villemanzy, Résidence Internationale dotée de 85 logements loués à la semaine ou au mois pour loger des universitaires étrangers. La terrasse qui domine le Rhône devient un jardin public et la maison en angle est transformée en restaurant panoramique la « Maison Villemanzy ».

Côté colline avec l’ancienne chapelle


Sources : médecin-colonel Camelin – Lyon et la médecine militaire – Revue Historique des Armées spéciale Bimillénaire de Lyon 1957 / Etat-Civil -Archives municipales de Lyon / A.Lacassagne – Hygiène de Lyon -Storck 1887

Article de 2014 –  dernière modification 01/2024